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Les scientifiques courent pour gagner des ordinateurs «de vie» alimentés par des cellules humaines

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Publié le 2025-10-04 03:39:00. Des chercheurs suisses explorent la création d’ordinateurs à partir de cellules vivantes, ouvrant la voie à des « bio-ordinateurs » qui pourraient un jour révolutionner l’intelligence artificielle tout en consommant une fraction de l’énergie actuelle.

  • Le « biocomputing » utilise des organoïdes neuronaux, des amas de cellules souches humaines développées en laboratoire, pour créer des systèmes informatiques vivants.
  • Ces bio-ordinateurs, encore à un stade précoce, visent à imiter les processus d’apprentissage de l’IA de manière plus efficace énergétiquement.
  • La durée de vie des organoïdes, actuellement de quatre mois, et la compréhension de leur comportement sont les principaux défis de cette technologie émergente.

La science-fiction a longtemps imaginé des ordinateurs vivants, mais le biocomputing est désormais une réalité explorée par des équipes comme celle du FinalSpark Lab en Suisse. L’objectif est de construire des centres de données capables d’exécuter des tâches d’intelligence artificielle (IA) avec une efficacité énergétique spectaculaire par rapport aux méthodes actuelles. Les chercheurs parlent de « wetware » pour désigner ces systèmes informatiques basés sur des tissus biologiques.

Le processus débute par des cellules souches humaines, souvent dérivées de cellules cutanées, qui sont ensuite cultivées en laboratoire pour former des organoïdes. Ces minuscules amas de neurones et de cellules de soutien sont ensuite connectés à des électrodes, permettant ainsi d’interagir avec eux comme avec de véritables unités de calcul. Le Dr Fred Jordan, co-fondateur de FinalSpark, explique que bien que l’idée puisse sembler étrange, elle représente une nouvelle façon de concevoir le calcul.

Dans les laboratoires de FinalSpark, le biologiste cellulaire Dr Flora Brozzi a montré comment ces organoïdes, de petites sphères blanches, sont le cœur de ces bio-ordinateurs. Après des mois de culture, ces amas neuronaux sont prêts à recevoir des signaux électriques via des électrodes. Ces stimulations, envoyées par un clavier connecté à un ordinateur classique, permettent d’observer une activité neuronale enregistrée sous forme de graphique, rappelant un électroencéphalogramme. Ces expériences visent à tester la capacité des organoïdes à répondre à des instructions et, à terme, à apprendre.

Un des défis majeurs du biocomputing réside dans la maintenance de ces systèmes vivants. Contrairement aux ordinateurs classiques, les organoïdes ont besoin de nutriments pour survivre. Le professeur Simon Schultz de l’Imperial College de Londres souligne l’absence de vaisseaux sanguins dans les organoïdes, un obstacle majeur pour leur approvisionnement en continu. FinalSpark a cependant réussi à prolonger la vie de ses organoïdes jusqu’à quatre mois, tout en observant des phénomènes inattendus lors de leur « décès », notamment une brève augmentation de l’activité, comparable à des réactions observées chez les humains en fin de vie.

D’autres acteurs explorent également le potentiel du biocomputing. La société australienne Cortical Labs a rapporté en 2022 que des neurones artificiels avaient réussi à jouer à un jeu vidéo. Aux États-Unis, des chercheurs de l’Université Johns Hopkins développent des « mini-cerveaux » pour étudier des maladies neurologiques comme Alzheimer et l’autisme, dans l’espoir de faire progresser la recherche de médicaments. Cependant, ces applications restent, pour l’instant, complémentaires à l’IA traditionnelle plutôt que de la remplacer.

Le Dr Lena Smirnova de l’Université Johns Hopkins voit le biocomputing comme un domaine scientifiquement passionnant, mais encore à ses débuts. Elle estime que ces technologies ne remplaceront pas les puces informatiques conventionnelles, mais pourraient plutôt « compléter l’IA basée sur le silicium, tout en faisant progresser la modélisation des maladies et en réduisant l’utilisation des animaux dans la recherche ». Le professeur Schultz partage cet avis, suggérant que le biocomputing trouvera sa niche là où il pourra surpasser les systèmes classiques.

Pour le Dr Jordan, le biocomputing représente une concrétisation de ses rêves de science-fiction. « J’ai toujours été un fan de science-fiction », confie-t-il. « Quand on lit un film ou un livre de science-fiction, on est toujours un peu triste que notre vie ne ressemble pas à ça. Maintenant, j’ai l’impression d’être dans le livre, d’en écrire le livre. »

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