La prison irlandaise sous le feu des critiques : une augmentation alarmante des décès et des conditions indignes
Un rapport accablant révèle une hausse de 50 % des décès en détention en 2024, atteignant un record depuis 2012. La surpopulation chronique et les défaillances des soins de santé sont pointées du doigt comme les principaux responsables de cette crise humanitaire, plongeant des détenus dans des conditions qualifiées d’« inhumaines et dégradantes ».
L’année écoulée a été marquée par 31 décès en prison, un chiffre sans précédent pour le bureau de l’Inspecteur des prisons. Cette hécatombe survient dans un contexte de surpeuplement endémique, forçant de nombreux détenus à dormir à même le sol dans des cellules exiguës. « Un nombre important de personnes incarcérées sont détenues dans des conditions qui ne peuvent être décrites que comme inhumaines et dégradantes », a déclaré l’inspecteur en chef, Mark Kelly. Ce dernier a attribué cette flambée de mortalité à la combinaison néfaste de la surpopulation, des pressions psychologiques accrues et des lacunes dans la prestation des soins de santé.
Les établissements pénitentiaires fonctionnent actuellement à 120 % de leur capacité, accueillant 5 628 détenus, dont près de 500 dorment par terre. Mark Kelly a souligné que cette surpopulation entraînait des conditions de vie « inacceptables » pour les prisonniers et rendait le travail du personnel pénitentiaire extrêmement difficile.
Malgré des engagements gouvernementaux visant à étendre le parc pénitentiaire et la construction de bâtiments temporaires par les autorités, l’inspecteur reste sceptique. Il rappelle qu’aucun pays comparable n’a réussi à surmonter durablement la surpopulation par la seule construction, et appelle à une intervention immédiate « aux plus hauts niveaux politiques pour faire face à cette crise actuelle ».
Le rapport formule également des critiques cinglantes à l’égard de l’Unité Nationale de Réduction de la Violence (NVRU) de la prison des Midlands, censée accueillir et traiter les détenus les plus dangereux. L’inspecteur a constaté que cette unité privilégiait la sécurité au détriment d’un « engagement thérapeutique significatif et limité », avec la moitié des détenus n’ayant aucun contact avec les services de psychologie et l’absence d’un plan de progression clair pour leur sortie.
D’autres établissements sont également dans le collimateur. Dans la prison des Midlands, des conditions « inhumaines et dégradantes » ont été observées, notamment des repas pris au sol à proximité de toilettes non cloisonnées dans des cellules surpeuplées. Certains détenus soumis à des régimes restrictifs ne bénéficient que de 30 minutes de cour et 30 minutes de douche par jour, impactant leur santé mentale. La prison accueillait par ailleurs une seule infirmière la nuit pour une population de 986 hommes.
La prison pour femmes de Limerick, récemment rénovée, fonctionne déjà à 144 % de sa capacité, compromettant « la sécurité physique, psychologique et émotionnelle des femmes », selon le rapport. À Cloverhill, à Dublin, la situation s’est dégradée avec une grave surpopulation : plus d’un tiers des détenus sont logés à quatre par cellule, conçue pour trois, certains mangeant debout faute de chaises, et les toilettes étant souvent mal séparées.
Un problème de sécurité préoccupant a également été soulevé : des agents pénitentiaires auraient utilisé du ruban adhésif pour désactiver les alarmes de certaines cellules.
Enfin, le rapport met en lumière les décès liés aux opioïdes synthétiques, le bureau de l’Inspecteur ayant à maintes reprises recommandé à l’administration pénitentiaire de renforcer les mesures de prévention et de détection de la contrebande. Le système de plaintes des détenus est également pointé du doigt : malgré la hausse de la surpopulation, le nombre de plaintes a diminué, et seuls 50 % des détenus interrogés se sentent en sécurité pour déposer une réclamation.