Publié le 2022-03-08 14:30:00. En Ukraine, la destruction d’un barrage près de Kiev a transformé une zone inondée en une barrière défensive impénétrable. Cette stratégie naturelle, utilisée au fil des siècles, est aujourd’hui explorée par la Finlande et la Pologne pour renforcer leurs frontières face à la menace russe, tout en offrant des bénéfices écologiques.
- La destruction du barrage de Kozarovychi, au nord de Kiev, a entraîné une inondation massive, stoppant net l’avancée russe.
- La Finlande et la Pologne envisagent de réhumidifier leurs zones humides pour créer des barrières défensives naturelles.
- La restauration de ces écosystèmes présente également des avantages écologiques significatifs, notamment en matière de stockage de carbone.
Début mars 2022, l’explosion d’un engin explosif a provoqué la destruction du barrage de Kozarovychi, près du réservoir d’Irpin, au nord de Kiev. Cette catastrophe a engendré une inondation de vastes plaines, créant une zone marécageuse qui a considérablement freiné la progression des forces russes et contribué à la non-prise de la capitale ukrainienne. L’eau a également dispersé des mines et des munitions non explosées, rendant la zone particulièrement dangereuse et infranchissable pour les assaillants.
Face à l’escalade des tensions géopolitiques, la Finlande et la Pologne, pays voisins de la Russie et de la Biélorussie, réévaluent l’utilisation stratégique de leurs zones humides et marécages. Ces régions, traditionnellement considérées comme des obstacles naturels, sont désormais envisagées comme des atouts défensifs dans le cadre d’une stratégie de dissuasion et de défense.
La Finlande étudie l’option des « marécages renaturés »
Le gouvernement finlandais examine attentivement les zones situées à l’est du pays, à proximité de la frontière russe. Il s’agit notamment de marécages, de zones humides et de forêts, dont le bois mort pourrait constituer une barrière naturelle efficace. Le ministère finlandais de l’Environnement a déclaré à DW :
« Les marécages renaturés peuvent servir d’obstacles naturels susceptibles de limiter le mouvement des équipements militaires et d’améliorer les capacités défensives de la Finlande. »
Un groupe de travail est actuellement en cours de constitution pour évaluer des plans concrets de renaturation à des fins défensives. Les ministères de la Défense et de l’Agriculture sont également représentés dans ce groupe, qui discutera des avantages stratégiques et militaires de ces aménagements. Au-delà de la défense, la renaturalisation des marécages et des forêts, souvent en mauvais état en Finlande, vise également à renforcer la biodiversité, à réduire les émissions de gaz à effet de serre, à améliorer la qualité de l’eau et de l’air, et à prévenir les inondations et le ruissellement de nutriments.
La Pologne mise sur le « Bouclier Oriental »
En Pologne, l’initiative « Bouclier Oriental » vise à renforcer le flanc est du pays d’ici 2028. Ce programme inclut le développement de la surveillance, des infrastructures et la construction d’obstacles physiques pour dissuader une potentielle invasion. Le ministère polonais de la Défense a confirmé à DW que la nature environnante constitue un allié majeur de cette initiative. La réhumidification des tourbières et le reboisement dans les zones frontalières font partie intégrante de cette stratégie. Ces frontières, communes avec la Russie et la Biélorussie, sont également des frontières extérieures de l’OTAN, d’où leur importance capitale pour l’ensemble de l’alliance.
Une stratégie de défense millénaire
L’utilisation des zones humides comme remparts défensifs n’est pas une nouveauté. Des exemples historiques abondent : les paysans du nord de l’Allemagne ont vaincu l’armée danoise en 1500 en utilisant leur connaissance des marais d’Hemmingstedt. Les marécages infranchissables ont également joué un rôle dans la défaite de l’armée napoléonienne lors de la campagne de Russie en 1812, ainsi que durant les deux guerres mondiales où ils ont constitué des obstacles majeurs pour les troupes.
Franziska Tanneberger, directrice du Greifswalder Moor Centrum, souligne l’efficacité de ces barrières naturelles :
« Aucun équipement militaire ne peut facilement traverser un marais humide. »
Elle estime qu’un investissement européen de 250 à 500 millions d’euros permettrait de revitaliser et de réhumidifier environ 100 000 hectares de tourbières et de marécages sur tout le continent. Ces zones humides, lorsqu’elles sont vivantes et hydratées, stockent d’importantes quantités de CO2, contribuant ainsi à la lutte contre le changement climatique. À l’inverse, les marécages asséchés émettent des gaz à effet de serre, un phénomène accentué par le drainage actuel de vastes zones humides en Europe au profit de l’agriculture.