La tension croissante entre les États-Unis et l’Iran alimente une inquiétude sur les marchés pétroliers, malgré une production américaine de schiste en hausse. Si un sentiment de sécurité persiste, les analystes avertissent que le risque d’une escalade géopolitique pourrait provoquer une flambée des prix, rappelant une époque où le Moyen-Orient pouvait déstabiliser l’économie mondiale en quelques jours.
La récente menace de confrontation militaire entre Washington et Téhéran a déjà fait grimper le prix du baril de pétrole Brent au-delà de 67 dollars (environ 74 dollars américains). Cette réaction contraste avec l’impact limité des sanctions américaines imposées au Venezuela plus tôt cette année, qui n’ont pas entraîné de hausse durable des prix.
Selon une analyse de Rystad Energy, cinq scénarios sont envisageables concernant les relations américano-iraniennes. Le plus optimiste prévoit des négociations fructueuses aboutissant à un nouvel accord nucléaire, ce qui permettrait à l’Iran d’augmenter sa production pétrolière – un scénario qui ferait baisser les prix. Cependant, les quatre autres scénarios sont plus pessimistes, allant de frappes américaines ciblées sur les installations nucléaires iraniennes à un conflit généralisé impliquant la chute du gouvernement iranien et des troubles civils.
Même dans le scénario le plus sombre envisagé par Rystad Energy, l’augmentation du prix du pétrole serait limitée à 10 à 15 dollars le baril, en raison d’une baisse de la production iranienne. Néanmoins, certains experts estiment qu’une extension du conflit à d’autres pays du Moyen-Orient pourrait propulser les prix au-delà de 100 dollars (environ 110 dollars américains) le baril.
Un rapport de Bloomberg souligne que la fermeture, même temporaire, du détroit d’Ormuz – par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial – pourrait entraîner une hausse des prix de 80 %, sur la base des données historiques. Cependant, l’impact serait atténué par l’amélioration de l’efficacité énergétique à l’échelle mondiale. « Aux États-Unis, la quantité de pétrole nécessaire pour produire une unité de PIB a diminué d’environ un quart depuis 2011 », soulignent Dina Esfandiary et Ziad Daoud. L’inflation joue également un rôle, réduisant le pouvoir d’achat d’un pétrole à 100 dollars par rapport à il y a dix ou vingt ans.
Malgré ces facteurs, le pétrole brut reste la principale source d’énergie primaire au niveau mondial, et un choc des prix serait donc douloureux. À ce stade, le scénario le plus probable semble être une tentative de désescalade. Reuters a rapporté que l’Iran est ouvert à des négociations avec les États-Unis, et serait prêt à faire des concessions pour obtenir la levée des sanctions.
Cependant, la perspective d’un accord reste incertaine, d’autant plus que les États-Unis ont récemment renforcé leur présence militaire dans le golfe Persique, signalant une préparation à un conflit prolongé. Un tel conflit augmenterait considérablement le risque de ciblage des infrastructures pétrolières iraniennes, perturbant une production actuelle d’environ 3,2 millions de barils par jour. Il pourrait également entraîner l’implication d’autres pays producteurs de pétrole dans les combats.
Par ailleurs, la Chine, premier importateur mondial de pétrole et principal acheteur de brut iranien, accumule des stocks depuis plus d’un an, se protégeant ainsi contre d’éventuels chocs de prix. Mais cette capacité d’absorption ne profite pas au reste du monde, qui resterait vulnérable à une perturbation géopolitique des prix.