Publié le 26 février 2026 à 03h00. Le régime militaire birman a réussi à stabiliser sa situation financière grâce à de nouvelles sources de devises, lui permettant d’intensifier ses opérations militaires, mais au prix d’une économie affaiblie et de restrictions commerciales persistantes.
- Depuis environ un an, les difficultés de change rencontrées par le régime militaire depuis le coup d’État de 2021 semblent s’atténuer.
- Cette amélioration financière permet au régime d’augmenter ses dépenses militaires, notamment en matière d’armement et de drones.
- Les restrictions commerciales imposées par le régime, bien que limitant les importations, ont également un impact négatif sur la santé et le bien-être de la population.
Pendant une grande partie de son règne post-coup d’État, débuté en février 2021, la Commission d’État pour la sécurité et la paix (SSPC), anciennement connue sous le nom de Conseil d’administration d’État (SAC), a été confrontée à de graves pénuries de devises étrangères. Cette situation a influencé les politiques du régime et limité ses actions, tant sur le champ de bataille que dans d’autres domaines. Cependant, au cours de l’année écoulée, ces contraintes semblent avoir diminué, reflétées également par une stabilisation du kyat birman sur le marché informel, le marché hundi, un indicateur de la disponibilité des devises.
Ces changements sont le résultat d’efforts concertés de la SSPC/SAC pour contrôler les forces du marché et les acteurs économiques, influençant ainsi l’offre et la demande de devises. Les conséquences de cette évolution sont significatives, tant pour le régime que pour le conflit en cours au Myanmar et pour l’économie du pays.
Depuis le coup d’État, la SSPC/SAC a dû faire face à des pénuries de devises, en partie dues à la baisse de l’aide internationale et des investissements directs étrangers (IDE), bien que la diminution réelle des IDE en espèces ait été moins importante que les chiffres officiellement annoncés. Les exportations ont diminué en 2021, mais ont atteint un niveau record en 2022 avant de retomber plus récemment. Les sanctions internationales ont également perturbé l’accès aux devises et contribué aux pénuries, du moins temporairement. La méfiance de la population birmane envers le système financier, héritée de la crise bancaire de 2003 et de la dévaluation du kyat sous le régime militaire précédent, a également incité de nombreux citoyens à convertir leurs kyats en devises étrangères, en or ou en biens immobiliers.
Pour faire face à cette situation, la SSPC/SAC a mis en œuvre des mesures visant à conserver les devises existantes et à en acquérir de nouvelles. Parmi ces mesures figuraient des licences commerciales strictes, une politique privilégiant les exportations, des contrôles des capitaux sur les transferts de fonds, une réduction des dépenses publiques dans les secteurs gourmands en devises et une diminution de la vente de devises au taux officiel (2 100 MMK/USD) pour l’importation de carburant et de produits de première nécessité. Le régime a également exigé que les travailleurs migrants versent 25 % de leurs revenus par les canaux officiels et que les exportateurs convertissent leurs gains en devises en kyats.
En 2025, la situation des changes s’est améliorée grâce à une augmentation des flux de capitaux et à une diminution de la demande. Les envois de fonds des travailleurs migrants ont augmenté de 46 % au cours de l’exercice 2024/25, atteignant 2,1 milliards de dollars américains. Cette augmentation est due à une pression accrue sur les agences de recrutement pour garantir le rapatriement des fonds, ainsi qu’à un écart réduit entre les taux de change officiels et les taux hundi. L’aide humanitaire suite au tremblement de terre de 2025 a également contribué à l’augmentation des afflux de devises. Le régime a également renforcé l’application des règles de rapatriement des devises, en révoquant les licences de près de 200 exportateurs qui n’avaient pas respecté ces règles.
Parallèlement, la SSPC a réduit la demande de devises en limitant les importations grâce à des licences commerciales, à la politique privilégiant les exportations et à la fermeture des frontières. Certains types d’importations ont été interdits ou restreints dans certaines régions du pays. La faiblesse de l’économie nationale a également contribué à limiter la demande.
Cette amélioration de la situation des changes a des implications importantes pour le régime et pour le pays. Elle permet à la SSPC d’augmenter ses achats de carburant et d’équipements militaires, notamment de munitions et de drones. Les attaques de drones et les frappes aériennes du régime ont atteint un niveau record en 2025.
« La plus grande inconnue est peut-être de savoir si l’amélioration de la situation des changes du régime est durable. »
Les restrictions commerciales réduisent les importations, ce qui nuit aux investissements et au pouvoir d’achat des consommateurs. Ces restrictions affectent également l’accès à des produits essentiels comme les médicaments, ce qui a un impact direct sur la santé et le bien-être de la population. Les mesures prises par le régime pour améliorer sa situation en matière de change ont également des conséquences sur les taux de change, y compris les taux hundi, ce qui peut réduire le montant de kyats reçu par les bénéficiaires des envois de fonds.
Cependant, il existe également des conséquences économiques positives. L’amélioration de la situation des changes a conduit la Banque centrale du Myanmar (BCM) à réduire en janvier 2026 la part des devises devant être converties en kyats au taux officiel, passant de 25 % à 15 % des recettes d’exportation. Cela profite aux exportateurs et aux secteurs liés à l’exportation, comme l’agriculture. La BCM a également mis à disposition des devises pour l’achat de gaz naturel liquéfié (GNL), ce qui a permis à la société VPower, basée à Hong Kong, de reprendre ses projets de production d’électricité en novembre 2025. La reprise de ces projets devrait augmenter l’approvisionnement en électricité. Enfin, la stabilisation de la situation des changes a amélioré la prévisibilité pour certaines entreprises.
Malgré ces améliorations, la durabilité de la situation financière du régime reste incertaine. Des rumeurs concernant l’influence de puissances étrangères ou de fonds illicites sur les taux de change circulent, bien qu’elles soient difficiles à vérifier. Certains craignent également qu’une appréciation de la monnaie, combinée à une inflation élevée, ne pose des problèmes aux secteurs orientés vers l’exportation. Néanmoins, la SSPC/SAC, et quel que soit le régime qui succédera aux prochaines élections, bénéficiera à court terme de cette amélioration de la situation des changes.