La crise politique secoue Ostuni suite au limogeage de trois conseillers socialistes. Ces derniers, Giuseppe Tanzarella, Antonio Zurlo et Antonella Turco, ont décidé de contester la décision du maire Angelo Pomés devant le Tribunal administratif régional (TAR) de Lecce. Ils demandent l’annulation des arrêtés du 4 juillet dernier qui ont mis fin à leurs fonctions.
Le recours déposé met en lumière l’image de « compacité et cohésion » qui aurait caractérisé l’administration Pomés pendant près de deux ans. Les conseillers révoqués jugent les motifs invoqués dans les décrets – à savoir des « divergences substantielles sur des questions centrales de l’activité administrative » et un « affaiblissement progressif de la relation de confiance » – comme étant « concis, génériques et volontairement ambigus ». Ils rappellent d’ailleurs que toutes les résolutions antérieures avaient été adoptées à l’unanimité.
L’affaire du projet immobilier Mogale au cœur de la discorde
Le seul élément concret susceptible d’expliquer cette rupture brutale semble être lié à la séance du conseil municipal du 1er juillet 2025. Ce jour-là, le conseil devait se prononcer sur l’approbation d’un plan d’aménagement pour un vaste projet de construction dans le quartier de Mogale. Ce projet prévoit la création d’un complexe d’hébergement touristique d’environ 114 000 mètres cubes sur le littoral.
Giuseppe Tanzarella, alors adjoint chargé de l’environnement et de l’écologie, s’est fermement opposé à l’adoption de ce plan. Il a notamment exprimé ses réserves quant à un vote avant la finalisation de l’étude d’impact environnemental (EIE), pourtant exigée par un décret de la Province de Brindisi daté du 20 juin 2025. Selon le recours, l’urgence manifestée par le maire Pomés à faire approuver ce document d’urbanisme avant le 4 juillet 2025 était motivée par la tenue imminente d’une conférence des services ZES (Zone Économique Spéciale).
Malgré la réticence affichée, la réunion du 1er juillet s’est conclue sans vote. Trois jours plus tard, les arrêtés de révocation tombaient.
Soupçons de conflit d’intérêts
Le cas Mogale soulève également la question d’un possible conflit d’intérêts pour le maire. Les anciens conseillers rappellent qu’Angelo Pomés a été associé jusqu’au 14 novembre 2024 au sein de « Studio Technical P&P Engineering srl », l’entreprise familiale qui a conçu l’intervention immobilière. Bien que le maire se soit formellement abstenu lors des votes, déléguant cette tâche à l’adjoint Tanzarella, la défense des requérants avance que fonder une révocation sur le non-respect d’une orientation politique concernant Mogale serait illégitime. Ils soutiennent que le maire ne peut s’appuyer sur ce motif pour révoquer un adjoint sur un dossier dont la discussion lui était rendue impossible du fait de son conflit d’intérêts.
La situation se serait ensuite envenimée avec la nomination de deux nouveaux conseillers par le maire, par décret du 25 juillet 2025. La délégation à l’environnement, précédemment détenue par Tanzarella, a été maintenue, et ce, « en toute connaissance de son propre conflit d’intérêts et du début prochain de la procédure VIA (Évaluation d’Impact Environnemental) », précisent les recours.
La rupture de l’accord de coalition
Le document déposé au TAR fait également état d’une volonté du maire de rompre l’accord de coalition signé en mars 2023 entre le Parti démocrate et le PSI (Parti Socialiste Italien). Ce pacte prévoyait notamment que Giuseppe Tanzarella serait le candidat unique du centre-gauche aux prochaines élections régionales. Or, selon les anciens conseillers, le secrétaire municipal du Parti démocrate et signataire de l’accord, Fabio Giorgino, serait désormais candidat lui-même, bafouant ainsi les termes du pacte.
Les requérants demandent donc la recevabilité de leur recours et l’annulation des décrets de révocation. Ils soulignent qu’une décision motivée par la rupture d’un pacte de coalition constituerait un « excès de pouvoir et une déviation de la fonction », le pouvoir de révocation ne devant pas être utilisé à des fins purement politiques.