Publié le 7 novembre 2025. Pour le deuxième mois consécutif, le ministère du Travail américain ne publiera pas son très attendu rapport mensuel sur l’emploi, conséquence directe de la paralysie budgétaire qui paralyse le gouvernement fédéral depuis le 1er octobre.
Cette situation inédite, engendrée par des désaccords politiques persistants, jette un voile d’incertitude sur l’état de la première économie mondiale. Les décideurs, investisseurs et citoyens peinent à évaluer la conjoncture économique en l’absence de statistiques officielles fiables.
Bien que des organismes privés s’efforcent de combler ce manque en proposant des données alternatives, les économistes soulignent leurs limites. Ces sources, souvent plus restreintes dans leur périmètre, ne sauraient remplacer la précision et la portée des chiffres émanant des institutions gouvernementales.
Initialement prévu pour le 3 octobre, le rapport sur l’emploi de septembre pourrait, selon les conjonctures, être rendu public quelques jours après la fin du « shutdown ». Cependant, l’incertitude plane quant à la capacité du ministère du Travail à produire un rapport complet pour le mois d’octobre, aucune donnée n’ayant pu être collectée durant cette période.
Le rapport d’octobre, qui devait initialement être diffusé ce vendredi, repose sur deux enquêtes majeures menées par le Bureau of Labor Statistics (BLS) : l’« enquête auprès des établissements », qui détermine le nombre d’emplois non agricoles, et l’« enquête auprès des ménages », essentielle au calcul du taux de chômage. Ces collectes de données, effectuées au cours de la semaine incluant le 12e jour du mois, sont directement impactées par la fermeture des administrations.
Méthodologie de calcul des données d’emploi aux États-Unis
Traditionnellement, les entreprises transmettent leurs informations salariales au BLS via des formulaires. Parallèlement, les données relatives aux ménages sont recueillies auprès d’un échantillon aléatoire de foyers par des enquêteurs de terrain, souvent affiliés au Bureau du recensement.
« Je ne pense pas que les données de l’enquête auprès des ménages pourront être publiées », confie à Reuters Ron Hetrick, économiste en chef du travail chez Lightcast. Il précise qu’en cas de réouverture du gouvernement la semaine prochaine, la collecte de données pour le rapport de novembre pourrait être envisageable.
Ron Hetrick, qui a passé de nombreuses années au BLS et a contribué à l’élaboration du rapport sur l’emploi, souligne les complexités logistiques rencontrées par les enquêteurs de terrain pour interroger les participants de l’enquête ménages sur leur situation professionnelle durant la période clé d’octobre.
« Les données des fiches de paie sont en fait un peu différentes. Les entreprises surveillent probablement encore leur situation salariale, ce qui pourrait, en théorie, permettre de produire la partie du rapport relative à l’enquête auprès des entreprises, mais je ne pense pas qu’il soit possible de réaliser l’enquête auprès des ménages. »
Ron Hetrick, ancien superviseur du BLS
Les rapports sur l’inflation et le chômage également dans le viseur
Cette inquiétude est partagée par de nombreux économistes. Le rapport sur les prix à la consommation, qui exige une collecte physique de données, risque également de ne pas être publié. La Maison Blanche avait d’ailleurs alerté le mois dernier sur ce risque, une première dans l’histoire des États-Unis.
Erica Groshen, ancienne commissaire du Bureau des statistiques, partage cette opinion : « Tout rapport mensuel impliquant une enquête auprès des ménages risque de contenir des données manquantes. Il est fort possible que le taux de chômage, calculé sur la base de l’Enquête démographique actuelle, ne soit pas non plus disponible. »