Alors que les discussions sur l’inflation ont longtemps oscillé entre tarifs douaniers et politiques commerciales, le prix du pétrole émerge comme un baromètre de plus en plus éloquent. Après une baisse d’environ 12% jusqu’en septembre, le baril pourrait bien amorcer une dynamique haussière dans les trois à six prochains mois, sous l’effet de plusieurs facteurs convergents.
La coalition OPEP+, déterminée à maintenir ses réductions de production, pourrait voir son impact s’intensifier à l’approche de la période de demande saisonnière des raffineries américaines. À cela s’ajoute un déficit inattendu dans les stocks de brut aux États-Unis, qui renforce la prime de risque face à d’éventuelles perturbations d’approvisionnement. Même si l’administration Trump a favorisé une politique de forage libérale, le coût actuel du brut, oscillant autour de 60 dollars le baril, rend l’extraction moins attractive. Si la demande venait à augmenter, stimulée par une activité commerciale plus soutenue grâce à des taux d’intérêt plus bas, le marché pourrait se retrouver sous-approvisionné.
Dans ce contexte, et conscient que la hausse des prix du pétrole n’est pas une certitude absolue à court terme, certains investisseurs se tournent vers des valeurs du secteur pétrolier qui promettent une croissance dans un scénario favorable, tout en offrant une solide valorisation, quelles que soient les fluctuations du marché. Trois sociétés se distinguent particulièrement.
Exxon Mobil : solidité des dividendes et envergure dans le Permien
Exxon Mobil (XOM) navigue dans une fourchette de prix établie depuis le début de l’année 2024, ce qui en fait une cible attractive pour les investisseurs en quête de valeur. Le groupe affiche un rendement de dividende d’environ 3,5%, et a la particularité d’avoir augmenté ce dividende pendant 42 années consécutives. Au cours du dernier trimestre, l’entreprise a également procédé à des rachats d’actions d’une valeur de 5 milliards de dollars, témoignant de sa discipline en matière d’allocation de capital. Sur le plan opérationnel, ce géant pétrolier intégré est un acteur majeur du bassin du Permien, l’une des zones d’extraction les plus productives au monde. Cette échelle lui confère une capacité à protéger ses marges, même si les prix du pétrole venaient à repasser sous les 60 dollars, comme ce fut le cas durant une partie de 2025. En cas de remontée des prix vers 80 dollars le baril, voire plus, la croissance des bénéfices d’Exxon permettrait à ses flux de trésorerie disponibles d’accélérer rapidement, bénéficiant ainsi aussi bien aux investisseurs axés sur le revenu qu’à ceux en quête de croissance.
Chevron : diversification via le GNL et les actifs guyanais
Chevron (CVX) partage de nombreuses forces avec Exxon, notamment une présence significative dans le bassin du Permien. Son empreinte s’est encore élargie suite à sa fusion avec Hess, ajoutant des actifs clés dans les champs offshore de la Guyane, des projets censés fournir du pétrole à faible coût pendant plusieurs décennies. La véritable différence de Chevron réside dans son exposition substantielle aux opérations internationales de gaz naturel liquéfié (GNL) en Australie, qui produisent des millions de tonnes de GNL chaque année. Ces opérations devraient assurer des flux de trésorerie stables à long terme, d’autant plus que les marchés asiatiques délaissent le charbon au profit du gaz naturel, une énergie plus propre. Côté actionnaires, l’action CVX offre un dividende de 4,4% et a vu ses paiements augmenter durant 38 années consécutives, faisant de Chevron un pilier pour les investisseurs privilégiant les dividendes. La société affiche également un bilan financier relativement solide par rapport à certains de ses pairs. Alors que les prix du brut ont subi des pressions en 2025, Chevron a pu compter sur son portefeuille diversifié pour maintenir ses flux de trésorerie. En cas de hausse des prix, les investisseurs pourraient assister à une appréciation significative du rendement total et de la sécurité du dividende.
SLB : un pari audacieux sur les dépenses d’exploration
À la différence d’Exxon et de Chevron, SLB (anciennement Schlumberger) ne parie pas directement sur la valeur du pétrole, mais fournit la technologie et les services essentiels à son extraction. Cela fait de SLB un pari à effet de levier sur la hausse des prix du brut. Lorsque les cours augmentent, les sociétés d’exploration et de production accroissent leurs dépenses, et SLB, en tant que leader mondial des services pétroliers, en tire un bénéfice direct. L’entreprise est présente en Amérique du Nord, au Moyen-Orient et sur les marchés offshore. Son modèle intégré couvre le forage, la complétion des puits et les solutions numériques, lui permettant de capter de la valeur dans le secteur en amont. Si le prix du brut venait à grimper vers 90 à 100 dollars le baril dans les mois à venir, SLB pourrait voir une demande accrue pour ses services, la positionnant ainsi pour une croissance de ses bénéfices plus rapide que celle des majors intégrées. Cette demande anticipée se reflète dans le cours de l’action, les analystes tablant sur une cible moyenne de 52,18 dollars, soit près de 52% de plus que son niveau actuel. Cela représente une croissance attrayante qui s’ajoute à un rendement de dividende déjà intéressant de 3,35%.