Publié le 9 février 2026. Des coupes budgétaires drastiques dans les agences indonésiennes chargées de la gestion des catastrophes suscitent de vives inquiétudes, alors que le pays est confronté à une multiplication des événements climatiques extrêmes et que la réponse aux sinistres est déjà jugée trop lente.
- Les allocations budgétaires de la BNPB (Agence nationale d’atténuation des catastrophes) et de la Basarnas (Agence nationale de recherche et de sauvetage) ont été considérablement réduites pour 2026.
- Ces réductions interviennent après une réponse critiquée suite au cyclone tropical Senyar en novembre 2025, qui a fait plus de 1 200 morts et des centaines de milliers de déplacés.
- Des experts estiment que le gouvernement privilégie la réponse aux catastrophes au détriment de la prévention et de l’amélioration des systèmes d’alerte précoce.
L’Indonésie, archipel particulièrement vulnérable aux catastrophes naturelles, voit ses capacités de préparation et de réaction mises à l’épreuve. Les récentes coupes budgétaires dans les agences dédiées à la gestion des catastrophes ont déclenché une vague d’inquiétudes, exacerbées par une série de sinistres qui ont frappé le pays ces derniers mois.
La gestion de la réponse aux inondations et aux glissements de terrain provoqués par le cyclone tropical Senyar, qui a dévasté le nord de Sumatra en novembre 2025, a été vivement critiquée pour sa lenteur. Plus de 1 200 personnes ont perdu la vie et des centaines de milliers ont été contraintes de quitter leur foyer. Plus récemment, un glissement de terrain à Cisarua, dans la régence de Bandung Ouest (Java Ouest), a fait au moins 74 morts et de nombreuses personnes sont toujours portées disparues.
Pour 2026, l’Agence nationale d’atténuation des catastrophes (BNPB) ne disposera que de 491 milliards de roupies (29,1 millions de dollars), une baisse significative par rapport aux 2 000 milliards de roupies alloués l’année précédente. Sur les cinq dernières années, environ 19 milliards de roupies du budget total ont été consacrés aux efforts de prévention des catastrophes. Le chef de la BNPB, le lieutenant-général Suharyanto, a reconnu les difficultés liées à ce financement limité lors d’une réunion avec la Commission VIII de la Chambre des représentants, le 3 février.
« Bien sûr, cela est très limité, mais nous ne pouvons pas simplement nous plaindre et arrêter de travailler. »
Suharyanto, chef de la BNPB
L’agence envisage de recourir à des prêts étrangers pour renforcer ses capacités de prévention, le président Prabowo Subianto ayant approuvé un prêt de l’Espagne pour soutenir la préparation aux catastrophes hydrométéorologiques, telles que les inondations et les glissements de terrain.
La Basarnas (Agence nationale de recherche et de sauvetage) a également vu son budget réduit, passant de 1,55 billion de roupies à 1,4 billion de roupies. Son vice-maréchal de l’air, Mohammad Syafii, a souligné la nécessité d’améliorer les systèmes de communication et les technologies de l’information pour optimiser les opérations de recherche et de sauvetage, notamment en créant des bureaux locaux.
L’Agence de météorologie, de climatologie et de géophysique (BMKG) a vu son budget augmenter, passant de 1,8 billion de roupies en 2025 à 2,57 billions de roupies pour cette année, mais elle estime que ce montant reste insuffisant pour moderniser ses systèmes de surveillance des tremblements de terre et des tsunamis, ainsi que son infrastructure radar météorologique.
Selon Eko Teguh Paripurno, directeur du centre d’études sur la gestion des catastrophes de l’Université nationale de développement (UPN) de Yogyakarta, ces réductions budgétaires reflètent une approche étroite de la gestion des catastrophes, axée sur la réponse post-événement plutôt que sur la prévention.
« Le gouvernement a tendance à considérer la gestion des catastrophes comme une réhabilitation et une reconstruction nécessaires seulement après qu’une catastrophe se produise, donc il y a peu d’investissement dans la prévention ainsi que dans l’amélioration de la préparation et des systèmes d’alerte précoce. »
Eko Teguh Paripurno, directeur du centre d’études sur la gestion des catastrophes de l’UPN de Yogyakarta
Erma Yulihastin, climatologue à l’Agence nationale de recherche et d’innovation (BRIN), souligne la nécessité de prévisions et de modélisation climatiques précises, mais déplore le manque de financement pour la recherche, notamment les projets collaboratifs entre le BMKG, la BNPB et d’autres institutions.
Melva Harahap, du Forum indonésien pour l’environnement (Walhi), remet en question les priorités du gouvernement, citant la situation à Aceh où la reconstruction des écoles est en retard, tandis que le programme de repas nutritifs gratuits de Prabowo Subianto se poursuit dans la région. Elle s’interroge sur la pertinence de ne pas rediriger les fonds alloués à ce programme vers des besoins plus urgents, tels que la reconstruction scolaire.
« Pourquoi le budget du programme de repas gratuits n’est-il pas redirigé vers des besoins plus urgents comme la reconstruction ? »
Melva Harahap, Forum indonésien pour l’environnement (Walhi)
Cette situation, selon elle, témoigne d’un manque de sérieux de la part de l’État dans la gestion et la réponse aux catastrophes.