Publié le 23 février 2026 11:01:00. La flambée des dépenses en intelligence artificielle (IA) provoque une pénurie mondiale de mémoire DRAM, entraînant une hausse des prix et des perturbations dans la production d’électronique grand public, des smartphones aux consoles de jeux.
- Le prix de la mémoire DRAM a augmenté de 75 % entre décembre et février, en raison de la demande croissante de l’IA.
- Les principaux fabricants de mémoire (Samsung, SK Hynix et Micron) privilégient la production de mémoire à large bande passante (HBM), plus rentable pour les applications d’IA.
- Des entreprises comme Cisco, Apple, Tesla et Lenovo signalent des « contraintes d’approvisionnement » dans leurs chaînes de production.
La demande de mémoire DRAM explose, tirée par l’essor de l’intelligence artificielle. Les dépenses en infrastructures d’IA devraient atteindre 360 milliards de dollars en 2025 et grimper à 650 milliards de dollars en 2026, selon les estimations du secteur. Ce volume d’investissement se traduit par une forte demande en serveurs et puces de pointe, qui nécessitent d’importantes quantités de mémoire HBM.
La production de HBM se fait au détriment de la DRAM standard, utilisée dans les smartphones, les ordinateurs portables et autres appareils électroniques grand public. TrendForce estime que la demande de HBM augmentera de 70 % en 2026, passant de 19 % à 23 % de la production totale de DRAM, réduisant ainsi la capacité disponible pour le reste du marché.
Les conséquences de cette pénurie se font déjà sentir. Les contrats de fourniture, traditionnellement renégociés annuellement, sont désormais révisés trimestriellement. Les fabricants chinois de smartphones ont revu à la baisse leurs prévisions de livraisons jusqu’à 20 %. Selon des informations du secteur, Sony pourrait retarder le lancement de sa prochaine console jusqu’en 2028 ou 2029.
Dans le secteur de la distribution de composants, comme dans le quartier technologique de Sunin Plaza à Séoul, les prix sont ajustés quotidiennement, les vendeurs préférant attendre une nouvelle hausse plutôt que de vendre leurs stocks. Counterpoint Research estime que la mémoire pourrait représenter jusqu’à 30 % du coût des matériaux des téléphones bas de gamme, contre 10 % début 2025, ce qui pourrait entraîner une augmentation des prix de vente ou une réduction des fonctionnalités.
Les fabricants de mémoire sont les principaux bénéficiaires de cette situation. Micron prévoit de doubler son chiffre d’affaires au cours de l’exercice en cours, tandis que SK Hynix a déjà doublé ses ventes en 2024 et anticipe une nouvelle croissance grâce à la HBM. Cette pénurie n’est pas due à des perturbations spécifiques de la chaîne d’approvisionnement, comme lors de la pandémie, mais à une réallocation délibérée des ressources vers le segment le plus rentable.
La logique du marché prévaut : les ressources productives sont dirigées vers les centres de données d’IA, où les marges sont les plus élevées, tandis que des secteurs entiers de l’électronique grand public et de l’automobile souffrent d’un manque de composants essentiels. La construction de nouvelles usines de mémoire prend des années et nécessite des investissements considérables, ce qui signifie que cette crise d’approvisionnement ne devrait pas se résoudre à court terme et que les prix continueront probablement de grimper.