Publié le 26 février 2026 à 10h58. L’Irlande et la France renforcent considérablement leur coopération en matière de sécurité et de défense, avec des achats d’équipements militaires à venir et une possible assistance française pour la présidence irlandaise de l’Union européenne. Cet accord s’inscrit dans un contexte géopolitique de plus en plus incertain et vise à moderniser les capacités de défense irlandaises.
- L’Irlande prévoit d’acquérir pour jusqu’à 2 milliards d’euros d’équipements militaires français dans les prochaines années.
- Un cadre stratégique commun pour la période 2026-2030 a été signé, mettant l’accent sur la collaboration en matière de sécurité, de défense, mais aussi d’économie, de culture et d’environnement.
- Dublin envisage de solliciter l’aide militaire de la France et d’autres partenaires européens lors de sa présidence de l’UE en juillet prochain.
Un nouveau cadre de coopération en matière de sécurité a été convenu entre l’Irlande et la France, officialisant un renforcement significatif des liens bilatéraux dans ce domaine. L’accord prévoit notamment le partage de renseignements classifiés et des achats conjoints d’équipements militaires, marquant une étape importante dans la modernisation des forces de défense irlandaises.
Mercredi, lors de la présentation d’une nouvelle stratégie nationale de sécurité maritime, la ministre des Affaires étrangères et de la Défense, Helen McEntee, a souligné l’importance de cette collaboration. Elle a déclaré que le gouvernement « explorait » la possibilité de demander une assistance militaire à la France et à d’autres pays lorsque l’Irlande assumera la présidence du Conseil de l’Union européenne en juillet.
« Je ne pense pas que nous devrions avoir peur de demander de l’aide à d’autres pays, alliés et partenaires si nous en avons besoin »
Helen McEntee, ministre des Affaires étrangères et de la Défense
Une telle demande pourrait se traduire par le déploiement d’un navire militaire français au large des côtes irlandaises, chargé de surveiller l’espace aérien lors d’événements européens majeurs et, potentiellement, de neutraliser toute menace. L’Irlande s’inspire de l’exemple allemand, qui a fourni une assistance militaire au Danemark lors de sa dernière présidence de l’UE.
Concrètement, le gouvernement irlandais a déjà donné son accord de principe pour l’acquisition d’environ 300 véhicules blindés et de systèmes d’artillerie auprès de fabricants d’armes français, pour un montant potentiel de 600 millions d’euros. D’autres contrats importants sont en cours de négociation, notamment l’achat d’un système sonar (60 millions d’euros) et d’équipements de communication (100 millions d’euros) auprès du groupe français de défense Thales. L’acquisition de trois avions auprès d’Airbus est également prévue, pour un coût total de 300 millions d’euros. Enfin, un système de radar militaire, dont le coût est estimé à 500 millions d’euros, devrait également être commandé à des entreprises françaises dont les noms n’ont pas encore été divulgués.
Le cadre stratégique commun France-Irlande 2026-2030, signé le mois dernier, insiste sur la nécessité d’une coopération accrue pour répondre aux défis actuels. Il souligne que cette collaboration « doit refléter la période de turbulences dans laquelle nous nous trouvons et garantir que nos efforts sont dirigés vers les domaines où la collaboration est soit indispensable, soit où elle offre la perspective de meilleurs résultats manifestes pour nos citoyens ». L’échange d’informations classifiées et la lutte contre la désinformation et les attaques hybrides sont également au cœur de cette nouvelle dynamique.
Outre les achats d’équipements, la coopération se traduira par une augmentation des exercices d’entraînement conjoints entre les armées des deux pays, ainsi que par des échanges éducatifs pour les militaires. Les deux gouvernements envisagent également d’acheter conjointement du matériel militaire dans le cadre du règlement européen SAFE, qui vise à renforcer la sécurité d’approvisionnement et la résilience industrielle européenne. Règlement SAFE
Pour faciliter cette coopération renforcée, des réunions plus fréquentes seront organisées entre les ministres de la Défense et les secrétaires généraux des ministères de la Défense des deux pays. Des consultations annuelles permettront également de partager les expertises et de coordonner les actions en matière de défense, notamment dans les domaines du maintien de la paix, de la sécurité maritime et cybernétique, et de la lutte contre les attaques hybrides.
La coopération s’étendra également à la police, avec un renforcement des liens entre la Garda (police irlandaise), la Police nationale française et la Gendarmerie française, notamment dans la lutte contre le trafic de drogue et le blanchiment d’argent. La France prévoit d’envoyer un attaché de coopération policière à Dublin, en complément de l’attaché de la Garda déjà présent à Paris. Une collaboration accrue en matière de formation et de partage de renseignements entre les différentes forces de police est également prévue.