Publié le 2025-10-24 12:54:00. La gauche néerlandaise peine à mobiliser et à imposer ses thèmes dans le débat public, malgré la fusion récente de GroenLinks et du PvdA. La formation menée par Frans Timmermans navigue entre une campagne électorale complexe et des défis idéologiques profonds, dans un paysage politique de plus en plus ancré à droite.
- La coalition de droite peine à se former, mais GroenLinks-PvdA stagne dans les sondages, incapable de capter l’élan.
- Les thèmes centraux des élections, comme la migration, défavorisent la gauche face à des enjeux socio-économiques et climatiques qu’elle juge plus pertinents.
- L’image de la gauche, perçue comme « cosmopolite et élitiste », et l’absence d’une idéologie claire post-fusion, freinent son retour.
« Il est temps pour la gauche de bouger à nouveau ? » La question, posée lors d’un débat au Pakhuis de Zwijger à Amsterdam mercredi soir, reflète l’inquiétude dominante. Un sondage préliminaire révélait d’ailleurs une majorité d’électeurs de GroenLinks-PvdA dans le public présent.
« Les choses ne vont pas vraiment bien avec la gauche », constate Coen van de Ven, journaliste et auteur du livre « Une histoire de gauche », également organisateur de l’événement. En 2023, l’électorat est resté largement à l’écart, et les signes de retour sont timides. Malgré l’échec de la coalition de droite radicale (PVV, VVD, NSC, BBB), GroenLinks-PvdA se maintient depuis deux ans autour de 22 à 26 sièges parlementaires, sans véritable progression.
La situation est compliquée par les divisions internes. Felix Rottenberg, ancien président du PvdA, a menacé de voter pour le SP si le nouveau parti ne traitait pas plus ouvertement la question de la migration. « Je trouve cela lâche ! », s’est exclamé Rottenberg, craignant que le silence ne fasse que renforcer Geert Wilders. « Si nous n’avons pas cette conversation, nous consoliderons Wilders. »
Une plainte courante parmi les électeurs de gauche et les personnalités éminentes est que ces élections ne portent pas sur ce qu’ils considèrent comme important : les inégalités, la pauvreté, le climat.
Journalistes et personnalités de gauche
En effet, un grief majeur partagé par l’électorat et les figures de gauche est que les débats électoraux actuels se concentrent sur des sujets perçus comme « de droite », notamment la migration. Les tentatives de la campagne pour mettre en avant des thèmes comme les inégalités, la pauvreté ou le climat peinent à trouver un écho. « Il y a tout simplement une majorité de gauche lorsqu’il s’agit de thèmes socio-économiques », affirme Noortje Thijssen, directrice du Bureau scientifique de GroenLinks. « Si les élections ne portaient que sur la santé, la redistribution ou les revenus, nous gagnerions tout simplement. »
L’enthousiasme à relativiser
Pourtant, le paysage pourrait évoluer lors des élections à la Chambre des représentants prévues mercredi prochain. Bien que stable, GroenLinks-PvdA pourrait jouer un rôle clé. Si le parti devance des formations comme le CDA, le D66 ou le VVD, Frans Timmermans pourrait initier les négociations pour former un gouvernement. Le processus de fusion entre GroenLinks et le PvdA, quant à lui, se déroule dans le calme, loin des tumultes parfois associés à de telles unions.
Frans Timmermans mène une campagne plus affirmée que par le passé. L’enthousiasme manifesté lors du congrès des membres au début de l’été, notamment autour d’une motion prônant un embargo sur les armes envers Israël, a brièvement ravivé une flamme, offrant un moment « excitant » pour le mouvement de gauche. Cependant, cet élan ne s’est pas confirmé par la suite.
La campagne a été marquée par quelques revers. Une tentative de mettre l’accent sur la question du logement a été rapidement éclipsée. Plus récemment, Frans Timmermans a dû expliquer la candidature de sa numéro deux, Esmah Lahlah, à la mairie de Tilburg, une information qui avait fuité et pour laquelle elle n’a finalement pas été retenue. Timmermans a assuré qu’il n’était pas au courant de cette démarche.
Une machine de campagne D66 orientée
Dans un paysage politique marqué par un glissement généralisé vers la droite, GroenLinks-PvdA se retrouve relativement isolé. Le paysage politique ne se résume plus à une opposition gauche-droite traditionnelle, mais intègre un bloc de droite radicale bien installé. Il y a deux ans, les partis progressistes (incluant D66 et Volt, mais excluant l’Union chrétienne) obtenaient le plus faible nombre de sièges depuis 1925, avec seulement 47 sièges parlementaires.
Le message de cette campagne s’adresse davantage aux membres déçus du VVD qu’aux électeurs de gauche.
Analystes politiques
Alors que GroenLinks et le PvdA ont uni leurs forces pour redonner du poids à la gauche, la tendance électorale semble aller à contre-courant. Le D66, davantage une machine de campagne qu’un bastion idéologique, l’a bien compris. Son message cible désormais davantage les membres déçus du VVD que son électorat traditionnel de gauche. Rob Jetten, son chef de file, met désormais l’accent sur des thèmes comme la migration, la fierté nationale et la réduction de la taille du gouvernement.
