Washington menace l’industrie pharmaceutique suisse avec des droits de douane punitifs de 100% sur les médicaments brevetés. Tandis que l’incertitude règne, les géants helvètes Novartis et Roche misent sur leurs investissements américains pour échapper à la sanction.
La pression monte pour les firmes pharmaceutiques suisses. Le 1er octobre, Donald Trump a brandi la menace de droits de douane de 100% sur les médicaments brevetés, déclenchant une vague d’inquiétude au sein de l’industrie helvétique. À ce jour, la situation reste floue, laissant les acteurs du secteur dans l’expectative.
Des annonces sans décret : l’industrie dans le brouillard
Depuis l’annonce sur sa plateforme Truth Social, Donald Trump n’a pas précisé les modalités de ces tarifs douaniers. Aucune loi, aucun décret n’est venu clarifier la portée de cette menace. L’industrie pharmaceutique suisse se retrouve dans une zone d’incertitude totale, comme le confirment plusieurs sources. « L’industrie pharmaceutique suisse est complètement dans le brouillard ! », peut-on entendre.
Parallèlement, aux États-Unis, des initiatives se multiplient. La Maison Blanche a lancé un nouveau site internet, « Trump Rx », censé rendre les médicaments moins chers. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renégocier les accords avec les géants pharmaceutiques. Par ailleurs, une arrestation gouvernementale a eu lieu, ajoutant à la complexité du paysage politique américain.
Novartis et Roche confiants malgré l’incertitude
Pour les groupes helvètes comme Novartis et Roche, l’heure est à la prudence mais aussi à une certaine confiance. Les deux entreprises ont annoncé des investissements massifs, se chiffrant en milliards de dollars, sur le sol américain. Cette présence industrielle pourrait bien les mettre à l’abri des droits de douane. En effet, ces tarifs ne s’appliqueraient pas aux sociétés possédant des sites de production aux États-Unis.
Contactés par Blick, Roche et Novartis réaffirment leurs positions. Les deux entreprises mettent en avant leurs investissements américains. Novartis s’est montré particulièrement clair : « L’ensemble de droits de douane à 100% annoncé ne devrait pas avoir d’impact sur Novartis. » Cette assurance repose sur le fait que les tarifs douaniers ne visent pas les entreprises ayant leur propre infrastructure de production aux États-Unis.
Impact potentiel sur l’économie suisse et négociations avec l’UE
L’incertitude actuelle est palpable également du côté des associations pharmaceutiques suisses. SciECishindustries affirme ne pas pouvoir prédire les conséquences : « Nous aimerions avoir une boule de cristal comme beaucoup d’autres dans cette situation. » L’association souligne l’absence de base juridique pour ces tarifs, rendant l’estimation des impacts difficile. Les entreprises produisant à l’étranger seraient plus vulnérables, à l’instar du groupe Galderma.
Si Novartis et Roche venaient à être affectés, les répercussions seraient considérables. L’économie suisse dépend fortement de son secteur pharmaceutique, qui représente environ 10% de son produit intérieur brut et un quart de ses exportations. Les États-Unis constituent un marché crucial, absorbant la moitié des exportations pharmaceutiques helvétiques.
Sur le plan international, l’Union Européenne semble avoir négocié une échappatoire. Selon plusieurs médias, les médicaments importés de l’UE seraient épargnés, bénéficiant d’un accord de 15% sur les droits de douane. Le Royaume-Uni, non membre de l’UE, devrait en revanche s’attendre à des tarifs de 100%.
L’accord Pfizer : un tournant possible ?
Le géant pharmaceutique américain Pfizer a été le premier à céder aux exigences de Donald Trump. Le groupe s’est engagé à proposer ses médicaments à des prix réduits dans le cadre du programme de santé Medicaid et sur le nouveau site « Trump-Rx », où les médicaments seraient proposés 50% moins cher. En contrepartie, Pfizer bénéficierait d’un délai de trois ans sans droits de douane.
Donald Trump a qualifié cet accord de potentiellement révolutionnaire, affirmant : « Nous allons faire des accords avec tout le monde – ils sont sur nous-mêmes ». Pour lui, l’alternative est claire : « Alors il y a des tarifs. »
Réactions des marchés boursiers et motivations de Trump
Mercredi matin, les marchés boursiers ont réagi positivement à la nouvelle de l’accord entre Trump et Pfizer. Novartis a grimpé de 2,4% et Roche de 4,3%. Cette hausse s’explique par l’espoir d’une détente et par la perspective d’accords similaires avec d’autres entreprises. Les analystes de JP Morgan estiment que l’accord Pfizer pourrait servir de référence pour l’industrie, rassurant les investisseurs quant à des effets gérables.
Derrière ces manœuvres, les motivations de Donald Trump sont multiples. Il vise à stimuler l’emploi aux États-Unis en rapatriant des sites de production et à faire baisser les prix des médicaments. Par ailleurs, le président américain cherche à générer des revenus supplémentaires pour le gouvernement fédéral, confronté à un risque de « shutdown » suite à un budget insuffisant.