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L’Europe lutte pour son influence diplomatique face à la politique étrangère de Trump

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Publié le 2025-10-25 06:07:00. Alors que Donald Trump s’affirme comme acteur central sur la scène internationale, l’Europe peine à peser de tout son poids diplomatique dans les crises majeures, que ce soit au Moyen-Orient ou face à la guerre en Ukraine. L’ancien président américain redéfinit les relations internationales, plaçant ses alliés traditionnels en retrait.

  • Donald Trump a joué un rôle de premier plan dans la négociation d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, éclipsant la diplomatie européenne.
  • Les pays européens rencontrent des difficultés à influencer la politique étrangère américaine, notamment concernant la guerre en Ukraine.
  • Malgré les divisions internes, l’Europe progresse vers une position plus unifiée face aux défis géopolitiques.

Lors de la présentation d’un accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas en Égypte, négocié sous l’égide des États-Unis, une image frappante s’est dessinée : Donald Trump, au centre de l’attention, tandis que des dirigeants mondiaux se tenaient en retrait, tel un chœur dans une pièce de théâtre politique. Cette scène révèle la difficulté des gouvernements européens à jouer un rôle diplomatique significatif dans la gestion des conflits majeurs, face à un leader américain prônant la politique de « l’Amérique d’abord » et reléguant ses partenaires européens au second plan.

L’influence européenne s’avère également limitée dans la réponse à la guerre en Ukraine, initiée par le président russe Vladimir Poutine. L’experte en risques géopolitiques Lindsay Newman, chroniqueuse pour GZERO Media, constate : « L’Europe est-elle capable d’influencer Trump ? Je pense que la réponse courte… est non. La politique et la position du gouvernement américain – à l’égard de l’Ukraine, d’Israël, de ses relations avec l’Europe – sont définies par le président et son entourage. En grande partie par le président. » Elle ajoute que l’ambition mondiale de Trump contredit ceux qui pensaient que « l’Amérique d’abord » se traduirait par une politique étrangère isolationniste : « Il refait le monde à son image. »

Divisions et avancées sur le dossier ukrainien

Le soutien européen à l’Ukraine face à l’invasion russe s’est heurté à la volonté de Donald Trump de mettre fin au conflit, y compris par des concessions territoriales de la part de Kiev. Les dirigeants européens ont obtenu des succès mitigés en cherchant à renforcer l’engagement du président américain envers l’Ukraine. Cette semaine, sous la pression bipartite à Washington et après des mois de lobbying de la part de Kiev et de ses alliés européens, Donald Trump a finalement pris la décision de sanctionner l’industrie pétrolière et gazière russe. Cependant, cette action semble davantage motivée par sa frustration face à Vladimir Poutine, incapable de le convaincre d’engager des négociations directes avec lui, que par une volonté d’apaiser les pays européens. L’ancien président américain a d’ailleurs accusé ces derniers de ne pas soutenir suffisamment les sanctions américaines en continuant d’acheter du pétrole russe.

« Chaque fois que je parle avec Vladimir, j’ai de bonnes conversations, et puis elles ne mènent nulle part. […] J’ai juste senti qu’il était temps. Nous avons attendu longtemps. »

Donald Trump, mercredi

La Maison Blanche n’a pas souhaité commenter ces déclarations.

Frustrations face aux tentatives de résolution de la guerre

Donald Trump n’a jamais caché son impatience de mettre fin à un conflit de plus de trois ans et demi, une promesse qu’il avait faite durant sa campagne électorale. Il a réprimandé le président ukrainien Volodymyr Zelensky lors d’une rencontre à la Maison Blanche, s’est entretenu avec Vladimir Poutine en Alaska, et a dépêché des émissaires à Moscou et à Kiev, sans parvenir à réunir les parties autour d’une table de négociations. Pourtant, quelques jours après sa rencontre avec le dirigeant russe, Donald Trump a accueilli Volodymyr Zelensky et des dirigeants européens à Washington, affirmant la volonté des États-Unis de soutenir les efforts européens pour encadrer un éventuel accord de paix en Ukraine. Si l’ancien président a suggéré de fournir à Kiev des missiles Tomahawk pour frapper des cibles en Russie, il semble également soutenir la demande russe que l’Ukraine cède la totalité de sa région orientale du Donbass, y compris les zones non occupées par la Russie. Donald Trump et son administration ont maintes fois affirmé que ce conflit majeur en Europe avait une importance secondaire pour les États-Unis, exhortant les Européens à assumer une plus grande responsabilité dans sa résolution.

