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Les Waterboys rappellent aux Américains comment être cool

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Mike Scott et les Waterboys célèbrent Dennis Hopper dans un opéra rock inattendu

Dans une ère dominée par la consommation rapide d’informations, Mike Scott, le leader des Waterboys, ose un projet audacieux et ambitieux : un opéra rock conceptuel de 25 titres dédié à la figure emblématique et complexe de Dennis Hopper. Cet album, intitulé « Life, Death and Dennis Hopper », sorti en avril, est une exploration inattendue mais fascinante de la vie du contre-culturel des années 60.

Dennis Hopper, artiste aux multiples facettes, a mené une existence d’une richesse et d’une ampleur surprenantes. C’est cette complexité que Mike Scott s’attache à dépeindre dans son œuvre monumentale. L’album s’articule autour de 25 chansons, récits et interludes instrumentaux qui visent à éclairer qui était Dennis Hopper et pourquoi il mérite une telle célébration musicale.

Pour les auditeurs qui ont grandi avec le punk rock ou la radio universitaire, le nom des Waterboys évoque sans doute une certaine nostalgie. Pourtant, Mike Scott a su maintenir la flamme de son projet au fil des décennies, fidèle à la philosophie de Mark E. Smith selon laquelle « si c’est moi et votre grand-mère sur des bongos, c’est l’automne ». Même si Scott est le seul membre originel encore présent, l’entité « Les Waterboys » perdure, quelle que soit la composition du groupe.

Lors d’une récente tournée aux États-Unis, Mike Scott a expliqué au public que Dennis Hopper avait été un témoin privilégié de moments décisifs de la culture américaine : « Rebel sans cause », « Monterey Pop », l’Factory de Warhol, « Easy Rider », et « Apocalypse Now ». C’est cette omniprésence quasi cosmique, couplée à la production créative de Hopper dans divers arts et à sa coolness intrinsèque, qui a inspiré Scott à recréer, relater et raconter son histoire, en plaçant l’œuvre dans son contexte historique.

L’album rassemble une constellation d’artistes invités, apportant leurs voix et leurs caméos. C’est à ce stade que le caractère conceptuel de l’œuvre frappe pleinement l’auditeur. Si Mike Scott a pu être critiqué par le passé pour un certain excès décoratif, cette fois, chaque élément semble parfaitement à sa place, renforçant la complexité d’un récit déjà dense.

L’introduction est confiée à la voix intemporelle de Steve Earle, qui narre l’enfance de Hopper, les trains filant vers l’ouest et les rêves d’avenir. La présence de Bruce Springsteen, caméo attendu vers la fin de « Ten Years Gone », sonne de manière étonnamment éraillée et rugueuse, s’intégrant comme un fragment authentique du récit, évoquant l’atmosphère d’un bar enfumé où l’on croise un patron charismatique racontant des histoires. Fiona Apple livre une performance vocale saisissante sur « Letter From An Unknown Girlfriend », changeant radicalement l’humeur de l’album. Kathy Valentine des Go-Go’s incarne une hippie croisant la route de Hopper dans « Freakout at the Mud Palace ». Taylor Goldsmith de Dawes apporte des contre-chants poignants à « I Don’t Know How I Made It », une chanson que Scott décrit comme suggérant que « d’une manière ou d’une autre, Dennis ne mourra pas ».

La force de cet album réside dans sa double nature : il peut être apprécié comme une collection de chansons indépendantes, sans nécessité d’une immersion totale dans les paroles ou d’une connaissance préalable de Dennis Hopper. En même temps, il constitue un corps d’œuvre singulier, conçu pour être écouté dans son intégralité. Des titres comme le rock percutant « Live in the Hiding, Baby », l’ode western « Blues for Terry Southern », le déjà mentionné « Ten Years Gone » qui traverse les époques stylistiquement, ou encore le « Transcendental Peruvian Blues » captivent par leur originalité.

Bien sûr, le sujet imposait une touche d’excentricité. « Frank (Let’s F**k) », consacré au rôle de Hopper dans « Blue Velvet » de David Lynch, se résume à deux minutes de cris de Mike Scott. Une chanson sur le golf, aux accents mélodiques rappelant « Transformer » de Lou Reed, côtoie cinq pièces instrumentales, chacune dédiée à une compagne de Hopper, offrant des transitions émotionnelles surprenantes et touchantes qui font progresser le récit.

Transposer un album conceptuel sur scène représente un défi. Mike Scott a démontré une maîtrise remarquable de cet exercice lors d’un concert à Columbus, Ohio. Plutôt que de jouer l’intégralité de l’album, il a sélectionné huit titres pour offrir un aperçu cohérent de l’histoire de Hopper, exécutés avec la même énergie que les classiques du groupe. « Blues for Terry Southern » a pu s’étirer et prendre son envol, tandis que « Letter From An Unknown Girlfriend » fut interprétée par Scott à la guitare acoustique. « Hopper’s on Top (Genius) », relatant les suites de « Easy Rider », s’est transformé en un cri collectif et impromptu « Genius ! ».

Le groupe actuel des Waterboys est une machine de guerre musicale, capable de livrer chaque chanson avec une intensité redoutable, qu’elle soit nouvelle ou ancienne. La section claviers, menée par le frère de Scott, Paul, au Hammond B3 et au Keytar, est complétée par James, tandis que la section rythmique, aussi solide qu’efficace, assure une fondation impeccable. Le bassiste Aongus Ralston navigue avec aisance entre swing et groove, et le batteur Eamon Ferris, élastique et précis, semble chanter chaque mesure.

« Quand je vais voir des groupes, je veux être époustouflé par de grandes chansons et entendre mes anciens favoris réinventés. C’est ce que je m’efforce d’offrir avec mon groupe, » a confié Scott sur Bluesky, ajoutant sa stratégie de « voler » les fans des autres groupes lors des festivals. La prestation actuelle des Waterboys est un spectacle à ne pas manquer.

Il n’est pas inédit que des musiciens des îles Britanniques éclairent les Américains sur leur propre culture. Loin de se contenter de rejouer des tubes comme « Medicine Bow », « Don’t Bang the Drum » ou « Fisherman’s Blues », ils proposent des réinterprétations exaltantes qui conservent l’essence des originaux. Ces classiques, joués un vendredi soir dans l’Ohio, se sont transformés en rouleaux compresseurs soniques, entraînant le public dans une danse et un chant collectifs. « Whole of the Moon », en rappel, a résonné comme un hymne vital et nécessaire.

Cette tradition d’assimilation et de réinvention remonte à l’époque où Mick Jagger découvrait les disques de blues américains. Les Rolling Stones, puis les Beatles avec la soul de Motown, ont bâti leur succès sur cette démarche. U2, inspiré par son périple à travers l’Ouest américain, a créé « The Joshua Tree ». Parfois, il faut un regard extérieur pour redécouvrir la valeur de ce que l’on possède.

Les Waterboys seront bientôt de retour outre-Atlantique, mais l’histoire de ce projet se prolongera avec « Rips from the Cutting Room Floor », un ensemble de 16 titres enregistrés lors de la création de « Life, Death and Dennis Hopper », mais non retenus pour l’album final. Ce volume, comme le premier, sortira en décembre chez Sun Records, perpétuant ainsi la mémoire de cette œuvre singulière.

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