Publié le 24 février 2026. Le nouveau film d’Ilker Çatak, Lettres jaunes, présenté à la Berlinale 2026, explore les conséquences de la dissidence politique sur une famille d’artistes turcs, tout en soulevant des questions sur l’universalité de la lutte contre l’autoritarisme.
Peu avant l’édition 2025 de la Berlinale, Tricia Tuttle, alors nouvelle directrice du festival, avait exprimé son inquiétude face à une possible autocensure des cinéastes, craignant des pressions politiques. Selon le site The Film Stage, cette crainte faisait suite à une controverse lors de l’édition 2024, où le film Aucune autre terre avait été accusé d’antisémitisme, suscitant de vives réactions.
Lettres jaunes suit Derya, une actrice, et Aziz, un dramaturge, après le succès de leur dernière pièce à Ankara. Leur critique ouverte du gouvernement turc, notamment le refus de Derya de se faire photographier aux côtés d’un homme politique, déclenche une série de représailles. Aziz est licencié de son poste d’université et les pièces de théâtre de Derya sont retirées de la programmation. Le couple, avec leur fille adolescente, est contraint de déménager chez la mère d’Aziz à Istanbul pour réduire leurs dépenses.
Le film, tourné en Allemagne en raison des difficultés de financement en Turquie, utilise des images de manifestations réelles qui se déroulaient à Berlin et Hambourg pendant le tournage. Cependant, le réalisateur a inclus des drapeaux de l’Ukraine et de la communauté LGBTQ+ dans les scènes de protestation, dans le but de donner l’impression d’une contestation plus large contre les politiques gouvernementales. Cette approche, selon certains critiques, affaiblit la critique spécifique de la dérive autoritaire en Turquie.
Le film semble chercher à dépasser le cas spécifique de la Turquie pour dépeindre une situation plus universelle, où de nombreux pays sont confrontés à des menaces similaires. En gommant les spécificités du contexte turc, le film permet au public de projeter ses propres préoccupations politiques sur l’histoire, mais perd ainsi en authenticité et en impact. Comme le souligne la critique, il s’agit peut-être du film idéal pour une Berlinale décrite comme « apolitique » : il offre l’illusion d’un engagement artistique sans pour autant prendre de risques réels.
Cependant, le film prend une dimension plus poignante lorsqu’il se concentre sur les conséquences personnelles de la censure et de la répression. Les scènes domestiques, où Aziz est contraint de travailler comme chauffeur de taxi pour subvenir aux besoins de sa famille, mettent en lumière les difficultés auxquelles sont confrontés ceux qui osent s’opposer au pouvoir. Le dilemme de Derya, confrontée à la décision de renier ses convictions pour obtenir un rôle dans une série télévisée, illustre les compromis douloureux auxquels les artistes peuvent être amenés à faire face.
Lettres jaunes, bien qu’animé de bonnes intentions, ne parvient pas à susciter l’appel à l’action contre l’autoritarisme qu’espéraient ses créateurs. Son manque de spécificité et son approche trop générale en font un film efficace sur le moment, mais qui perd de sa force rétrospectivement. Tricia Tuttle a souligné que la Berlinale 2026 avait été marquée par des défis politiques.
Lettres jaunes a été présenté à la Berlinale 2026.