Home Accueil Les Américains se sont-ils fait voler une médaille d’or aux Jeux olympiques de 2026 ?

Les Américains se sont-ils fait voler une médaille d’or aux Jeux olympiques de 2026 ?

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La controverse a éclaté après l’épreuve de danse sur glace aux Jeux olympiques de Milan, mercredi : les Américains Madison Chock et Evan Bates, favoris, ont vu l’or leur échapper au profit des Français Laurence Fournier Beaudry et Guillaume Cizeron, pour un écart infime de 1,43 point.

Si la déception américaine est compréhensible, l’attribution de la médaille d’or n’est pas aussi univoque qu’il y paraît. Si Chock et Bates ont livré une prestation remarquable sur le thème du toréador, les juges n’ont pas tous été d’accord. Cinq des neuf juges individuels ont en effet préféré la danse des Français, jugée par certains, comme Chris Schleicher de Slate, « franchement magnifique » et « la plus esthétiquement réussie » de la soirée.

L’attention s’est rapidement focalisée sur Jézabel Dabois, juge française, dont les notes ont suscité des interrogations. Alors que cinq autres juges ont attribué à Chock et Bates un score supérieur à 130 points, Dabois les a notés en dessous de cette barre. À l’inverse, elle a accordé à Fournier Beaudry et Cizeron un score de 137,45 points, soit 7,71 points de plus que celui attribué au duo américain.

Cette situation a ravivé les débats sur l’objectivité du système de jugement en patinage artistique. Pourtant, le système actuel, le Système de Jugement International (IJS), mis en place en 2004 suite à un scandale de jugement aux Jeux de Salt Lake City en 2002, est censé apporter plus de transparence et de précision qu’anciennement.

L’IJS évalue les patineurs selon deux critères principaux : les éléments techniques et les composantes du programme. Les éléments techniques, tels que les sauts et les pirouettes, reçoivent une valeur de base en fonction de leur difficulté, à laquelle les juges ajoutent ou soustraient des points en fonction de la qualité de l’exécution. Les notes les plus élevées et les plus basses sont éliminées avant de calculer une moyenne. Les composantes du programme, quant à elles, évaluent l’aspect artistique de la performance et sont notées sur une échelle de 10 points, également avec élimination des notes extrêmes et calcul d’une moyenne pondérée.

Lors des compétitions olympiques, un jury composé de neuf juges de neuf pays différents est chargé de l’évaluation. Le système prévoit l’élimination des notes les plus hautes et les plus basses pour chaque élément et composante, afin d’éviter que des scores aberrants ne faussent le résultat final.

Dans le cas précis de la danse sur glace, l’analyse des notes révèle que la juge américaine Janis Engel a attribué à Chock et Bates leur score combiné technique/programme le plus élevé, tandis que la juge espagnole Marta Olozagarre a favorisé le duo espagnol Olivia Smart et Tim Dieck, et l’Italienne Isabella Micheli a accordé le meilleur score aux Italiens Charlène Guignard et Marco Fabbri. Il semble que le biais national soit une constante.

Une étude statistique menée par Vincent Dumoulin et Hugues Mercier en 2020 a révélé que 92 juges de patinage artistique avaient démontré des « preuves statistiquement significatives de préjuges nationalistes ». Cinq des neuf juges présents à Milan figuraient parmi ces 92 juges. Selon le site Skatingscores.com, tous les juges de danse sur glace, à l’exception de celui de la Finlande, ont manifesté un certain degré de favoritisme envers les patineurs de leur pays.

Même si ces biais existent, l’élimination des notes extrêmes est censée atténuer leur impact. Cependant, Dumoulin et Mercier soulignent que la surveillance actuelle des juges par l’Union internationale de patinage (ISU) est « totalement inadéquate ». Ils suggèrent que les juges devraient se récuser lorsqu’ils évaluent les patineurs de leur propre pays, ou que l’ISU mette en place une surveillance mathématique plus rigoureuse.

D’autres solutions sont envisageables : la présence d’un juge neutre, la possibilité pour les patineurs de contester les notes jugées injustes, ou encore l’obligation pour les juges de justifier leurs décisions en temps réel. Quoi qu’il en soit, l’affaire Chock-Bates met en lumière la nécessité pour l’ISU de renforcer l’intégrité de son système de jugement.

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