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L’expédition Franklin, ou comment rechercher le passage du Nord-Ouest et mourir en essayant

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Le mystère de l’expédition Franklin, lancée en 1845 pour trouver le légendaire Passage du Nord-Ouest, est enfin en partie résolu. Après des décennies de recherches infructueuses et de spéculations, la découverte progressive des restes des navires HMS Erebus et HMS Terror, ainsi que des indices sur le destin tragique de ses 134 membres, éclaire enfin l’une des plus grandes énigmes de l’exploration polaire.

En 1845, le capitaine Sir John Franklin quitta l’Angleterre à bord des navires HMS Erebus et HMS Terror, avec une mission audacieuse : découvrir une route maritime reliant l’Atlantique au Pacifique par le nord de l’Amérique. Ce Passage du Nord-Ouest promettait de révolutionner le commerce en réduisant considérablement les temps de navigation. L’expédition était la mieux équipée de son époque, disposant de provisions pour plusieurs années, de coques renforcées en fer et même de moteurs à vapeur, signe de l’importance stratégique accordée à cette découverte par l’Amirauté britannique. L’objectif était clair : devancer les Russes dans l’établissement de nouvelles routes commerciales vers l’Asie.

Les préparatifs étaient minutieux. Après un départ de Greenhithe, l’expédition fit escale dans la baie de Disko au Groenland. Là, cinq hommes jugés inaptes à l’aventure furent renvoyés. Les navires de soutien furent sacrifiés et les marins écrivirent leurs dernières lettres d’adieu avant de mettre le cap sur la baie de Baffin. Ce fut la dernière fois qu’ils furent aperçus. Les capitaines de baleiniers rapportèrent le 28 juillet 1845 avoir vu les navires de Franklin près du détroit de Lancaster, prêts à entamer leurs recherches.

Cependant, le destin en décida autrement. Près du détroit de Victoria, l’expédition fut piégée par les glaces en 1848. Les premières victimes apparurent dès l’hiver 1846 sur l’île Beechey, comme en témoignent les tombes de John Torrington, John Hartnell et William Braine. Les analyses ultérieures de leurs restes révélèrent une forte concentration de plomb, alimentant l’hypothèse d’un empoisonnement lié aux canalisations des navires ou aux conserves scellées au plomb.

Malgré les revers, l’expédition tenta de nouvelles percées. Libérés des glaces au printemps 1846, ils essayèrent à nouveau de traverser le détroit de Barrow, mais celui-ci restait impraticable. Une nouvelle route s’ouvrit le long de la côte nord du Somerset, menant vers l’île du Roi-Guillaume. Les navires y furent à nouveau pris par les glaces en septembre 1846, forçant l’équipage à affronter un deuxième hiver dans des conditions dégradées.

En mai 1847, un document crucial fut retrouvé dans un cairn de pierre à Victoria Point, laissé par l’expédition de James Clark Ross en 1831. Ce document contenait une note de l’équipage Franklin, datée du 28 mai 1847, indiquant que « nous allons tous bien », une phrase qui résonne aujourd’hui avec une ironie tragique, puisque Sir John Franklin décéda le 11 juin 1847.

Après la mort de Franklin, l’expédition se dégrada rapidement. L’été 1847 n’offrit aucun répit. Souffrant du scorbut et de la malnutrition, les commandants Francis Crozier et James Fitzjames prirent la décision radicale d’abandonner les navires et de tenter de rejoindre l’embouchure de la rivière Great Fish par voie terrestre. Le 22 avril 1848, les survivants entamèrent leur marche funeste, ajoutant une ultime note au document laissé par Franklin, décrivant leur itinéraire de fuite et les coordonnées des navires abandonnés.

Les décennies qui suivirent furent marquées par d’innombrables expéditions de recherche, financées par l’Amirauté et des mécènes privés. Des témoignages d’Inuits rapportèrent des récits d’hommes mourants cherchant de l’aide. Ce n’est qu’en septembre 2015 que le gouvernement canadien annonça avoir retrouvé l’épave du HMS Erebus. Un an plus tard, le HMS Terror fut localisé près de l’île du Roi-Guillaume. Ces découvertes, accompagnées de la découverte de restes humains, ont permis de documenter des pratiques cannibales parmi les survivants, révélant l’horreur ultime de cette entreprise avortée.

Les analyses d’ADN ont permis d’identifier certains membres de l’équipage, dont l’ingénieur John Gregory et, plus récemment, l’officier supérieur James Fitzjames. Ces découvertes continuent d’affiner notre compréhension du destin tragique de l’expédition Franklin, une aventure humaine aux confins du monde qui a marqué l’histoire de l’exploration.

À retenir

  • L’expédition Franklin, partie en 1845 à la recherche du Passage du Nord-Ouest, a disparu dans l’Arctique.
  • Après des décennies de mystère, les épaves des navires HMS Erebus et HMS Terror ont été retrouvées au XXIe siècle.
  • Des indices archéologiques et des analyses scientifiques ont permis de reconstituer la fin tragique de l’équipage.

Contexte

Le rêve du Passage du Nord-Ouest, une route maritime mythique censée relier l’océan Atlantique à l’océan Pacifique par le nord de l’Amérique, obsédait les explorateurs depuis des siècles. La découverte de cette voie promettait des avantages stratégiques et commerciaux considérables pour la Grande-Bretagne. L’expédition de John Franklin, lancée en 1845, représentait l’apogée de ces efforts, bénéficiant des dernières avancées technologiques et d’un soutien logistique sans précédent de l’Amirauté.

Ce qui change

Grâce aux découvertes récentes, l’une des plus grandes énigmes de l’exploration polaire touche à sa fin. L’identification des épaves et l’analyse des restes humains permettent de réécrire l’histoire de cette expédition maudite. Les découvertes sur les conditions de vie difficiles, la maladie, la famine et les pratiques de survie extrêmes, comme le cannibalisme, lèvent le voile sur le calvaire enduré par les 134 marins disparus.

Prochaines étapes

Les recherches sous-marines et archéologiques dans la zone de disparition des navires se poursuivent. L’objectif est de découvrir d’autres artéfacts et restes qui pourraient apporter des précuisions supplémentaires sur les derniers jours de l’équipage et les circonstances exactes de leur disparition. L’étude continue des données génétiques et anthropologiques devrait permettre d’identifier d’autres membres de l’expédition et de mieux comprendre les causes de mortalité.

Chiffres clés

  • 1845 : Départ de l’expédition Franklin
  • 134 : Nombre de membres de l’équipage
  • 1848 : L’expédition est piégée par les glaces près du détroit de Victoria
  • 2015 : Découverte du HMS Erebus
  • 2016 : Localisation du HMS Terror

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