Publié le 25 octobre 2025 19:39:00. La guerre russo-ukrainienne pourrait s’étirer sur plusieurs années, selon plusieurs observateurs, avec un front désormais déplacé sur le terrain économique. Le refus de la Russie d’engager des pourparlers de paix et les avancées technologiques sur le champ de bataille, notamment l’utilisation intensive des drones, remodèlent la nature du conflit.
- L’évolution des tactiques militaires, marquée par la révolution des drones, rend les percées rapides difficiles, modifiant la dynamique des combats.
- Le conflit tend à se transformer en une lutte d’usure économique, où la capacité de résilience des deux nations sera déterminante.
- La Russie mise sur l’effondrement économique et social de l’Ukraine, tandis que Kiev cherche à frapper les infrastructures énergétiques russes pour saper son effort de guerre.
La configuration actuelle du front, rendue complexe par l’omniprésence des drones, rend les manœuvres d’envergure et les avancées rapides sur le territoire ennemi obsolètes, comme l’ont montré les premiers mois de l’invasion. Face au refus persistant du Kremlin d’entamer des négociations de paix, l’issue du conflit pourrait se jouer sur le terrain économique et social, une bataille d’usure dont l’Ukraine ou la Russie pourrait sortir affaiblie en premier. C’est du moins la perspective soulevée par le journal The Wall Street Journal (WSJ).
Le quotidien américain rapporte que la Russie, par son refus d’un cessez-le-feu et l’annulation du sommet de paix de Budapest, semble s’orienter vers un conflit prolongé. Le président Vladimir Poutine serait convaincu que la Russie peut épuiser progressivement son voisin ukrainien, menant à un effondrement de son économie et de sa société. Cependant, malgré les espoirs affichés par le Kremlin, la situation sur le terrain ukrainien est loin d’être figée. Alors que les manœuvres militaires traditionnelles sont entravées par les drones, Kiev privilégie une stratégie visant à drainer économiquement la Russie par des frappes ciblées sur ses infrastructures pétrolières et gazières, éléments cruciaux de son effort de guerre.
« La stratégie ukrainienne, aussi surprenante que cela puisse paraître, fait écho à la stratégie russe : tout mettre en œuvre pour que l’économie russe s’effondre avant celle de l’Ukraine », analyse l’opposant russe Ilya Ponomarev, désormais installé à Kiev.
Un ancien haut responsable de l’administration Zelensky, s’exprimant sous couvert d’anonymat auprès du WSJ, anticipe une guerre s’étendant sur plusieurs années, les deux camps disposant encore de la capacité de poursuivre les combats. Il envisage une issue soit par l’effondrement du projet impérial russe, soit par la disparition de l’Ukraine en tant qu’État indépendant.
L’économiste russe Konstantin Sonin, professeur à la Harris School of Public Policy de l’Université de Chicago, partage une vision nuancée : « Nous continuons de nous attendre à un effondrement politique de la Russie, à l’image de l’Allemagne en 1918 qui a perdu la guerre alors qu’aucun soldat ennemi ne foulait son sol. Cet effondrement ne se manifeste pas aujourd’hui, mais ces événements finissent toujours par se produire, tôt ou tard. »
Perspectives stratégiques sur la guerre en Ukraine
Dans une analyse précédente, le politologue Viatcheslav Potapenko suggérait que le conflit en Ukraine se prolongerait jusqu’à ce que les États-Unis et la Chine parviennent à un accord sur un nouvel équilibre mondial des pouvoirs. Pour lui, la guerre ukrainienne est devenue un élément central de la confrontation géopolitique entre l’Occident et le Sud global.
Le chef de la Direction principale du renseignement du ministère de la Défense de l’Ukraine, Kirill Budanov, estime quant à lui que la Russie peut encore mener cette guerre en partie parce que les sanctions occidentales visant son secteur pétrolier et gazier demeurent trop restrictives et manquent d’efficacité.