Les dirigeants européens ont salué les sanctions pétrolières et gazières imposées cette semaine, qualifiées de « tournant » par le président français Emmanuel Macron. Néanmoins, l’Europe est également traversée par des divergences concernant le dossier ukrainien. L’Union européenne peine à finaliser un plan visant à utiliser les avoirs russes gelés comme garantie pour un prêt massif à l’Ukraine. La Belgique, où une part importante de ces fonds est détenue, cherche des assurances quant au partage du fardeau des potentielles représailles économiques russes. Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, favorable à Moscou, s’oppose au soutien de l’UE à Kiev. Malgré ces divisions, Grégoire Roos, directeur du programme Europe et Russie au think tank Chatham House, observe des progrès dans la formation d’une position européenne cohérente face à Donald Trump :

« Je ne vois pas d’unanimité absolue, mais d’un autre côté, je n’ai pas vu l’unité s’effondrer de manière significative. Et pour l’Europe, c’est déjà une victoire. »

Grégoire Roos, Chatham House

Trump et le Moyen-Orient : une priorité affirmée

L’influence de l’Europe pour mettre fin à la guerre entre Israël et le Hamas est encore plus limitée. « L’Europe n’a pas eu d’impact réel, soyons réalistes », admet Grégoire Roos, alors même que le continent sera sollicité pour l’aide financière et l’expertise nécessaires à la reconstruction de Gaza. L’Union européenne, principal fournisseur d’aide aux Palestiniens, dispose d’un poids politique restreint sur Israël, en partie à cause des désaccords internes entre nations européennes sur la gestion du conflit. Depuis l’établissement du cessez-le-feu, salué par Donald Trump comme une « chance unique de laisser derrière nous les vieilles querelles et les haines amères », l’ancien président américain et son entourage ont exprimé leur gratitude envers l’Égypte, le Qatar, la Turquie et l’Arabie Saoudite, sans mentionner explicitement l’implication européenne.

Mike Huckabee, ancien ambassadeur de Trump en Israël, a même qualifié un haut responsable britannique de « délirant » sur le réseau social X pour avoir suggéré un rôle crucial du Royaume-Uni dans la conclusion de l’accord sur Gaza. L’administration américaine a également manifesté son irritation face à la reconnaissance d’un État palestinien par le Royaume-Uni et la France, aux côtés d’autres pays, le mois précédent. Le cessez-le-feu a, au moins temporairement, réduit la virulence des critiques européennes envers Israël concernant le traitement des Palestiniens, critiques souvent teintées d’une désapprobation implicite du soutien indéfectible des États-Unis à Israël. Jonath Schanzer, ancien analyste au département du Trésor américain, estime que l’espace créé par ce cessez-le-feu pourrait permettre une meilleure relation entre les États-Unis et l’Europe :

« Le cessez-le-feu de Trump a fait taire les critiques virulentes de l’Europe. Cela a permis à toutes les parties d’avancer de manière plus constructive. »

Jonath Schanzer, Fondation pour la défense des démocraties

Lindsay Newman souligne que Donald Trump semble plus intéressé par l’établissement de relations avec les pays du Moyen-Orient qu’avec l’Europe. « Les administrations américaines successives ont tenté de s’éloigner du Moyen-Orient. Mais c’est presque comme s’il y avait un pivot vers la région. »

Une bonne nouvelle pour l’Europe : le renforcement de la défense

L’invasion de l’Ukraine par la Russie et son agressivité croissante envers les pays voisins membres de l’OTAN ont servi de signal d’alarme pour l’Europe, d’autant plus inquiétant compte tenu des menaces récurrentes de Donald Trump de ne pas défendre les membres européens de l’OTAN s’ils n’augmentaient pas leurs dépenses militaires. Paradoxalement, cette situation a eu l’effet escompté, poussant de nombreux pays européens à accroître leurs budgets de défense. Les craintes les plus vives des Européens concernant un second mandat de Donald Trump ne se sont pas encore matérialisées. Il n’a pas retiré les troupes américaines d’Europe ni quitté l’OTAN, et son projet de tarifs douaniers mondiaux n’a pas abouti à la menace de taxes d’importation de 100 % sur les produits européens. Le Royaume-Uni, qui a quitté l’UE en 2020, se rapproche politiquement, économiquement et militairement de ses voisins européens, avec le Premier ministre Keir Starmer jouant un rôle de premier plan dans le lien entre Washington et le continent. Kathleen Burk, professeur émérite d’histoire à l’University College de Londres, estime que Donald Trump respecte l’unité : « si les Européens se serrent les coudes, ils peuvent espérer avoir une certaine influence. Trump a peut-être réalisé qu’il vaut toujours mieux avoir des alliés que des ennemis. »

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