Publié le 2025-10-09 00:00:00. Une collection inédite de poèmes de Seamus Heaney, le prix Nobel de littérature irlandais disparu en 2013, sera publiée pour la première fois, aux côtés de l’intégralité de son œuvre. Ces textes, dont certains étaient conservés à la Bibliothèque nationale d’Irlande, révèlent une facette intime du poète.
- Une nouvelle anthologie réunit pour la première fois les 12 recueils publiés par Seamus Heaney, des poèmes parus dans des revues et magazines, ainsi que 25 œuvres inédites.
- Parmi les trésors retrouvés figure « Chaise, couteau de poche, guitare », un poème écrit pour le mariage de son fils Christopher en 2004.
- La publication soulève la question éthique de la diffusion d’œuvres qu’un auteur a pu choisir de ne pas publier.
Les éditions Faber & Faber dévoilent ce jeudi 9 octobre 2025 une compilation exceptionnelle d’écrits de Seamus Heaney, offrant un panorama complet de son œuvre. Cette nouvelle publication, intitulée « The Poems of Seamus Heaney », ne se contente pas de rassembler ses recueils officiels ; elle y ajoute des textes parus dans la presse ainsi qu’une sélection d’œuvres restées jusqu’alors à l’abri des regards. Ces dernières, déterrées parmi les archives laissées à la Bibliothèque nationale d’Irlande (NLI) avant son décès, promettent d’éclairer d’un jour nouveau la carrière du poète lauréat du prix Nobel.
La question de la publication de ces poèmes inédits n’a pas manqué de susciter un débat parmi les éditeurs. Matthew Hollis, poète et éditeur de longue date de Heaney, qui a travaillé sur cette collection durant une décennie aux côtés de Rosie Lavan et Bernard O’Donoghue, a souligné l’importance de cette réflexion. « Si un auteur a choisi de ne pas publier un poème, quelqu’un d’autre a-t-il le droit de le faire ? » s’est-il interrogé. Cependant, le dépôt de ces manuscrits à la NLI suggère que le poète lui-même n’avait pas l’intention de les garder strictement privés. Certains textes n’auraient pas atteint le stade de finition espéré par Heaney, expliquant ainsi leur absence des publications de son vivant. Pour distinguer ces œuvres plus personnelles, les poèmes inédits sélectionnés sont présentés en annexe du volume, accompagnés de commentaires explicatifs des éditeurs visant à les contextualiser.
Seamus Heaney à son domicile de Dublin Bay en novembre 1979.
Photographie: Jane Bown
L’étude conjointe de ses 12 recueils révèle une évolution constante dans la démarche de Heaney. Ses premières œuvres sont marquées par une exploration profonde de la terre et de la tourbière, métaphores récurrentes pour aborder l’histoire et les troubles de l’Irlande. S’ensuit une période intermédiaire centrée sur la vie familiale et la paternité, avant une phase plus tardive où le poète s’attelle à des sujets plus universels, évoquant notamment les attentats du 11 septembre et ceux du 7 juillet (7/7).
Le poème « Chaise, couteau de poche, guitare », un « épithalame » (poème de mariage) dédié à son fils Christopher, s’inscrit dans cette période intermédiaire. À travers trois strophes, Seamus Heaney évoque son petit-fils se balançant sur une chaise, un couteau de poche acquis lors d’un séjour en France, et une guitare offerte le jour de sa rentrée scolaire. Ces objets symbolisent des moments de partage, de complicité. La guitare, en particulier, fait écho à la passion durable de Christopher pour la musique. Ces trois éléments, selon Matthew Hollis, incarnent la simple présence partagée entre père et fils.
Contrairement à d’autres brouillons inédits, « Chaise, couteau de poche, guitare » semble avoir été rédigé en une seule version. Hollis suggère que l’importance de l’occasion a pu motiver Heaney à finaliser ce texte avec une « confiance, force et pureté de cœur » particulières. La lecture de l’ensemble de l’œuvre a par ailleurs frappé Matthew Hollis par la « persévérance » de Seamus Heaney. Il rappelle que la reconnaissance internationale n’efface pas la difficulté du travail créatif, soulignant les nombreux brouillons et révisions qui témoignent d’une quête constante de la perfection. Heaney jonglait avec une vie bien remplie de conférencier et de père, trouvant parfois le temps d’écrire à trois heures du matin. Certains poèmes mettaient des années à atteindre leur forme définitive, prouvant la « profondeur et la vigueur » avec lesquelles il travaillait pour faire émerger le poème latent.
Chaise, couteau de poche, guitare
La chaise pliante à lattes sur laquelle vous vous êtes assis,
Les rotations et les trucs ad hoc de cette salle de jeux
Vous avez projeté alors que vous venez de se balancer
Dans un temps parfait avant la télévision,
Aujourd’hui, laissez tout ce bric-à-brac à tic-tac
Venez comme un mancheur de pilon à la maison.
Le couteau de poche à une lame que vous avez convoité
Dans une vitrine ce premier soir en France
Et j’ai acheté alors sur place à Thanksgiving
Pour que nous soyons juste là : bien qu’il soit perdu
Je suis comme un Glad Macbeth face à son fantôme
Traitez vers ma main, en disant : « Dieu merci, Dieu ».
La guitare tu as eu le jour où tu as commencé l’école
Et ont été photographiés avec, sur la table de pique-nique,
Recueille à nouveau aujourd’hui, féroce andaloucienne
Sérénades et chansons de mariage country,
Puis accroche-le sur le mur, ton véritable jeton de l’amour,
Dernière chose avant qu’elle ne dorme, d’abord quand vous vous réveillez.
- « Chaise, couteau de poche, guitare » est un poème inédit de Seamus Heaney, tiré de « The Poems of Seamus Heaney », édité par Rosie Lavan et Bernard O’Donoghue avec Matthew Hollis. Il est publié par Faber & Faber le 9 octobre 2025. Pour soutenir The Guardian, commandez votre exemplaire sur TheGuardian.com. Des frais de livraison peuvent s’appliquer.