Publié le 2024-05-23 10:00:00. L’administration américaine envisagerait une politique radicale pour relocaliser la production de semi-conducteurs, conditionnant les importations à une fabrication nationale équivalente. Cette initiative, si elle se concrétise, pourrait bouleverser les chaînes d’approvisionnement mondiales, tout en soulevant d’importantes interrogations logistiques et techniques.
- Un ratio strict de 1 puce importée pour 1 puce produite localement serait la nouvelle règle.
- Le non-respect de ce principe entraînerait l’application de droits de douane élevés.
- La disparité de complexité entre les puces rend l’application de ce ratio complexe.
Selon des informations rapportées par le Wall Street Journal, l’exécutif américain explorerait une refonte majeure de sa politique industrielle dans le secteur des semi-conducteurs. L’idée centrale consisterait à imposer aux fabricants la production aux États-Unis d’une puce pour chaque unité importée. Cette mesure vise à encourager un retour de la production sur le territoire national et, potentiellement, à remodeler les flux d’approvisionnement globaux. Cependant, cette stratégie présente des défis logistiques et techniques considérables.
Le projet, baptisé « one to one », obligerait les entreprises à assumer la responsabilité directe de chaque puce importée en assurant sa réplication nationale. À défaut, des sanctions, potentiellement équivalentes à 100% de la valeur des importations non couvertes, pourraient être appliquées. Cette approche se distingue des simples incitations à l’investissement par son caractère contraignant, liant directement les exonérations douanières à des quotas de production spécifiques.
Howard Latnik, le ministre du Commerce, aurait présenté cette proposition aux acteurs majeurs de l’industrie, arguant de sa nécessité pour la sécurité économique nationale. Toutefois, une lacune majeure soulignée par le WSJ réside dans la méthodologie de comptabilisation. La diversité intrinsèque des puces – en termes de complexité, de performance, de coût et de valeur – rendrait le calcul d’un ratio d’un pour un particulièrement ardu. La comparaison entre un million de processeurs pour smartphones, comme les Apple A19 ou A19 Pro, et un million d’accélérateurs d’intelligence artificielle de haute performance, tels que les Nvidia B300, met en évidence des différences qui pourraient rendre cette règle difficilement applicable.
Pour accompagner cette transition, les entreprises s’engageant dans de nouvelles installations de production aux États-Unis bénéficieraient d’un « crédit » basé sur leur production attendue, leur permettant ainsi d’importer des produits sans droits de douane durant la phase de construction. Un soutien additionnel pourrait également être octroyé pour accroître la capacité de production locale. Là encore, la question de la valeur inégale entre les puces se pose : un million de petites puces fabriquées avec une technologie de pointe n’ont pas la même valeur qu’un million de puces produites avec une technologie plus ancienne, ce qui pourrait engendrer des distorsions de concurrence.
L’application de ces règles s’avérerait d’autant plus complexe que les droits de douane seraient imposés directement aux fabricants de puces, et non aux assembleurs de produits finis. Des géants comme Apple, Dell, Lenovo ou Samsung, qui importent des volumes considérables d’ordinateurs portables et de smartphones intégrant des composants variés, seraient directement concernés. Un suivi précis de l’origine de chaque puce exigerait une coordination sans précédent entre les fabricants d’équipements d’origine (OEM), les fabricants de semi-conducteurs et le gouvernement américain. La complexité des chaînes d’approvisionnement internationales multi-niveaux représente un défi majeur pour la mise en œuvre de ces réglementations.
Si cette proposition venait à être adoptée, certains acteurs pourraient en sortir renforcés. Les fabricants déjà implantés ou en phase d’expansion aux États-Unis, tels qu’Intel, Globalfoundries, Micron, Samsung (qui investit massivement sur le sol américain), Texas Instruments, et TSMC, pourraient voir leur position se consolider. Ils seraient mieux placés pour négocier avec des clients cherchant à sécuriser leurs approvisionnements en puces directement depuis l’Amérique. Il convient de noter que la Maison Blanche n’a pas encore officialisé ces projets, considérant pour l’heure ces rapports médiatiques comme de simples spéculations.