Les prédécesseurs de Frans Timmermans évoquaient des percées progressistes ou rêvaient d’un « printemps de gauche ». Timmermans, plus réaliste, sait que le terrain est difficile. Il souligne souvent que si les Pays-Bas peuvent sembler voter à droite, GroenLinks-PvdA reste le seul parti véritablement de gauche capable de jouer un rôle déterminant dans la formation d’un gouvernement, potentiellement en modérant une politique jugée trop à droite.
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Les chefs de parti Henri Bontenbal (CDA), Frans Timmermans (GroenLinks-PvdA) et Geert Wilders (PVV) lors du « débat des pays-Bas » sur SBS6.
Photo Sem van der Wal/ANP
Un bassin électoral réduit pour la gauche
Selon une étude électorale d’Ipsos I&O, le potentiel de croissance de GroenLinks-PvdA est limité. Les nouveaux électeurs qui rejoignent le parti proviennent principalement d’autres formations progressistes, comme le SP (13 %), le D66 et le PvdD (tous deux 12 %). Il y a peu de transferts venant de l’extérieur de ce bloc. Le parti pêche donc dans un « petit étang de gauche », selon les termes de l’étude.
Ces difficultés ne sont pas seulement liées à la campagne, mais aussi à des facteurs structurels. Les Pays-Bas ne sont pas seulement devenus plus conservateurs politiquement ; la « fenêtre d’Overton », c’est-à-dire le spectre des opinions considérées comme acceptables par le public, s’est considérablement déplacée. Cette évolution se manifeste dans la campagne actuelle, dominée par des discussions sur la migration et la « remigration ». Même des termes comme « radical » sont utilisés sans retenue, comme l’a fait Dilan Yesilgöz, cheffe du VVD.
Le second problème réside dans la perception différente que les électeurs ont de ces enjeux. Les politologues expliquent que si le clivage gauche-droite était initialement économique dans les années 1970, axé sur la redistribution, il s’est déplacé vers les questions culturelles dans les années 1990, avec l’essor de la pensée de marché même au sein des partis de gauche. Sur des thèmes comme l’islam, la société multiculturelle ou la migration, la gauche se retrouve souvent en position défensive.
Une image « cosmopolite et élitiste »
Le journaliste Coen van de Ven, dans son analyse des changements d’image de la gauche, constate que celle-ci est de moins en moins associée aux notions de « soins », d’« éducation » ou aux « thèmes socio-économiques ». Au contraire, des termes comme « cosmopolite, élitiste, activiste et moraliste » sont devenus prédominants. Cette image, entretenue notamment par Geert Wilders, a ancré des perceptions négatives chez de nombreux électeurs, auxquelles GroenLinks-PvdA peine à remédier.
L’image de « cosmopolite, élitiste, activiste et moraliste », fruit d’années de travail acharné de Geert Wilders, a marqué de nombreux électeurs.
Analystes politiques
Par ailleurs, les élections arrivent trop tôt pour un GroenLinks-PvdA encore en phase de construction. La fusion, loin d’être achevée, peine à dégager une idéologie claire et solide. L’actuelle structure semble être un amalgame d’idées « vertes » et « rouges », souvent articulées autour du concept de « solidarité ». L’idée sous-jacente est que la solidarité englobe à la fois la redistribution des richesses et la protection du climat.
Cette absence d’idéologie partagée engendre une certaine incertitude. Les membres de GroenLinks-PvdA reconnaissent que le processus de fusion est un projet de longue haleine, avant que les électeurs ne puissent pleinement adhérer à la nouvelle vision idéologique. C’est peut-être pour cette raison que Frans Timmermans, issu du PvdA, s’est souvent appuyé sur un discours social-démocrate classique durant la campagne, abordant par exemple le sentiment anti-immigration sous un angle socio-économique. Il cite l’exemple d’un échevin de Heerlen qui offre un nouveau réfrigérateur économe en énergie à ses administrés face à leurs factures d’énergie élevées, soulignant l’impact de telles actions.
Deux missions complexes
Dans un contexte politique peu favorable à la gauche, gagner les élections représente un défi majeur. Il y a deux ans, l’espoir d’un gain de sièges conséquent grâce à la fusion avait été déçu, le résultat de 25 sièges (soit un gain de 8) étant vécu comme une défaite interne. Aujourd’hui, le parti doit mener de front deux missions complexes : remporter les élections et, simultanément, consolider son processus de fusion interne sans heurts majeurs.
Malgré ces obstacles, la candidate députée Marjolein Moorman (GroenLinks-PvdA) a maintenu un ton positif lors du débat au Pakhuis de Zwijger. Comparant la situation à celle d’autres partis issus de fusions, elle a qualifié GroenLinks-PvdA de « succès retentissant ». « À gauche, nous ne sommes jamais très doués pour célébrer les succès. Mais franchement, nous sommes le deuxième parti aux Pays-Bas », a-t-elle affirmé.