Paris, le 10 octobre 2025. Alors que les gouvernements du monde entier renforcent leur soutien aux marchés volontaires du carbone, Chris Duck de Climate Impact Partners plaide pour une expansion audacieuse et intègre du financement climatique, soulignant le rôle crucial du secteur privé face à l’urgence climatique.
- Le marché volontaire du carbone (VCM) est un levier essentiel pour mobiliser des investissements privés vers des projets de réduction des émissions et de protection environnementale.
- Des initiatives gouvernementales récentes, comme la Coalition pour développer les marchés du carbone, marquent un tournant vers une collaboration public-privé accrue pour renforcer l’intégrité et la demande du marché.
- Une clarté politique renforcée et des incitations ciblées sont nécessaires pour que les entreprises s’engagent pleinement et que le VCM devienne un moteur significatif du financement climatique mondial.
L’année 2025 s’annonce comme la deuxième plus chaude jamais enregistrée, une tendance alarmante qui rappelle l’urgence d’agir face aux crises climatiques, de biodiversité et sociales interconnectées. Les investissements actuels sont loin d’être suffisants pour atteindre la neutralité carbone, avec un besoin estimé à 5 200 milliards de dollars d’ici 2030, selon le rapport State of Climate Action 2023. Bien que les gouvernements se soient engagés à tripler le financement climatique pour les pays en développement pour atteindre 300 milliards de dollars par an d’ici 2035, un écart considérable persiste, rendant le rôle du secteur privé indispensable.
Le marché volontaire du carbone (VCM) offre une voie établie pour ce financement. Il permet aux entreprises de soutenir des projets qui réduisent ou séquestrent les émissions de carbone, tout en générant des bénéfices tangibles pour la nature et les communautés, comme la protection des forêts anciennes, la reforestation ou encore la fourniture de solutions d’eau potable et de cuisson propre. Les entreprises utilisant ces crédits carbone décarbonent, en moyenne, deux fois plus vite que leurs pairs. L’expansion rapide de ce marché est donc vitale pour faire face à la crise climatique mondiale.
Le VCM atteint une maturité certaine. Face à la demande croissante de solutions de haute intégrité, le marché s’adapte : des agences de notation évaluent la qualité des crédits, des organismes comme le Conseil d’intégrité du marché volontaire du carbone (ICVCM) et la Voluntary Carbon Markets Integrity Initiative (VCMI) élèvent les standards de qualité, les méthodologies s’affinent pour plus de transparence, et de nouvelles technologies améliorent l’efficacité. Cependant, pour libérer pleinement son potentiel, le VCM a besoin de signaux politiques clairs et de l’approbation du secteur public, offrant aux entreprises la confiance nécessaire pour un engagement à grande échelle et des résultats concrets.

L’année 2025 marque un tournant majeur avec un engagement gouvernemental accru. Lors de la London Climate Action Week, le Royaume-Uni, le Kenya et Singapour ont lancé la Coalition pour développer les marchés du carbone, une initiative visant à stimuler la demande volontaire de crédits carbone de haute qualité. La France, le Panama et le Pérou ont rapidement rejoint cette coalition, témoignant d’un alignement mondial croissant. L’objectif est de formaliser des principes communs d’ici la COP30 au Brésil, afin de jeter les bases d’un financement climatique dirigé vers les pays les plus vulnérables.
Parallèlement, le gouvernement britannique a consulté sur les mesures à prendre pour renforcer l’intégrité et l’usage des marchés volontaires du carbone et de la nature. Cette démarche est essentielle pour établir des garde-fous clairs, permettant aux entreprises britanniques de s’engager en toute confiance et de débloquer pleinement le potentiel du marché, stimulant ainsi l’impact climatique, l’innovation et la croissance économique. En Europe, l’Union européenne a annoncé son intention d’intégrer les crédits carbone de l’article 6 dans ses objectifs climatiques pour 2040, un signal fort de la reconnaissance croissante des marchés du carbone comme un outil clé de la réponse mondiale au changement climatique.
Cependant, des progrès restent à faire pour passer de la reconnaissance à l’incitation. Il manque des orientations claires et cohérentes sur la manière dont les entreprises doivent communiquer sur leur utilisation des crédits carbone et sur le retour sur investissement concret. Bien que l’UE ait avancé sur la proposition de directive concernant les allégations écologiques, son ralentissement en raison de préoccupations réglementaires souligne la nécessité de cadres pragmatiques.
Les gouvernements ont un rôle à jouer pour créer un environnement favorable aux entreprises. Cela pourrait inclure :
- La fourniture de directives claires et cohérentes sur la formulation d’allégations climatiques crédibles lors de l’utilisation de crédits carbone.
- La mise en place d’incitations fiscales ou de préférences dans les marchés publics pour les entreprises investissant dans des crédits carbone de haute intégrité.
- Un soutien public clair aux marchés volontaires du carbone et à l’utilisation des crédits comme mécanisme fiable pour atteindre les objectifs de réduction des émissions.
Ces actions permettraient d’intégrer l’utilisation des crédits carbone au cœur des stratégies climatiques des entreprises et, par conséquent, d’élargir le marché.
Le marché volontaire du carbone est en pleine évolution. Avec une intégrité croissante, une innovation numérique et un leadership gouvernemental affirmé, nous entrons dans une nouvelle ère de l’action climatique. L’objectif est désormais de construire un avenir où les marchés du carbone sont intrinsèquement liés aux stratégies climatiques des entreprises et constituent un moteur puissant pour le financement climatique mondial. D’ici la COP30, la Coalition pour développer les marchés du carbone aura présenté des principes communs qui pourraient redéfinir l’engagement des entreprises. C’est un moment crucial : grâce au leadership des gouvernements, à l’engagement des entreprises et à l’alignement international, nous pouvons libérer tout le potentiel de la finance carbone et générer un impact réel pour les populations et la planète.