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Les projets d’extraction de combustibles fossiles dans le monde compromettent largement nos objectifs climatiques

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Publié le 2025-10-28. Les projets d’extraction de combustibles fossiles prévus d’ici 2050, qualifiés de « bombes carbone », menacent directement les objectifs climatiques de l’Accord de Paris. Une analyse d’ONG révèle que leurs émissions potentielles dépassent largement le budget carbone restant pour limiter le réchauffement planétaire.

  • Des installations d’extraction de combustibles fossiles, définies comme des « bombes carbone » (émettant au moins une gigatonne de CO2 sur leur durée de vie), ainsi que d’autres projets similaires, constituent une menace majeure pour l’atteinte des objectifs climatiques mondiaux.
  • Les émissions cumulées de ces projets, estimés à plus de 1 400 gigatonnes de CO2, surpassent de 11 fois le budget restant pour maintenir le réchauffement climatique sous la barre des 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle.
  • Les ONG dénoncent le financement de ces projets par les institutions bancaires, malgré leurs engagements climatiques, et pointent du doigt des entreprises majeures du secteur des énergies fossiles.

Selon une analyse d’un consortium de quatre organisations non gouvernementales (ONG) – Reclaim Finance, Data for Good, Lingo et Éclaircies –, publiée le 27 octobre sur le site bombescarbone.org, les projets d’extraction de gaz, de pétrole et de charbon prévus jusqu’en 2050 représentent un obstacle insurmontable pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat.

Les ONG s’appuient sur une définition académique des « bombes carbone », issue d’un article publié en 2022 dans la revue *Energy Policy* par Kjell Kühne, le directeur de Lingo. Cette définition a permis d’identifier 425 de ces installations, auxquelles s’ajoutent d’autres données publiques concernant des projets miniers de charbon et d’extraction de pétrole et de gaz.

Les chiffres avancés par les ONG sont alarmants : les émissions prévisionnelles de ces projets « bombes carbone » et autres installations d’extraction d’envergure moindre représentent 11 fois le quota d’émissions que l’humanité peut encore se permettre pour limiter le réchauffement à 1,5°C. Le « budget carbone » restant pour avoir une chance de respecter cet objectif crucial est estimé à seulement 130 gigatonnes de CO2. Pour une cible de 2°C, ce budget s’élève à 1 050 gigatonnes. Or, les projets recensés par les ONG dépasseraient à eux seuls les 1 400 gigatonnes de CO2.

Crédit : Carenews, à partir des données du projet « Carbon bombs ».

Des projets « nocifs et inutiles » depuis 2021

Les ONG ont recensé 601 « bombes carbone », soit 176 de plus que l’étude académique qui s’arrêtait en 2020. À cela s’ajoutent 1 979 nouveaux projets de champs pétroliers et gaziers de moindre envergure, ainsi que 364 mines de charbon de grande taille. La particularité réside dans le fait que les décisions finales d’investissement pour ces projets ont été prises à partir de 2021. Or, l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) avait déjà, à cette date, présenté un scénario visant la neutralité carbone d’ici 2050, impliquant « aucun nouveau champ pétrolier et gazier approuvé (…) et aucune nouvelle mine de charbon ou extension minière requise ».

Les ONG en concluent que « chaque projet d’extraction (pétrole, gaz et charbon) lancé après cette date est donc à la fois nocif et inutile ». Elles mettent en garde : « Poursuivre ces projets bloquerait l’humanité dans une dégradation irréversible du climat et menacerait les conditions de vie sur Terre ». L’analyse révèle également qu’environ 30 nouvelles « bombes carbone » ont été lancées depuis 2025, contre seulement 12 annulations.

Les banques dans le viseur des ONG

« Ces nouvelles données montrent que l’industrie fossile et ceux qui la financent sont en train de réduire en cendres l’accord de Paris. Pendant des années, leurs intérêts financiers ont primé sur la prévention d’un effondrement climatique irréversible », dénonce Lou Welgryn, la secrétaire générale de Data for Good.

Les ONG ciblent particulièrement les institutions bancaires pour leur rôle de financement auprès des entreprises exploitant des projets d’énergies fossiles, soulignant que « de nombreux projets et bombes carbone n’auraient pas été possibles » sans leur soutien. Elles rapportent que, malgré leurs engagements climatiques affichés, les 65 plus grandes banques mondiales ont accordé 1 600 milliards de dollars depuis 2021 aux entreprises impliquées dans les « bombes carbone » et de nouveaux projets fossiles, selon le rapport « Miser sur le chaos climatique », publié cette année par un collectif d’ONG dont Reclaim Finance.

Des entreprises pointées du doigt

« Il est plus qu’urgent que les banques arrêtent de soutenir l’expansion des énergies fossiles, y compris l’essor actuel des projets de gaz naturel liquéfié. Ces ressources doivent être consacrées aux énergies soutenables et aux projets nécessaires à la transition », insiste Louis-Maxence Delaporte, responsable énergie à Reclaim Finance.

Les cinq entreprises les plus actives dans le plus grand nombre de projets d’extraction d’énergies fossiles sont TotalEnergies, China National Offshore Oil Corporation (CNOOC), Eni, BP et Shell. Les pays les plus exposés aux « bombes carbone » sont la Chine, la Russie, les États-Unis, l’Australie, l’Inde et l’Arabie Saoudite, précisent les ONG.

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