Publié le 2025-10-02 02:24:00. Le marché du travail thaïlandais fait face à une série de défis, de la pénurie de main-d’œuvre à l’inadéquation des compétences, en passant par une population active vieillissante. L’Organisation Internationale du Travail (OIT) et la Banque Mondiale appellent à des ajustements stratégiques pour éviter un « piège » économique.
- La Thaïlande est confrontée à des pénuries de main-d’œuvre dans certains secteurs, tandis que d’autres souffrent d’un décalage entre la formation et les besoins du marché, aggravé par une main-d’œuvre vieillissante et une faible efficacité agricole.
- Le taux d’emploi a ralenti à 0,3 % en 2024, avec un chômage des jeunes, notamment diplômés et femmes, qui reste préoccupant.
- L’économie informelle, la stagnation des salaires réels et des conditions de travail précaires sont autant de freins à une stabilité de l’emploi.
L’agenda « Bangkok Business » a mis en lumière ces enjeux à l’occasion de son 38e anniversaire, lançant le débat sur les moyens de surmonter ces « pièges » dans la perspective de l’ « Economic Outlook 2026 ». Malgré un taux de chômage global inférieur à 1 %, la situation des jeunes, en particulier ceux issus de l’enseignement supérieur, est examinée de près. En 2024, le ralentissement du taux d’emploi à 0,3 % soulève des inquiétudes quant à la diminution des opportunités professionnelles.
Makiko Matsumoto, experte de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) pour la région Asie-Pacifique, a souligné la complexité de la situation actuelle, relayée par le Rapport Thailand Economic Monitor de la Banque Mondiale (juillet 2025). Si les exportations et les dépenses budgétaires restent les moteurs de l’économie thaïlandaise, des facteurs internes comme la consommation et l’investissement montrent des signes de croissance, notamment dans le tourisme et la production. Cependant, l’économie connaît des transformations structurelles profondes, comme en témoigne le recul de la part du secteur manufacturier dans le PIB, passant d’environ 30 % en 2010 à 24 % en 2024.
« Les travailleurs thaïlandais ne pourront survivre et surmonter les défis du marché du travail qu’en stimulant l’emploi face à la ‘demande’ du marché ou de l’économie. Il faut également comprendre pourquoi certains travailleurs sont au chômage, occupent des emplois précaires ou possèdent des compétences inadéquates par rapport aux besoins du marché du travail. »
Makiko Matsumoto, experte de l’emploi, OIT Asie-Pacifique
Pour Makiko Matsumoto, il est essentiel de comprendre non seulement les besoins du marché, mais aussi les aspirations des travailleurs, qu’il s’agisse de progresser dans leur carrière ou de bénéficier de styles de travail plus flexibles. L’accent doit être mis sur l’investissement dans l’apprentissage tout au long de la vie, une compétence de plus en plus demandée. Les compétences comportementales, telles que la communication, la pensée critique et les compétences linguistiques, sont également cruciales. La mise en place de politiques de soutien efficaces nécessite une analyse approfondie des données qualitatives et quantitatives, ainsi qu’une concertation sociale entre les organisations d’employeurs, les syndicats et les représentants des travailleurs.
Le défi de l’adaptation technologique pour la main-d’œuvre thaïlandaise
« Le marché du travail doit s’adapter à la fois en termes de compétences, de parcours professionnels et, potentiellement, de styles de travail, plus flexibles, rapides et réactifs aux évolutions. La vitesse et l’ampleur de l’investissement technologique influenceront la trajectoire de ce marché, avec des effets positifs tels que l’augmentation de la productivité et la création d’emplois, mais aussi des risques de remplacement de la main-d’œuvre. »
Makiko Matsumoto, experte de l’emploi, OIT Asie-Pacifique
L’entrée dans une société vieillissante en Thaïlande a également des répercussions sur le marché du travail. L’embauche de travailleurs plus âgés, potentiellement encore aptes à l’emploi, nécessitera une montée en compétences axée sur l’adoption de technologies permettant d’accroître leur productivité. Cette évolution pourrait également stimuler les investissements dans des systèmes automatisés d’intelligence artificielle (IA) et de machine learning (ML), ainsi que dans les technologies de soins automatisés, afin de soutenir une population dépendante.
Le secteur industriel doit également se réinventer. Des études approfondies sont nécessaires pour les secteurs clés de la production et du tourisme, actuellement confrontés à des incertitudes. D’autres secteurs, tels que l’économie environnementale, l’agriculture numérique et l’économie des soins, présentent un potentiel de croissance et d’amélioration de la productivité, créant ainsi des opportunités d’emplois à plus forte valeur ajoutée.
L’accès aux nouvelles compétences, un enjeu majeur
Makiko Matsumoto note que, comparée à d’autres pays de l’ASEAN, la Thaïlande affiche de bonnes performances en termes d’emploi, notamment en ce qui concerne les taux de chômage et le faible pourcentage de jeunes exclus du système éducatif, de l’emploi ou de la formation. Le ralentissement de la croissance de l’emploi en 2024 pourrait refléter une diminution des opportunités plutôt qu’une incapacité de la main-d’œuvre.
« L’inadéquation ou le manque de compétences de la main-d’œuvre peut constituer un ‘piège’ économique et social. Si les travailleurs n’ont pas les compétences nécessaires en raison de la pauvreté, de revenus insuffisants des ménages ou de limitations sociales comme l’accès à l’éducation et à la formation pour certaines populations (femmes, personnes handicapées), des mesures doivent être mises en place pour éradiquer la pauvreté tout en développant de nouvelles compétences. »
Makiko Matsumoto, experte de l’emploi, OIT Asie-Pacifique