Publié le 29 octobre 2025. Alors que les tensions commerciales persistent entre les États-Unis et la Chine, Washington multiplie les accords bilatéraux pour sécuriser l’approvisionnement en terres rares, une stratégie visant à contrecarrer l’influence de Pékin. Cette démarche intervient à la veille d’une rencontre cruciale entre les présidents Trump et Xi Jinping.
- Les États-Unis renforcent leur coopération avec plusieurs pays d’Asie du Sud-Est pour réduire leur dépendance envers la Chine pour les minéraux critiques et les terres rares.
- La stratégie chinoise d’utiliser les terres rares comme levier de négociation face aux tarifs douaniers américains pourrait voir son efficacité réduite, malgré la persistance des tensions.
- La rencontre prévue entre Donald Trump et Xi Jinping à Busan, en Corée du Sud, pourrait être déterminante pour l’issue des négociations commerciales bilatérales.
Dans un contexte de négociations commerciales tendues, les États-Unis multiplient les offensives diplomatiques pour sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement en minéraux stratégiques. Le président américain Donald Trump a récemment conclu plusieurs accords bilatéraux avec des pays d’Asie du Sud-Est, notamment la Malaisie, la Thaïlande, le Cambodge et le Vietnam. Ces accords portent sur la coopération dans le domaine des minéraux critiques et des terres rares, visant à diversifier les sources d’approvisionnement et à réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine.
Cette démarche américaine intervient alors que Pékin a, par le passé, utilisé son monopole sur les exportations de terres rares comme un outil de pression économique. Washington cherche ainsi à anticiper et à atténuer les risques d’une instrumentalisation de ces ressources clés, indispensables à de nombreuses industries de haute technologie. L’accord de coopération avec la Malaisie et la Thaïlande s’inscrit dans la continuité d’un cadre similaire déjà établi entre les États-Unis et l’Australie, soulignant une volonté de construire un front uni face à la stratégie chinoise.
La perspective de l’utilisation des terres rares comme monnaie d’échange dans le conflit commercial sino-américain demeure un point de vigilance majeur. Bien que des consensus aient été annoncés concernant des tarifs douaniers, le soja ou encore TikTok, le contrôle des exportations de terres rares par la Chine reste un sujet sensible. Les fabricants de la chaîne d’approvisionnement mondiale pourraient continuer à ressentir les effets des tensions si Pékin persiste dans sa stratégie de rétorsion. Les négociations commerciales entre les deux puissances économiques sont d’autant plus scrutées que le 1er novembre approche, date à laquelle de nouvelles mesures tarifaires américaines devaient entrer en vigueur.
L’efficacité des pressions économiques chinoises remise en question
Malgré une possible suspension temporaire des nouvelles sanctions mutuelles, les progrès substantiels dans les négociations sino-américaines restent limités. Pour la Chine, confrontée à une demande intérieure atone et à une surproduction industrielle non résolue, la capacité à exercer une coercition économique via le contrôle de marchés clés semble s’éroder. L’histoire récente a montré la propension de Pékin à utiliser des leviers tels que les restrictions sur les importations de produits agricoles australiens, le vin lituanien ou encore l’industrie automobile européenne. Les touristes et étudiants chinois, ainsi que les instituts Confucius implantés à l’étranger, ont également été mobilisés dans cette stratégie.
Cependant, le ralentissement économique chinois tend à amoindrir l’impact de ces manœuvres. Dans ce contexte, le contrôle des exportations de minéraux stratégiques, tels que les terres rares, devient l’un des rares leviers de négociation dont dispose la Chine face aux États-Unis. Pour Washington, il est donc impératif de diversifier ses partenaires et de renforcer la coopération internationale pour l’exploitation de ces ressources afin de contrer toute tentative de militarisation de leurs exportations par Pékin.
Rencontre à Busan et enjeux régionaux
Il est également à noter que les pays d’Asie du Sud-Est visités par le président américain – Vietnam, Malaisie, Thaïlande et Cambodge – font partie des nations que la Chine a également ciblées lors de ses récentes tournées diplomatiques. Ces mêmes pays ont par le passé été accusés par les États-Unis d’aider à la réexportation frauduleuse de produits chinois. La Commission américaine du commerce international (USITC) avait d’ailleurs mis en lumière, en mai de cette année, le préjudice causé à l’industrie solaire nationale par les importations en provenance de ces quatre pays, conduisant à l’imposition de droits de douane élevés, atteignant jusqu’à 3 521 % pour le Cambodge.
La visite du président américain dans ces pays, ainsi que la rencontre prévue avec son homologue chinois à Busan, souligne la complexité des relations commerciales sino-américaines et la difficulté des négociations en cours. Les accords visant à garantir un approvisionnement stable en terres rares et autres minéraux importants constituent un volet essentiel de la stratégie américaine. Si la volonté de coopérer existe, la position de la Chine, qui utilise les terres rares comme instrument de négociation, contraste avec celle des autres pays, laissant présager un possible manque de progrès significatifs lors des pourparlers.