Publié le 15 février 2024 à 14h54. Une exposition à la Frick Collection de New York révèle comment les portraits de Thomas Gainsborough, peintre britannique du XVIIIe siècle, témoignent de l’importance de la mode et des accessoires comme marqueurs sociaux.
- L’exposition « Gainsborough : The Fashion of Portraiture » présente 25 œuvres mettant en lumière les codes vestimentaires de l’époque.
- Le portrait de la Duchesse de Montagu, joyau de l’exposition, illustre la sophistication et le luxe de l’aristocratie.
- L’exposition explore également la représentation de la diversité sociale, notamment à travers le portrait d’Ignatius Sancho, musicien et écrivain.
La Frick Collection accueille jusqu’au 25 mai une plongée fascinante dans l’Angleterre du XVIIIe siècle à travers le regard du peintre Thomas Gainsborough (1727-1788). L’exposition « Gainsborough : The Fashion of Portraiture » ne se contente pas de présenter des œuvres d’art, elle décrypte un langage : celui des vêtements et des accessoires, utilisés à l’époque pour signaler son rang et son statut social.
Les tableaux exposés révèlent un monde où les apparences comptent. Pour les femmes, Gainsborough immortalise des robes somptueuses aux couleurs pastel, ornées de dentelles délicates et souvent accompagnées d’un bouquet de fleurs. Les hommes, quant à eux, arborent des costumes sombres, rehaussés de bas blancs immaculés et de bagues témoignant de leur alliance familiale.
Le clou de l’exposition est sans conteste le portrait de la Duchesse de Montagu. Le musée souligne la manière dont Gainsborough a su capturer la beauté et la dignité de son modèle : « Présentez dignement la duchesse, célébrez la beauté du moyen âge grâce à une articulation sensible des ridules et des contours de votre visage. Son expression sobre contraste avec la cascade de tissus roses et sa tenue somptueuse : une robe en soie bleue « à la française » ornée de dentelles « engageantes » (fausses manches) aux coudes, un châle blanc et un foulard en dentelle couvrant sa poitrine ». La Duchesse est également parée d’accessoires luxueux, tels que des cerceaux ornés de diamants (jusqu’à deux cents par paire) et un collier de perles comportant cinq rangs.
L’exposition, qui s’inscrit dans le cadre de la Fashion Week de New York, offre une perspective unique sur la mode de l’époque. Selon Aimee Ng, commissaire de l’exposition, il s’agit d’explorer « Comment la mode était comprise à l’époque de Gainsborough, comment elle a touché tous les niveaux de la société et comment le portrait lui-même était autant une construction et une invention que le style du modèle ».
Au-delà de l’aristocratie, Gainsborough a également peint des personnages issus de différents horizons sociaux, comme le musicien et écrivain Ignatius Sancho. Dans son unique portrait de Sancho, le peintre choisit de le représenter non pas comme un serviteur, mais « habillé et posant comme un chevalier, avec une main coincée dans son gilet », soulignent les responsables de la Frick Collection.
L’exposition ne se limite pas aux portraits humains : des animaux de compagnie, comme le « Pomeranian and Puppy », sont également mis à l’honneur, démontrant la capacité de Gainsborough à capturer l’apparence et la personnalité des chiens avec la même finesse que celle des êtres humains.
Pour accompagner l’exposition, la Frick Collection propose plusieurs événements, dont une conférence d’Aimee Ng sur « le monde riche et complexe de l’art et de la mode dans la Grande-Bretagne du XVIIIe siècle » et une autre animée par Anna Reynolds, conservatrice des King’s Paintings au Royaume-Uni, sur Gainsborough, la mode et la famille royale. Un symposium sur la mode et sa représentation dans l’Europe moderne est prévu le 30 avril, et une sélection de lectures sur le thème de la mode est disponible à la bibliothèque du musée.