L’essor rapide de l’intelligence artificielle générative (IA) menace de creuser les inégalités et de réduire les revenus des professionnels des secteurs culturels et créatifs, selon un nouveau rapport de l’UNESCO publié ce mercredi 25 février 2026.
Le rapport, intitulé Re|Façonner les politiques pour la créativité, s’appuie sur des données provenant de plus de 120 pays et met en évidence l’impact croissant de l’IA, les mutations du commerce mondial et les pressions grandissantes sur la liberté artistique. L’UNESCO appelle les gouvernements, les institutions internationales et les plateformes technologiques à renforcer les réglementations pour protéger les droits et les moyens de subsistance des créateurs.
« Il ne suffit plus de célébrer le potentiel des outils numériques », a déclaré Lodovico Folin-Calabi, directeur du Bureau de liaison de l’UNESCO à Bruxelles et de la Représentation de l’UNESCO auprès de l’Union européenne. « Nous devons examiner de manière critique la manière dont ces technologies sont déployées, qui les conçoit et quelles voix sont représentées ou exclues dans leur développement. »
Le rapport prévoit des pertes de revenus allant jusqu’à 24 % pour les musiciens et 21 % pour les créateurs audiovisuels d’ici 2028, en raison de la domination croissante du contenu généré par l’IA. Ces pertes s’ajoutent à la dépendance accrue des artistes aux revenus numériques, qui représentent désormais près de 35 % de leurs revenus, en hausse de 17 % par rapport à 2018.
L’UNESCO souligne que si les technologies numériques offrent de nouvelles opportunités, elles exacerbent également les inégalités existantes et rendent la réussite économique plus incertaine. Seuls 61 % des pays interrogés disposent de cadres adéquats pour protéger la liberté artistique et la propriété intellectuelle face aux risques liés à l’IA.
Alexandra Xanthaki, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les droits culturels, a insisté sur la nécessité d’une action collective : « Nous, organisations internationales, États, artistes et l’humanité en général, devons nous unir pour garantir que l’IA ne limite pas les droits de tous ceux qui souhaitent s’impliquer dans la créativité artistique. »
Le rapport met également en évidence un fossé numérique important, avec seulement 28 % de la population des pays en développement maîtrisant les compétences numériques essentielles, contre 67 % dans les pays développés. De plus, seuls 37 % des pays interrogés ont mis en place des mesures pour soutenir les travailleurs culturels confrontés à l’instabilité politique ou aux conflits.
Enfin, le rapport souligne des disparités de genre persistantes, avec seulement 30 % de femmes occupant des postes de direction dans les institutions culturelles des pays en développement, contre 64 % dans les pays développés. L’UNESCO appelle à des investissements renouvelés, à un marché plus équilibré et à une collaboration renforcée pour préserver la liberté artistique et garantir un avenir viable pour les créateurs.