Publié le 15 octobre 2025 à 17:51. Si le Fonds monétaire international (FMI) et les économistes autrichiens prévoient une sortie de récession, le retour à une forte croissance économique est une illusion. Le vieillissement de la population et les défis budgétaires qui en découlent imposent une nouvelle donne pour l’avenir.
- Les prévisions actuelles anticipent une croissance modeste de 0,3 % pour l’Autriche en 2025, suivie de 0,8 % en 2026 selon le FMI, et même de 0,9 % à 1,1 % selon les économistes autrichiens.
- Toutefois, cette amélioration conjoncturelle ne doit pas masquer une réalité structurelle : les années de forte croissance sont derrière nous, marquant la fin d’une époque où l’expansion économique était une donnée acquise.
- Le vieillissement démographique, source de productivité réduite et d’augmentation des dépenses publiques (retraites, santé), limite la croissance potentielle à long terme.
Malgré les indicateurs conjoncturels encourageants récemment publiés par le Fonds monétaire international, signalant une amélioration pour l’économie autrichienne qui n’est plus en bas de la liste des pays industrialisés, il est crucial de tempérer l’optimisme. Le FMI anticipe une croissance de 0,3 % pour l’année en cours et de 0,8 % pour la suivante. Les économistes autrichiens se montrent encore plus confiants, projetant une hausse du produit intérieur brut (PIB) autrichien entre 0,9 % et 1,1 % l’an prochain. Ces projections laissent présager une sortie de la récession au plus tard courant 2026.
Ces chiffres, loin d’être de simples exercices de style, ont des implications concrètes : augmentation des recettes fiscales, dynamisme de l’investissement des entreprises, création de nouveaux projets, génération d’emplois et diminution du chômage. Cet argent généré et réinvesti constitue le socle du modèle d’État-providence autrichien. Cependant, une analyse plus poussée révèle que la bonne nouvelle doit être relativisée.
« La récession deviendra la norme à l’avenir, il faut être honnête à ce sujet. Nous verrons à l’avenir une diminution de plus en plus fréquente des chiffres du PIB », a récemment déclaré Marcel Fratzscher, directeur de l’Institut allemand de recherche économique (DIW Berlin), à la presse autrichienne. Cette prévision pessimiste s’appuie sur le vieillissement de la société, qui pèse sur la productivité. De nombreuses entreprises peinent déjà à pourvoir les postes vacants, alors même que le chômage connaît une hausse depuis trente mois consécutifs. L’arrivée à la retraite de la génération du baby-boom prive le marché du travail de nombreux professionnels qualifiés, et les générations suivantes, moins nombreuses, ne disposent pas toujours des formations adéquates pour pallier ce manque.
Parallèlement, le vieillissement démographique engendre des coûts budgétaires considérables. Les dépenses publiques consacrées aux retraites demeurent élevées, tandis que les coûts de la santé et des soins s’envolent. Selon une étude du Bureau du Conseil budgétaire, 40 % de l’augmentation prévue des dépenses de santé d’ici 2070 seraient imputables aux seuls changements démographiques. À cela s’ajoute la pénurie de personnel soignant qui affaiblit le système de santé, alors même que le nombre de cotisants diminue.
L’Institut autrichien de recherche économique (WIFO) a également esquissé des perspectives à moyen terme, tablant sur une croissance économique qui ne devrait pas dépasser 0,7 % à 0,8 % par an sur le long terme. Ce faible potentiel de croissance rend le pays particulièrement vulnérable aux perturbations sur les marchés mondiaux, comme des tensions commerciales, qui pourraient aisément replonger l’Autriche en récession. Pour mémoire, entre 2010 et 2019, la production économique autrichienne avait augmenté en moyenne de 1,6 % par an, et même de 1,7 % au cours de la décennie précédente. Il est donc temps de renoncer à l’illusion d’un retour à ces taux de croissance et, par conséquent, à l’idée que l’Autriche pourrait aisément résorber sa dette publique élevée.
La situation impose donc une gestion plus rigoureuse des finances publiques, avec une redistribution potentiellement réduite à l’avenir. Les exemples de la Suède et de la Finlande, pays nordiques reconnus pour leur État-providence, montrent que des réductions significatives sont déjà en cours.
L’époque où une croissance économique soutenue était une évidence est révolue. Reconnaître cette nouvelle réalité est le premier pas pour y faire face. Les pistes de réforme – accroître la productivité, réduire la dette, diminuer le coût du travail, pour n’en citer que quelques-unes – sont connues. Il manque aujourd’hui la volonté politique de les mettre en œuvre.