Intel traverse actuellement une période de fortes turbulences, tiraillé entre une stratégie ambitieuse pour l’intelligence artificielle et des difficultés d’approvisionnement qui pèsent sur ses résultats à court terme. L’entreprise, qui mise sur une nouvelle génération de puces et des partenariats stratégiques, doit composer avec des retards de livraison en Chine qui inquiètent les investisseurs.
L’entreprise américaine a confirmé le 6 février des retards de livraison allant jusqu’à six mois pour ses processeurs Xeon destinés aux serveurs en Chine. Cette nouvelle a immédiatement affecté le cours de l’action, ravivant les craintes concernant les revenus du premier semestre 2026.
Cependant, selon les experts, ces difficultés ne sont pas liées à une baisse de la demande, mais plutôt à une capacité de production saturée. David Zinsner, directeur financier d’Intel, a souligné lors de la conférence téléphonique sur les résultats du quatrième trimestre que les stocks tampons de l’entreprise étaient épuisés, indiquant qu’Intel a vendu toutes ses puces disponibles en 2025.
Malgré ces obstacles immédiats, Intel semble déterminé à se repositionner sur le marché en pleine croissance de l’intelligence artificielle. Fin janvier, l’entreprise a annoncé son retour sur le marché des GPU discrets, mais cette fois-ci en ciblant spécifiquement le segment de l’inférence IA, qui consiste à utiliser des modèles d’IA pré-entraînés pour générer des réponses. Ce marché est promis à un essor considérable, dépassant potentiellement celui de la formation des modèles.
Pour ce faire, Intel a lancé le projet Crescent Island, un nouveau GPU basé sur l’architecture Xe3P et optimisé pour les tâches d’inférence. Un atout majeur de ce produit réside dans son système de refroidissement par air, contrairement à de nombreux concurrents qui nécessitent des systèmes de refroidissement liquide complexes et coûteux. Cela pourrait faciliter son adoption par les centres de données et réduire les coûts pour les entreprises clientes.
L’arrivée d’Éric Demers, ancien cadre de Qualcomm et d’AMD, en tant qu’architecte en chef GPU, est également perçue comme un signe positif. Son recrutement témoigne de la capacité d’Intel à attirer des ingénieurs de haut niveau, essentiels pour mener à bien ses projets ambitieux.
Parallèlement, Intel s’efforce de résoudre un autre défi majeur du secteur de l’IA : la pénurie de mémoire. L’entreprise a finalisé un partenariat avec SoftBank pour co-développer la mémoire Z-Angle (ZAM), une nouvelle norme industrielle qui devrait permettre d’empiler la mémoire plus efficacement d’ici 2029. Ce partenariat positionne Intel Foundry non seulement comme un fabricant, mais aussi comme un centre d’innovation.
Malgré ces avancées stratégiques, la valorisation d’Intel reste à des niveaux historiquement bas, avec un ratio cours/valeur comptable d’environ 2, comparativement aux multiples de 7 à 10 observés chez ses concurrents. Le marché semble évaluer Intel comme une entreprise en difficulté structurelle, une hypothèse qui ne correspond pas aux données financières disponibles.
Plusieurs facteurs pourraient cependant soutenir le cours de l’action à l’avenir. Le gouvernement américain détient désormais une participation d’environ 10 % dans l’entreprise, la considérant comme un acteur stratégique essentiel. De plus, Nvidia a investi 5 milliards de dollars (environ 4,5 milliards d’euros) dans Intel fin 2025, un signe de confiance du leader du secteur. Enfin, Intel dispose d’une solide situation financière, avec 37,4 milliards de dollars (environ 34,5 milliards d’euros) de liquidités et d’investissements à court terme à la fin de l’année 2025.
Pour les investisseurs patients, capables de regarder au-delà des difficultés à court terme, le cours actuel de l’action pourrait représenter une opportunité d’investissement. Intel semble avoir trouvé une voie claire pour l’avenir, combinant fabrication, mémoire et puissance de calcul. À mesure que la production augmentera et que les stocks se reconstitueront, le marché pourrait être amené à réévaluer l’entreprise en fonction de son potentiel stratégique plutôt que de ses contraintes logistiques actuelles.