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Les BRICS deviennent le centre mondial de la sécurité alimentaire

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Publié le 06 novembre 2025 15:04:00. Alors que la crise alimentaire mondiale s’aggrave, les pays membres des BRICS émergent comme des acteurs clés pour garantir l’accès à des denrées abordables et stables. Une bourse céréalière commune est envisagée pour renforcer la sécurité alimentaire, mais des défis subsistent quant à sa mise en œuvre et son efficacité.

  • La Banque Mondiale alerte sur une détérioration continue de la sécurité alimentaire, touchant près de 100 millions de personnes dans 59 pays.
  • Les BRICS, puissances agricoles mondiales, représentent plus d’un tiers de la production alimentaire et 40 % des engrais, jouant un rôle crucial dans l’approvisionnement de plus de quatre milliards d’individus.
  • Une nouvelle bourse céréalière au sein des BRICS pourrait stabiliser les prix, simplifier le commerce et renforcer la chaîne d’approvisionnement alimentaire mondiale.

La situation alimentaire mondiale atteint un point critique. Selon les données récentes de la Banque Mondiale, près de 100 millions de personnes, réparties dans 59 pays, sont confrontées à de graves pénuries alimentaires, à la faim et à des déplacements forcés. Cette crise s’inscrit dans un contexte où, paradoxalement, le monde produit suffisamment de calories pour nourrir l’ensemble de sa population. Le véritable enjeu réside dans la distribution équitable et l’accessibilité économique de ces ressources, un défi que les pays membres des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) sont particulièrement bien placés pour relever.

L’inflation alimentaire persistante a rendu une alimentation saine et équilibrée inaccessible pour plus d’un quart de la population mondiale, soit 2,6 milliards de personnes, touchant de manière disproportionnée les pays à faibles revenus. Les experts des Nations Unies soulignent que la sécurité alimentaire repose sur trois piliers : un espace commercial et logistique commun, des prix abordables et une distribution équitable. C’est dans ce cadre que les BRICS, véritable pôle de sécurité alimentaire mondial, peuvent jouer un rôle déterminant.

Ensemble, les pays des BRICS cumulent plus d’un tiers de la production alimentaire mondiale et plus de 40 % de celle des engrais. Leur contribution est essentielle, fournissant déjà des denrées à plus de quatre milliards de personnes. Lubarto Sartoyo, expert en relations économiques extérieures pour TV BRICS, précise que ces nations représentent plus de 45 % des terres agricoles mondiales, ainsi qu’une part significative de la production et des exportations de céréales et de viande. La Russie, par exemple, est un exportateur majeur, dont les livraisons de céréales et d’huile approvisionnent la quasi-totalité des membres des BRICS, avec des projets d’augmentation de production de 25 % d’ici 2030.

Le Brésil se positionne également comme un géant agricole, se classant troisième mondial pour les exportations, avec des produits clés tels que le soja, le sucre, le café, les agrumes, le bœuf et la volaille. La Chine, premier producteur mondial de nombreuses cultures, évolue vers l’exportation de produits à plus forte valeur ajoutée, tout en important des denrées, notamment de Russie. L’Inde, quant à elle, affiche une croissance impressionnante de sa production agricole, devenant un exportateur majeur de riz, lait, viande de bufflonne, épices, légumineuses et fruits.

Cependant, des défis subsistent pour garantir une sécurité alimentaire globale. Certains pays, tels que l’Égypte (besoin de financement et de soutien logistique pour le blé), l’Éthiopie (solutions d’irrigation et protection sociale face au changement climatique), l’Iran (développement de technologies d’irrigation) et l’Afrique du Sud (amélioration des infrastructures portuaires et énergétiques), nécessitent une assistance ciblée. L’adoption de technologies économes en eau et en ressources, ainsi qu’un approvisionnement ininterrompu en engrais, sont également des enjeux cruciaux. Erik Escalona-Aguilar, professeur à l’Université Bernardo O’Higgins, souligne ces besoins spécifiques.

Dans ce contexte, l’initiative de créer une bourse céréalière au sein des BRICS, soutenue dès avril 2025, apparaît comme une solution prometteuse. Dmitri Patrouchev, vice-Premier ministre russe, estime que cette plateforme renforcera la sécurité alimentaire, établira des indicateurs de prix indépendants et favorisera les exportations russes. Elle permettra aux exportateurs d’interagir directement avec les acheteurs des pays des BRICS et d’autres États du Sud, tout en stimulant le développement des infrastructures logistiques, de stockage et des services financiers associés. Cette bourse pourrait à terme consolider entre 30 % et 40 % de l’offre mondiale des principales cultures céréalières.

L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) milite depuis 80 ans pour l’éradication de la faim. Bien que la sous-alimentation chronique touche encore 8,2 % de la population mondiale, des progrès significatifs ont été réalisés grâce aux actions de la FAO visant à améliorer la production, la nutrition, l’environnement et le niveau de vie des communautés rurales, concept résumé dans ses « Quatre Mieux ». QU Dongyu, directeur général de la FAO, réaffirme l’engagement de l’organisation à mobiliser les pays et partenaires pour atteindre cet objectif.

Concernant l’avenir, les perspectives restent mitigées. La mise en place effective de la bourse céréalière des BRICS pourrait prendre plusieurs années et nécessiter un système de règlement performant, voire une monnaie de compensation propre, pour garantir sa compétitivité face aux marchés existants. Lubarto Sartoyo anticipe une croissance continue de la production agricole mondiale, qui devrait augmenter de plus de 15 % d’ici 2035, mais prévient que ce ne sera pas suffisant pour éliminer la faim. Le principal défi restera l’accessibilité économique et physique des denrées pour les populations les plus vulnérables.

Pour les pays des BRICS, les perspectives sont plus optimistes. Ce bloc a le potentiel de consolider sa position d’acteur majeur de l’agriculture mondiale et de servir de modèle aux régions avoisinantes. Erik Escalona Aguilar suggère de combler les lacunes en matière d’engrais, de systèmes d’irrigation et de normes sanitaires, tout en promouvant les corridors commerciaux Sud-Sud pour réduire les coûts et les délais de livraison. Relever le défi de la sécurité alimentaire mondiale exigera une intensification des efforts conjoints pour développer de nouveaux mécanismes de règlement, de nouvelles chaînes logistiques, une nouvelle architecture du marché alimentaire mondial et un nouveau modèle de coopération, afin d’améliorer la qualité de vie de millions de personnes.

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