Publié le 24 octobre 2025 14:10:00. Les family offices nord-américains adoptent une stratégie d’investissement plus prudente, privilégiant la liquidité et réduisant leurs attentes de rendement, selon une enquête récente de RBC Wealth Management et Campden Wealth, dans un contexte de tensions géopolitiques et d’incertitudes économiques.
- 52 % des family offices interrogés privilégient les liquidités et actifs liquides pour les 12 prochains mois, contre 30 % qui misent sur l’intelligence artificielle.
- Les rendements attendus pour 2025 ont été revus à la baisse à 5 % en moyenne, contre 11 % l’année précédente, avec 15 % anticipant des rendements négatifs.
- La dépréciation du dollar américain est identifiée comme un risque de marché majeur par 52 % des répondants.
Les tarifs douaniers imposés par le président Donald Trump au début avril ont marqué un tournant dans l’approche des family offices. L’enquête, menée entre avril et août auprès de 141 sociétés d’investissement de familles fortunées en Amérique du Nord, révèle un net pessimisme quant aux perspectives de rendement. Là où l’an dernier, les actions de croissance et les industries de défense figuraient parmi les choix privilégiés, cette année la tendance s’oriente résolument vers la préservation du capital. Bill Ringham, de RBC Wealth Management, souligne le rôle prépondérant des perturbations induites par les tarifs douaniers et les tensions géopolitiques dans ces résultats.
Au-delà des incertitudes commerciales, la dépréciation du dollar américain constitue une préoccupation majeure. En baisse de près de 9 % depuis le début de l’année, la monnaie américaine suscite des inquiétudes, avec des institutions comme UBS anticipant une poursuite de ce déclin. Parallèlement, les family offices déplorent la lenteur des sorties de capitaux dans les investissements en private equity (capital-investissement) et venture capital (capital-risque). Près d’un quart des répondants estiment que les fonds de private equity n’atteindront pas les retours attendus en 2025, un sentiment encore plus marqué pour les investissements directs en capital-risque, où 33 % signalent des rendements insatisfaisants.
Malgré ce climat d’incertitude, cette ruée vers les liquidités n’est pas seulement une mesure défensive. Elle permet également de se positionner pour des paris opportunistes. « Ils ont une vision à beaucoup plus long terme de leur héritage et de leur famille », explique Bill Ringham, responsable des stratégies de gestion de patrimoine privé pour la branche américaine de RBC. « En faisant cela, ils créent probablement le capital nécessaire pour profiter des opportunités à mesure qu’elles se présentent sur le marché. »
Cette prudence mêlée d’opportunisme se reflète dans les changements envisagés en matière d’allocation d’actifs. Si 52 % des family offices privilégient la liquidité pour les 12 prochains mois, seulement 3 % prévoient d’augmenter leur allocation dans ce domaine pour 2025. Les investissements directs en private equity et les fonds de private equity, bien qu’ayant déçu ces dernières années, demeurent des secteurs d’intérêt pour près de la moitié des family offices interrogés. « Lorsque les family offices constituent des portefeuilles, ils envisagent évidemment des horizons temporels qui peuvent durer beaucoup plus longtemps que ceux des individus qui ne disposent pas de ce type de patrimoine hérité. Nous parlons d’horizons de 100 ans et plus », rappelle Ringham. Cette perspective à long terme justifie le maintien d’une exposition aux marchés privés, malgré les difficultés actuelles, en raison de leur potentiel de rendement historique supérieur.