Publié le 2024-06-15 10:00:00. Les premiers échantillons ramenés du côté caché de la Lune par la sonde chinoise Chang’e 6 révèlent des divergences thermiques et compositionnelles profondes par rapport à sa face visible, suggérant des différences internes persistantes depuis des milliards d’années.
- Une étude récente dans Nature Geoscience indique que l’intérieur du côté caché de la Lune pourrait être plus froid que celui de la face visible.
- Les échantillons de Chang’e 6, collectés en juin 2024, montrent que le matériau de formation des roches y était environ 100 °C plus froid lors de sa genèse.
- Ces différences ne se limitent pas à la surface et pourraient découler d’une moindre concentration d’éléments radioactifs producteurs de chaleur dans la croûte du côté caché.
La mission chinoise Chang’e 6 a réussi, en juin 2024, à rapporter sur Terre les premiers fragments prélevés sur la face cachée de la Lune. L’analyse de ces précieuses roches lunaires a déjà livré des informations surprenantes. Publiée dans la revue spécialisée Nature Geoscience, une étude s’appuyant sur ces échantillons révèle que l’intérieur de cette région lunaire, peu étudiée jusqu’à présent, pourrait être significativement plus froid que celui de sa face avant, familière aux observateurs terrestres.
Selon les conclusions des chercheurs, les différences entre les deux hémisphères lunaires ne sont pas superficielles. Les échantillons de Chang’e 6, âgés d’environ 2,8 milliards d’années, proviennent de lave solidifiée issue des profondeurs du manteau lunaire. Cette roche s’est formée à une température estimée à environ 1 100 °C. Or, cette température de formation serait systématiquement inférieure d’environ 100 °C par rapport à celle des roches du côté visible de la Lune, collectées lors des missions Apollo de la NASA.
Les scientifiques avancent que cette différence thermique pourrait s’expliquer par une composition interne distincte. Le côté caché de la Lune contiendrait potentiellement une concentration plus faible en éléments dits « producteurs de chaleur », tels que l’uranium, le thorium et le potassium. Cette hypothèse permettrait de comprendre pourquoi cette face est restée plus froide et a connu moins d’activité volcanique au cours de son histoire. Bien que cette étude ne fournisse pas de données sur les températures internes actuelles, les chercheurs estiment que cette « division thermique » aurait pu perdurer sur des milliards d’années, façonnant ainsi la géologie lunaire telle que nous la connaissons.
« Ces résultats nous rapprochent de la compréhension des deux visages de la Lune. Ils nous montrent que les différences entre le visage visible et le visage caché ne se limitent pas à la surface, mais qu’ils entrent dans les profondeurs. »
Xuelin Zhu, co-auteur de l’étude