Un bras de fer judiciaire vient de se conclure à Washington, où un grand jury a refusé de poursuivre six élus démocrates accusés d’avoir incité à la désobéissance envers leurs supérieurs hiérarchiques au sein de l’armée et des services de renseignement. Cette décision intervient dans un contexte de tensions croissantes entre l’administration Trump et les institutions démocratiques.
L’affaire avait été initiée par Jeanine Pirro, procureure américaine, qui souhaitait inculper les six membres du Congrès – tous anciens militaires – pour avoir diffusé une publicité rappelant aux personnels militaires qu’ils ne sont pas tenus d’exécuter des ordres illégaux. La publicité, intitulée « N’abandonnez pas le navire », reprenait un argumentaire fréquemment utilisé lors des formations militaires depuis la Seconde Guerre mondiale.
Les élus concernés sont le sénateur Mark Kelly (Arizona), la sénatrice Elissa Slotkin (Michigan), et les représentants Jason Crow (Colorado), Maggie Goodlander (New Hampshire), Chris Deluzio et Chrissy Houlahan (Pennsylvanie). Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, avait déjà pris des mesures disciplinaires à l’encontre de Mark Kelly, notamment en réduisant son indemnité de retraite, dénonçant une vidéo « imprudente et séditieuse » visant à saper la discipline militaire.
Les motivations derrière cette tentative d’inculpation sont restées floues. Donald Trump avait immédiatement qualifié la publicité de « comportement séditieux, passible de mort ! ». Selon le New York Times, Jeanine Pirro avait argué devant le grand jury que les législateurs avaient violé une loi interdisant d’interférer avec la loyauté, le moral ou la discipline des forces armées.
Cette décision du grand jury s’inscrit dans une série de refus d’inculpation qui ont vu le jour ces derniers temps, notamment dans des affaires impliquant des lanceurs d’alerte. Elle souligne le rôle crucial que peuvent jouer les jurys populaires dans la défense des principes démocratiques, face à une exécution du pouvoir jugée de plus en plus contestable.
« Il s’agit d’un abus de pouvoir scandaleux de la part de Donald Trump et de ses affidés », a déclaré Mark Kelly après la décision. « Trump veut que tous les Américains aient trop peur pour s’exprimer. »
Jason Crow a adopté un ton plus ferme : « Si ces individus pensent qu’ils vont nous intimider, nous menacer et nous faire taire, et qu’ils vont s’en prendre à nos opposants politiques et nous faire reculer, ils ont autre chose à attendre. Le vent tourne. »
La procureure générale Pam Bondi doit témoigner devant le comité judiciaire de la Chambre des représentants mercredi pour répondre à des questions concernant les agissements de son département.