Publié le 21 février 2026 à 05h04. Plus d’un an après leur capture en Ukraine, deux soldats nord-coréens se retrouvent dans une situation diplomatique délicate, leur sort étant suspendu à la décision de la Corée du Sud d’accepter leur demande d’asile, alors que Pyongyang pourrait les considérer comme des traîtres.
- Deux soldats nord-coréens capturés près de Koursk, en Ukraine, demandent à être transférés en Corée du Sud.
- La Corée du Sud tarde à répondre, invoquant des complexités juridiques et diplomatiques, suscitant des inquiétudes quant à son engagement envers les droits de l’homme.
- Le régime nord-coréen pourrait sévèrement punir ces soldats pour ne pas avoir suivi l’ordre de se suicider plutôt que d’être capturés.
Le destin de ces deux soldats nord-coréens, capturés il y a plus d’un an près de Koursk, en Ukraine, reste incertain. Ils ont exprimé leur souhait de trouver refuge en Corée du Sud, craignant pour leur vie s’ils étaient renvoyés dans leur pays d’origine. Selon des témoignages recueillis par le journal sud-coréen Hankook Ilbo, l’un des soldats aurait déclaré :
« Je ne survivrai pas. Tous les autres se sont fait exploser. J’ai échoué. »
Soldat nord-coréen capturé en Ukraine
Cette déclaration souligne la gravité de la situation et la menace qui pèse sur ces hommes.
L’Organisation des Nations Unies (ONU) s’est également saisie de cette affaire. En février dernier, le rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme en Corée du Nord a rappelé que l’Ukraine devait respecter le droit international et ne pas renvoyer ces prisonniers de guerre dans un lieu où ils risqueraient d’être torturés. Cette intervention souligne l’importance de garantir la sécurité et le respect des droits fondamentaux de ces soldats.
Selon des militants et des transfuges nord-coréens, la doctrine militaire de Pyongyang interdit formellement la reddition. Kim Eujin, une ancienne adolescente ayant fui la Corée du Nord dans les années 1990, explique :
« Le régime a dit à ses soldats de se suicider si tout indiquait qu’ils allaient être capturés en Ukraine. »
Kim Eujin, exilée nord-coréenne
Elle ajoute que ces deux hommes n’ont pas suivi ces ordres, même s’ils ont tenté de le faire. Le non-respect de cet ordre pourrait entraîner des conséquences désastreuses pour eux et leurs familles.
L’Association libre de Corée, qui aide les réfugiés nord-coréens aux États-Unis, rappelle que, historiquement, les prisonniers de guerre de retour en Corée du Nord étaient soumis au travail forcé et considérés comme des éléments hostiles. Peter Oh, de cette association, précise :
« Ces détenus risquent probablement de craindre des conséquences similaires s’ils reviennent. Il est possible qu’il y ait des répercussions sur leurs familles. »
Peter Oh, Association libre de Corée
La Constitution sud-coréenne considère les Nord-Coréens comme des citoyens du Sud, leur permettant de vivre dans le pays. Cependant, plus d’un an après leur arrestation, le gouvernement sud-coréen ne semble pas disposé à les accueillir. Selon Peter Oh, ce retard est dû à des complications juridiques et diplomatiques impliquant l’Ukraine, la Russie, la Corée du Nord et la Corée du Sud. Il ajoute que le président sud-coréen, Lee Jae Myung, semble privilégier l’amélioration des relations avec Pyongyang, conformément à l’article 4 de la Constitution sud-coréenne qui prône des relations pacifiques avec le Nord.
Les négociations entre Séoul et Kiev concernant le sort des soldats semblent être au point mort. Un rapport de l’Institut coréen pour l’unification nationale, publié le 9 février 2026, souligne la nécessité d’une « communication directe entre les dirigeants de la Corée du Sud et de l’Ukraine » pour débloquer la situation. Sans accord, l’Ukraine pourrait être contrainte de remettre ces hommes à la Russie.
Kim Eujin déplore le manque d’engagement de la Corée du Sud :
« Ils n’arrêtent pas de dire que c’est une ‘question compliquée’, mais je ne pense pas qu’ils fassent suffisamment d’efforts. Le président Lee, le ministère de l’Unification et le ministère des Affaires étrangères semblent plus soucieux de ne pas déranger Kim Jong Un que d’avoir amené ces hommes en Corée du Sud. »
Kim Eujin, exilée nord-coréenne
Elle estime que si les droits humains étaient une priorité, ces soldats seraient déjà arrivés en Corée du Sud.
(rml/ms)