Hangzhou, en Chine, abrite un musée d’art audacieux qui défie les conventions. By Art Matters, sous la direction de Francesco Bonami, se distingue par son approche instinctive et expérimentale de la curation, offrant une expérience unique aux visiteurs.
À seulement une heure en train de Shanghai, ce musée, ouvert en 2021, s’étend sur plusieurs étages de deux bâtiments conçus par l’architecte Renzo Piano. L’établissement ne se contente pas de présenter des œuvres d’art, il propose une véritable réflexion sur le rôle de l’art et sa place dans la société.
L’histoire de By Art Matters est née d’une amitié entre Francesco Bonami et Renzo Piano, initiée par la lecture d’un livre sur l’œuvre de l’architecte. Lorsque Lilin, fondatrice du musée, a sollicité Renzo Piano pour concevoir le campus d’Ooeli, il a été invité à collaborer également à l’espace artistique qui allait devenir By Art Matters.
Le nom « By Art Matters » – une contraction de l’expression « au fait, l’art compte » – résume parfaitement la philosophie du lieu : l’art prime sur toute stratégie commerciale ou marketing. « Ce principe reflète la philosophie de Lilin, pleinement partagée dès le départ », explique Francesco Bonami.
Les débuts du musée furent modestes, avec un site initialement réduit à une simple tente au milieu des poules. Renzo Piano, lors d’une visite, a immédiatement perçu le potentiel du lieu et a esquissé le concept du campus avec son marqueur vert fétiche. Ce croquis, réalisé en 2014, est encore visible dans l’agencement actuel du musée, qui accueille chaque année des millions de visiteurs.
La programmation de By Art Matters est délibérément flexible et évite les sentiers battus du monde de l’art. Les expositions sont choisies en fonction de leur résonance immédiate, plutôt que de considérations externes. Récemment, le musée a présenté une rétrospective du travail de Pas de Svala Thorsdottir & Wu Shanzhuan, ainsi qu’une exposition consacrée à l’ensemble des collections de Martin Margiela.
« On évite délibérément de suivre les stratégies habituelles du monde de l’art – en partie par conviction, en partie par désir d’une attitude plus directe, plus fraîche et même naïve », précise Francesco Bonami. Parmi les expositions marquantes, il cite « A Show About Nothing », « Mind the Gap », une conversation artistique à distance entre Li Ming et Darren Bader, et « Peinture à 360 degrés ».
Selon le conservateur, trouver un équilibre entre la spécificité géographique et la pertinence internationale est un défi constant. « Les hypothèses qui semblent naturelles pour un conservateur occidental peuvent être loin d’être évidentes pour les jeunes conservateurs ou les équipes locales », explique-t-il. Il souligne l’importance de remettre en question les idées préconçues et d’adapter l’approche curatoriale au contexte local.
Interrogé sur les tendances actuelles dans le monde de l’art, Francesco Bonami se montre prudent. « Suivre ou réagir aux tendances est risqué, car au moment où elles sont mises en œuvre, il est souvent déjà trop tard », affirme-t-il, privilégiant l’instinct et la prise de risques.
Son conseil aux jeunes artistes est clair : « Travaillez vers le succès, mais restez au service de vos idées personnelles plutôt que de celles des autres. »
Quant au public chinois, Francesco Bonami est frappé par son ouverture d’esprit et sa flexibilité. « Grandir dans un contexte occidental signifiait souvent qu’on se demandait « pourquoi ? » à plusieurs reprises », explique-t-il. « En Chine, la réponse est le plus souvent « pourquoi pas ? » suivie d’une réalisation rapide, parfois presque trop rapide ! »