Meredith Whittaker, figure de proue dans le domaine de l’intelligence artificielle et désormais présidente de la Signal Foundation, est une voix qui compte dans les débats éthiques et technologiques actuels. D’abord discrète, elle s’est imposée comme une critique audacieuse, notamment vis-à-vis des géants de la tech comme Google, où elle a passé 13 ans de sa carrière.
Son parcours professionnel chez Google débute en 2006, une période où elle confie avoir eu besoin de travail, Google étant la première entreprise à lui faire une offre. Durant son passage, elle gravit les échelons, devenant une figure montante du groupe. Elle s’implique notamment dans des programmes de recherche ouverte, tissant des liens importants entre l’entreprise et le monde académique.
Cependant, sa collaboration avec Google n’a pas été exempte de tensions. En 2018, Meredith Whittaker est l’une des principales organisatrices du « Google Walkout », une mobilisation mondiale qui a rassemblé 20 000 employés pour protester contre ce qu’ils percevaient comme un éloignement des idéaux initiaux de l’entreprise. Peu de temps après, elle quitte le géant de la recherche, mais son influence ne faiblit pas.
Son expertise est alors sollicitée à divers niveaux. Elle devient conseillère pour la Maison Blanche, la Federal Trade Commission (FTC) et le Parlement européen. Elle intègre également le conseil d’administration de la société de médias Hubert Burda et dirige l’Institut « AI Now Institute » à l’Université de New York, une institution qui analyse les implications sociales de l’intelligence artificielle.
Meredith Whittaker est aujourd’hui une voix écoutée dans les discussions sur l’éthique de l’IA. Elle alerte particulièrement sur les risques liés aux agents d’IA autonomes, ces robots capables d’exécuter des tâches de manière indépendante. « Ces agents nécessitent des options d’accès énormes et des autorisations quasi illimitées », a-t-elle critiqué, une prise de position qui lui a valu d’être reconnue par le magazine Time comme l’une des personnes les plus influentes dans le développement de l’IA.
Depuis fin 2022, Meredith Whittaker préside la Signal Foundation, l’organisation derrière l’application de messagerie cryptée Signal, un rempart de la communication privée. Ce service est actuellement au cœur de vifs débats, notamment en Europe, où l’Union européenne travaille depuis trois ans sur une loi visant à permettre la vérification du contenu avant son cryptage. Bien que la proposition soit présentée dans le cadre de la lutte contre la pédopornographie, Whittaker se montre intransigeante.
« Il est regrettable que les politiciens continuent de tomber dans une sorte de pensée magique qui suppose que l’on peut créer une porte dérobée à laquelle seul le bon accès peut accéder », déplore celle qui a étudié la rhétorique. Selon elle, l’implémentation d’un tel système de contrôle du chiffrement marquerait la fin de la protection offerte par des applications comme Signal. « Malheureusement, nous prendrons la décision de quitter le marché », a récemment déclaré Meredith Whittaker, soulignant que le paysage politique semble plus volatile que la pérennité de son combat pour la vie privée numérique.