Publié le 14 février 2026. La Corée du Sud gagne du terrain face à la Chine dans le secteur de la construction navale, profitant des restrictions américaines sur les navires chinois et d’une pénurie de main-d’œuvre au Japon. Les commandes sud-coréennes devraient augmenter de près de 10 % en 2025, tandis que celles de la Chine devraient chuter de plus de 30 %.
- La Corée du Sud voit ses commandes de construction navale augmenter de 8 % en 2025, atteignant 11,59 millions de CGT (tonnes brutes corrigées).
- Les ventes de la Chine ont diminué de 35 % à 35,36 millions de CGT, tandis que celles du Japon ont chuté de 53 % à 2,77 millions de CGT.
- La pénurie de main-d’œuvre en Corée du Sud est atténuée par un afflux croissant de travailleurs étrangers, dont le nombre a quadruplé en cinq ans.
La dynamique du marché mondial de la construction navale est en pleine mutation. Selon les données de Clarksons Research, une société britannique spécialisée, le volume global des commandes devrait diminuer de 27 % en 2025, pour atteindre 56,42 millions de CGT, marquant une première baisse en deux ans. Cette contraction est largement imputable aux tensions commerciales sino-américaines et à la politique restrictive adoptée par l’administration américaine, qui envisage de pénaliser les navires construits en Chine accostant dans les ports américains à partir d’octobre 2025.
Initialement prévue pour avril 2025, la mise en œuvre de cette mesure a été reportée d’un an suite à un sommet sino-américain fin octobre de la même année. Néanmoins, l’annonce a suffi à inciter les compagnies maritimes à réduire leurs commandes auprès des chantiers navals chinois, ouvrant la voie à la Corée du Sud pour combler le vide. Une filiale de China State Shipbuilding Corporation (CSSC), le plus grand constructeur naval chinois, a même fait état de difficultés croissantes dans les négociations de commandes à l’été 2025, témoignant d’un sentiment de crise.
Les entreprises sud-coréennes, en particulier HD South Korea Shipbuilding & Marine, tirent pleinement parti de cette situation. « Profitant du manque d’optimisme des chantiers navals chinois, nous avons obtenu de nombreuses commandes de grands porte-conteneurs », a déclaré la direction de HD South Korea Shipbuilding & Marine lors d’une récente conférence financière. Le groupe a enregistré une augmentation de 17 % de son bénéfice d’exploitation en 2025, atteignant environ 29 000 milliards de wons, et un doublement de son bénéfice net, à environ 3 000 milliards de wons – des chiffres records.
Pour répondre à la demande croissante, le gouvernement et les entreprises sud-coréennes ont conjointement mis en place des initiatives pour pallier la pénurie de main-d’œuvre. Un centre de formation de talents a été créé en Indonésie en 2024, afin de former des travailleurs qualifiés maîtrisant les technologies et la langue coréenne. Parallèlement, les entreprises s’efforcent d’améliorer les conditions de travail en augmentant les salaires et en intégrant l’intelligence artificielle (IA) pour alléger les tâches pénibles. Fin 2024, le nombre de travailleurs étrangers dans l’industrie de la construction navale sud-coréenne atteignait 22 824, soit une augmentation de quatre fois en cinq ans, un niveau jamais atteint.
À l’inverse, le Japon peine à saisir les opportunités offertes par ce contexte. Les statistiques de la Japan Ship Export Association (port de Tokyo) révèlent une baisse de 20 % des commandes d’exportation en 2025, à 8,93 millions de tonnes brutes, marquant la quatrième année consécutive de déclin. Les capacités de production limitées des chantiers navals japonais et la pénurie de main-d’œuvre constituent des obstacles majeurs. Des projets d’extension des chantiers navals ne sont prévus qu’à partir de 2029.
L’avenir de la construction navale mondiale s’annonce marqué par une augmentation probable des commandes en 2026, stimulée par le renforcement des réglementations environnementales et la transition vers des navires propulsés par de nouveaux carburants, tels que l’hydrogène et l’ammoniac. HD South Korea Shipbuilding & Marine a d’ores et déjà fixé un objectif de commandes de 23,3 milliards de dollars pour 2026, soit une augmentation de 26 % par rapport à 2025. « Les commandes de différents types de navires arrivent constamment. Le remplacement des vieux navires augmente également », a affirmé la direction du groupe.
La Chine, consciente de la situation, tente de réagir. En décembre 2025, China Ocean Shipping Group, une entreprise publique et le plus grand armateur chinois, a signé un contrat massif d’une valeur totale de 50 milliards de yuans avec China Shipbuilding Corporation, également publique, mobilisant ainsi l’ensemble du pays pour soutenir son industrie navale.
Le Japon, de son côté, s’efforce de se restructurer. Imabari Shipbuilding, le plus grand constructeur naval japonais, a transformé en janvier la deuxième Union maritime japonaise (JMU, ville de Yokohama) en filiale afin d’améliorer son efficacité opérationnelle. Le gouvernement japonais s’est fixé pour objectif d’augmenter le volume de construction nationale à 18 millions de tonnes d’ici 2035, soit le double de celui de 2024, soulignant l’urgence d’établir un système capable de répondre à la demande croissante.
Nihon Keizai Shimbun (version chinoise : Nikkei Chinese Network) Matsuura Nami Séoul, Fujimura Hirohei Dalian