Publié le 24 février 2026. Le Tchad a fermé sa frontière avec le Soudan, invoquant des incursions répétées et des violations de son territoire par les forces en conflit, une décision qui pourrait aggraver la crise humanitaire dans le Darfour soudanais.
La fermeture des frontières terrestres avec le Soudan, annoncée par le gouvernement tchadien, vise à « prévenir tout risque d’extension du conflit soudanais » sur son sol et à « protéger ses concitoyens ainsi que les populations réfugiées, tout en garantissant la stabilité et l’intégrité territoriale du Tchad », selon un communiqué officiel.
Cette décision intervient après que les Forces de soutien rapide (FSR) ont revendiqué la prise de la localité d’Al-Tina, située à la frontière avec le Tchad, le 21 février 2026. Des rapports non confirmés font état de combattants affiliés à l’armée soudanaise ayant fui vers le territoire tchadien. Les FSR contrôlent désormais la quasi-totalité de la région du Darfour, après avoir conquis El-Fasher en octobre 2025, une prise de contrôle marquée par des accusations de massacres, de viols et d’enlèvements.
Le Tchad, qui partage une frontière de près de 1 400 kilomètres avec le Soudan, est une voie d’approvisionnement humanitaire essentielle pour le Darfour. Les quatre principaux points de passage – Al-Tineh, Adre, Forbaranga et Umm Dukhun – sont cruciaux pour l’acheminement de l’aide.
L’ancien ministre soudanais des Affaires étrangères, Mahdi Al-Khalifa, estime que cette fermeture a des « dimensions sécuritaires, humanitaires, économiques et politiques régionales ». Il a souligné que ces points de passage étaient vitaux pour les agences des Nations Unies et les organisations internationales. DW rapporte que la province du Darfour, disputée par les parties en conflit au Soudan, est limitrophe du Tchad.
Selon Al-Khalifa, la fermeture de ces points de passage pourrait ralentir, voire interrompre, l’acheminement de nourriture et de médicaments à des millions de personnes dans le besoin au Darfour, où plus de trois millions de personnes sont confrontées à un risque de famine, selon les estimations de l’ONU.
La secrétaire générale adjointe des Nations Unies aux affaires politiques et à la consolidation de la paix, Rose Marie DiCarlo, a déjà mis en garde contre le risque d’une extension régionale du conflit soudanais, menaçant la stabilité de l’ensemble de la région.
Le Tchad a déjà accueilli environ 1,2 million de réfugiés soudanais depuis le début de la guerre, ce qui représente une pression économique et sociale croissante. Les marchés tchadiens ont été affectés par la hausse des prix des produits de base importés à travers la frontière, et les activités commerciales, industrielles et touristiques entre les deux pays ont été perturbées.
Depuis le début des combats, les relations entre Khartoum et N’Djamena ont été marquées par des tensions. En décembre 2023, le Tchad avait demandé à quatre diplomates soudanais de quitter son territoire en 72 heures, suite à des déclarations jugées « dangereuses ». En mars 2025, un commandant adjoint de l’armée soudanaise avait qualifié les aéroports d’Am Gers et de N’Djamena de « cibles militaires légitimes », suscitant une réaction du Tchad qui a mis en garde contre toute agression sur son territoire.
Les autorités tchadiennes craignent l’infiltration d’éléments armés et la propagation des conflits tribaux sur son territoire, compte tenu des liens sociaux entre les communautés frontalières.