Publié le 16 février 2024 17h30. L’Allemagne voit ses réserves de gaz naturel diminuer plus rapidement que prévu, malgré la diversification de ses sources d’approvisionnement depuis le début de la guerre en Ukraine. Cette situation suscite des inquiétudes et relance le débat sur la nécessité de constituer des stocks stratégiques gérés par l’État.
- Les réserves de gaz allemandes sont actuellement à 24 % de leur capacité, un niveau inférieur à celui de février 2022 (32 %).
- Le gel du port de Mukran, sur l’île de Rügen, a temporairement interrompu les livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL).
- Des divergences persistent entre le gouvernement et l’opposition sur la meilleure façon de garantir l’approvisionnement énergétique du pays.
Alors que l’hiver bat son plein, l’Allemagne constate une baisse plus rapide que prévue de ses réserves de gaz. Fin janvier, les stocks affichaient un taux de remplissage de 24 %, contre environ 32 % à la même période l’année précédente, au début de la guerre en Ukraine. Cette diminution s’explique en partie par une consommation accrue due au froid, mais aussi par des difficultés logistiques.
Début février, l’exploitation du terminal GNL de l’île de Rügen a été suspendue pendant une semaine en raison du gel du port de Mukran. Les méthaniers n’ont pu accoster avant l’intervention du brise-glace Neuwerk, qui a dégagé les voies maritimes. Cet incident souligne la vulnérabilité de l’Allemagne face aux aléas climatiques, même après avoir investi dans de nouvelles infrastructures.
Le ministère fédéral de l’Économie assure que la situation a changé depuis 2022. L’Allemagne ne dépend plus de la Russie pour son approvisionnement en gaz et s’appuie désormais sur des importations régulières de GNL, notamment en provenance de Norvège. Cependant, cette diversification ne suffit pas à rassurer l’opposition.
La ministre de l’Économie, Katherina Reiche, affirme que l’Allemagne dispose de suffisamment de terminaux et de capacités d’importation pour faire face aux problèmes d’approvisionnement. Elle souligne également la flexibilité du pays pour s’adapter aux fluctuations du marché. Mais cette position est contestée par le parti des Verts.
« Katherina Reiche essaie de donner aux clients du gaz un faux sentiment de sécurité. Et elle devra répondre à de nombreuses questions devant la commission. »
Michael Kellner, député Vert chargé des questions énergétiques
Les Verts ont convoqué Katherina Reiche à une réunion extraordinaire de la commission parlementaire chargée des questions économiques pour obtenir des explications sur la situation. Ils estiment que le gouvernement minimise les risques et ne prend pas les mesures nécessaires pour garantir la sécurité énergétique du pays.
La consommation allemande de gaz a été particulièrement élevée ces dernières semaines en raison du froid. Les stocks diminuent à un rythme plus rapide que lors des hivers précédents. En comparaison, le 10 février dernier, les réservoirs étaient remplis à 48 %, et même à 72 % l’année précédente.
L’Agence fédérale pour l’infrastructure, chargée de surveiller l’approvisionnement en gaz, se montre cependant rassurante. Elle affirme que l’Allemagne dispose désormais de capacités suffisantes pour importer et stocker du gaz, et que le marché mondial offre suffisamment d’approvisionnement. Elle souligne également que les nouveaux terminaux GNL sont désormais connectés au reste de l’infrastructure.
Néanmoins, l’agence reconnaît que les ménages pourraient contribuer à réduire la pression sur les stocks en économisant de l’énergie, notamment en raison des prix élevés.
Selon le journal Handelsblatt, la politique gouvernementale a également contribué au faible niveau de remplissage des réservoirs. Les opérateurs, auparavant incités à acheter du gaz à bas prix en été pour le revendre avec profit en hiver, sont désormais soumis à des règles plus strictes qui imposent des dates fixes pour atteindre certains niveaux de stockage. Certains commerçants estiment qu’il n’est plus rentable d’investir dans le stockage, car l’État peut racheter le gaz en cas de besoin.
Le gouvernement actuel privilégie une approche basée sur le marché, avec une intervention limitée de l’État. Cependant, la situation actuelle relance le débat sur la nécessité de créer des réserves nationales de gaz, sur le modèle de celles existantes pour le pétrole. Uniper, l’un des principaux acteurs du marché gazier allemand, soutient cette idée. Le chef de l’agence des infrastructures, Klaus Müller, y est également favorable. Des documents internes du syndicat CDU/CSU révèlent que certains députés conservateurs soutiennent également cette proposition, citant l’exemple de la France, qui a récemment créé des réserves nationales de gaz.
La rapide diminution des stocks existants pourrait conduire à un changement d’opinion, même parmi ceux qui privilégient traditionnellement la liberté du marché.