Publié le 2025-10-24 16:16:00. L’omniprésence des écrans et des réseaux sociaux chez les jeunes suscite des inquiétudes croissantes quant à leur développement moral et leur perception de la réalité. Un expert psychiatre analyse les risques d’une « anesthésie morale » et les défis d’une déconnexion progressive.
- Les écrans peuvent entraîner une infantilisation et une insensibilité, rendant le sevrage des jeunes accrocs particulièrement difficile, marqué par la colère.
- Les films violents exposent les adolescents à une cruauté banalisée, affectant leur empathie envers autrui.
- La communication via les réseaux sociaux lassent les jeunes, qui tendent à abandonner ces plateformes au profit d’alternatives émergentes.
- L’intelligence artificielle est une composante inévitable de notre avenir, et y résister équivaut à un refus du progrès.
« L’anesthésie morale », c’est ainsi que le Dr. Ivan Kanov, psychiatre, qualifie le phénomène qui conduit à des actes de violence gratuits, tels que le récent meurtre d’un adolescent dans un centre commercial. L’insensibilité à la douleur d’autrui et la banalisation de la violence, souvent alimentées par une consommation excessive de contenus médiatiques, sont au cœur de ses préoccupations. Pour lui, ces actes reflètent un déclin généralisé du respect et de la maîtrise de soi dans la société.
La psychologie moderne met en garde contre les dangers des réseaux sociaux et de la dépendance numérique, qu’elle considère comme des sources de mal-être et de troubles psychiques chez les jeunes. Le Dr. Kanov confirme ces craintes, soulignant que le cerveau en développement des adolescents est particulièrement vulnérable aux effets dévastateurs d’une immersion constante dans le monde virtuel. Il compare cela à l’image d’un personnage de film vivant isolé, finissant par croire que la réalité peut être contrôlée par une télécommande. La perception du monde, avec ses nuances et ses émotions, peut être remplacée par une représentation virtuelle, conduisant à une infantilisation émotionnelle et à un déficit d’empathie.
Face à ces constats, la proposition d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, initiée par le ministre de l’Éducation Krasimir Valchev, s’inscrit dans une tendance mondiale. Cependant, le psychiatre met en garde contre la difficulté d’une telle mesure. Le sevrage numérique peut provoquer chez les adolescents des réactions similaires à celles observées chez les toxicomanes : colère, anxiété, voire rébellion. L’application de ces interdictions, que ce soit à la maison ou dans les établissements scolaires, s’annonce comme un véritable défi.
L’interdiction partielle des téléphones dans les écoles, déjà expérimentée dans certains établissements, semble porter ses fruits en améliorant la concentration des élèves. Le Dr. Kanov y voit une piste, bien que la rendre totale et prolongée reviendrait à interdire la cigarette ou les cigarettes électroniques, des comportements addictifs difficiles à éradiquer. Il suggère de s’inspirer des pratiques éprouvées à l’étranger, tout en reconnaissant la spécificité de l’étudiant bulgare, moins réceptif aux règles et aux lois.
La manière dont les jeunes communiquent aujourd’hui, souvent via des écrans même lorsqu’ils sont physiquement présents ensemble, interroge. Si cette forme de communication peut paraître détachée, elle assure une connexion constante, mais de manière plus contrôlée et moins intrusive que les interactions directes. Le Dr. Kanov y voit une évolution des modes de communication, et non une rupture sociale. L’avènement de l’intelligence artificielle ne fait que confirmer cette tendance vers des interactions futuristes, où résister équivaudrait à nier le progrès.
La diffusion rapide de contenus et d’informations en ligne exacerbe la multiplication des comportements à risque et de la cruauté, notamment envers les animaux, ou des défis dangereux relayés par les influenceurs. Le Dr. Kanov se souvient d’expériences passées, telles qu’un lancer de chat par-dessus un balcon, qui seraient aujourd’hui démultipliées par la viralité des réseaux sociaux. Il rappelle cependant qu’il faut garder une vision nuancée, le mal n’étant pas toujours absolu.
L’intelligence artificielle soulève également des préoccupations quant à la production de contenus synthétisés, rendant la distinction entre le réel et l’irréel de plus en plus complexe. Le risque d’une manipulation par des acteurs malveillants est réel pour une partie de la population qui pourrait avoir du mal à naviguer dans cette nouvelle réalité.
L’analyse du Financial Times, suggérant un déclin de l’utilisation des réseaux sociaux, notamment chez les jeunes, confirme la thèse du Dr. Kanov : ces plateformes, autrefois sociales, deviennent des outils de gestion de l’ennui et de l’anxiété, et sont appelées à être remplacées par de nouvelles formes d’interaction. Les réseaux sociaux sont devenus des leviers d’influence politique, mais leur emprise diminue à mesure que les générations évoluent.
Dans ce contexte en mutation, le Dr. Kanov prône une approche ouverte et réfléchie, plutôt qu’une attitude de crainte face aux évolutions futures.
Ivan Kanov
Né le 29 octobre 1944 à Bankya, Ivan Kanov est diplômé en médecine et spécialisé en psychiatrie. Il a exercé dans plusieurs hôpitaux psychiatriques en Bulgarie avant d’émigrer au Canada en 1984, puis de travailler aux États-Unis. Après 1989, il s’est reconverti dans la production de vin, remportant des prix internationaux.