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L’Inde expulse des musulmans, y compris des citoyens, après les violences au Cachemire : NPR

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Publié le 11 octobre 2025. En Inde, une vague d’expulsions et de destructions de domiciles vise des populations musulmanes et des réfugiés rohingyas. Ces actions, orchestrées par le gouvernement nationaliste hindou, surviennent dans un contexte de tensions sécuritaires accrues et suscitent de vives inquiétudes quant au respect des droits humains.

  • Des centaines, voire plus de 1 500 personnes, dont des citoyens indiens et des réfugiés rohingyas, ont été illégalement expulsées vers le Bangladesh et le Myanmar.
  • Plusieurs États indiens ont procédé à la destruction de maisons appartenant à des familles musulmanes, dans une répression qui coïncide avec des déclarations politiques hostiles envers les immigrés.
  • Des réfugiés rohingyas témoignent avoir été contraints de sauter en mer près des côtes birmanes après avoir été déportés par les autorités indiennes.

Mustafa Kamal Sheikh, un vendeur de 52 ans de la banlieue de Mumbai, raconte avoir été arrêté par la police après qu’une dispute concernant sa carte d’identité ait mal tourné. Il affirme avoir été transporté à plus de mille kilomètres de là, jusqu’à la frontière bangladaise, puis expulsé avec des centaines d’autres personnes capturées à Mumbai. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux indiens ont mis en lumière le sort de ces individus, les montrant pleurant près de la frontière et énumérant leurs adresses indiennes.

Cette répression accrue, débutée en mai, fait suite à une attaque meurtrière de militants au Cachemire en avril, pour laquelle l’Inde a blâmé le Pakistan. Human Rights Watch dénonce des expulsions opérées sans procédure légale et précise que plus de 1 500 personnes auraient été expulsées entre le 7 mai et le 15 juin. Parmi elles, des citoyens indiens et une centaine de réfugiés rohingyas, une minorité musulmane ayant fui les persécutions au Myanmar. Des rapports font également état de la destruction de maisons de familles musulmanes dans les États d’Assam et du Gujarat, ainsi que d’arrestations massives.

La proximité linguistique entre les populations bengali-parlantes d’Inde et du Bangladesh faciliterait l’identification des « immigrants illégaux », selon Meenakshi Ganguly de Human Rights Watch. Teesta Setalvad, co-fondatrice de Citizens for Justice and Peace, avance que cette politique vise à détourner l’attention des échecs du gouvernement dans la protection des citoyens indiens et à attiser les craintes populaires en qualifiant les immigrés d' »infiltrés ».

Au sein de la communauté rohingya, établie à New Delhi depuis plus d’une décennie, la peur s’est installée. Des familles ont vu des proches disparaître après des contrôles d’identité, pour réapparaître aux mains des autorités birmanes ou être abandonnés en mer. Nooralamin témoigne que son frère et ses parents, déportés vers les Andaman puis embarqués sur un navire de la marine indienne, ont été contraints de sauter près des côtes du Myanmar. L’armée rebelle birmane aurait finalement secouru son frère.

Le BJP, parti au pouvoir, avait promis d’expulser les réfugiés Rohingyas lors des élections locales à New Delhi, une promesse tenue en partie après sa victoire électorale. Un porte-parole de la police de Delhi a toutefois affirmé qu’il ne s’agissait pas de ciblage ethnique, mais d’actions contre des résidents en situation irrégulière.

Ziya Us Salam, chroniqueuse pour The Hindu, estime que ces actions relèvent d’une stratégie politique visant à susciter la haine envers les musulmans indiens pour gagner des voix lors des élections. Elle souligne que ces expulsions détournent l’attention des problèmes socio-économiques, tels que le manque d’emplois et le sous-développement des services publics, ainsi que de l’incapacité à identifier les auteurs de l’attaque d’avril au Cachemire.

Pour Mustafa Kamal Sheikh, désormais réfugié dans le village de sa mère, l’expérience de l’expulsion forcée reste marquante. Il exprime le désir de retourner à Mumbai pour y reprendre son activité de vendeur de jhalmuri, quitte à faire face aux autorités, citant un proverbe hindi : « Quand on vit dans la mer, il ne faut pas faire des crocodiles des ennemis. »

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