Publié le 6 novembre 2025. L’intelligence artificielle, promesse d’un avenir économique, suscite autant d’espoirs que de craintes quant à la soutenabilité de ses valorisations boursières actuelles. Entre la bulle spéculative et une véritable révolution technologique, le marché peine à trouver un consensus.
- Les investissements massifs dans l’IA pourraient être le signe d’une bulle, malgré le potentiel transformateur de la technologie.
- Les premières études suggèrent que les bénéfices concrets de l’IA tardent à se matérialiser pour les entreprises.
- L’histoire des bulles technologiques, comme celle des années 2000, rappelle que des valorisations excessives peuvent entraîner de longues périodes de stagnation, voire de pertes, pour certains titres.
La question de savoir si le secteur de l’intelligence artificielle traverse une bulle spéculative est au cœur des débats économiques actuels. Si la technologie elle-même est largement reconnue comme une avancée majeure, le rythme effréné des investissements et les valorisations des entreprises qui en dépendent – des puces électroniques à l’infrastructure énergétique nécessaire – soulèvent des inquiétudes.
Les premiers signes indiquent que les entreprises ne récoltent pas encore de bénéfices substantiels issus de l’IA, malgré une projection d’investissements de 3 000 milliards de dollars (environ 2 800 milliards d’euros) dans les trois prochaines années. Il est vrai que l’obtention de retours sur investissement significatifs prend du temps, mais la prudence est de mise.
La conclusion de l’IA elle-même, interrogée sur le sujet, est révélatrice : « Bien que la technologie de base de l’IA soit considérée comme un développement véritable et potentiellement révolutionnaire, il existe un débat important sur la question de savoir si les valorisations actuelles du marché sont durables ou si le secteur connaît une période de bulle d’exubérance et de spéculation. » Seuls les gains de productivité et la croissance des revenus futurs pourront trancher.
L’histoire financière offre des leçons précieuses. Les technologies disruptives attirent inévitablement des flux de capitaux considérables, pas toujours justifiés par des fondamentaux solides. Si la technologie persévère et transforme le monde, certaines des actions les plus surévaluées durant la phase d’euphorie peuvent connaître des corrections sévères, ne retrouvant leur niveau d’antan qu’après des années, voire jamais.
C’est la conviction de certains acteurs du marché, comme Michael Burry, célèbre pour sa spéculation contre la bulle immobilière américaine, qui ne remet pas en cause la qualité intrinsèque d’entreprises comme Nvidia ou Palantir, mais s’interroge sur la surévaluation de leurs actions.
La frénésie actuelle rappelle inévitablement la bulle Internet des années 1990, qui avait conduit à un effondrement spectaculaire au début des années 2000. Le marché boursier technologique (Nasdaq) avait mis 15 ans à retrouver ses sommets d’alors.
Si les optimistes de l’IA citent les performances à long terme de certains rescapés de la bulle Internet, comme Amazon, Apple ou Microsoft, dont les investisseurs ont vu leurs placements fructifier malgré la chute initiale, il faut aussi se souvenir du temps d’attente. Pour certains, il a fallu jusqu’à sept ans après le krach pour simplement revenir à l’équilibre.
L’exemple de Cisco Systems, autrefois fleuron des années 1990, illustre ce phénomène. Son action, passée de 2 dollars en 1995 à plus de 80 dollars en 2000, a chuté à 8 dollars en 18 mois. Malgré une croissance significative de ses bénéfices et de son chiffre d’affaires au cours des 25 dernières années, le cours de son action n’a toujours pas retrouvé son pic de mars 2000. À l’époque, sa capitalisation boursière atteignait 550 milliards de dollars (environ 510 milliards d’euros), soit 200 fois son revenu annuel.
Une leçon de valorisation
Pour Russ Mold, directeur des investissements chez AJ Bell, Cisco démontre la difficulté de satisfaire les attentes du marché, même pour une entreprise pérenne. Les valorisations élevées offrent peu de protection en cas de ralentissement soudain de la croissance ou de déceptions commerciales. Ceci est particulièrement pertinent pour des sociétés comme Palantir, dont le ratio cours/bénéfice prévisionnel s’élève actuellement à 216 fois.
Nvidia incarne parfaitement cette énigme pour les investisseurs actuels. Sa capitalisation boursière, dépassant récemment les 5 000 milliards de dollars (environ 4 600 milliards d’euros), représente 16 % du PIB américain, un chiffre notablement supérieur à celui de Cisco à son apogée. Cependant, certains analystes estiment que sa valorisation peut se justifier par des marges bénéficiaires plus importantes et des rendements de capitaux plus élevés que ceux de Cisco. De plus, son action se négocie à un peu plus de 33 fois les bénéfices prévisionnels, un multiple considérablement plus bas que celui atteint par Cisco à son zénith.
Alors, les investisseurs peuvent-ils être sereins ? La réponse dépend de leur horizon de placement. La bulle Internet, bien que n’étant qu’une anecdote sur le graphique historique du Nasdaq, a été suivie d’une longue période de baisse de près de deux ans, et il a fallu environ 15 ans pour que l’indice retrouve son niveau précédent. Si le dicton affirme que « les actions montent toujours », cela n’est vrai que pour ceux qui peuvent attendre indéfiniment.