Publié le 25 février 2026 à 20h18. Le gouvernement italien a adopté un ensemble de mesures visant à alléger les factures d’énergie, mais sa décision d’intervenir dans le système d’échange de quotas d’émission de l’Union européenne pourrait entraîner un conflit avec Bruxelles.
- Rome prévoit de réduire les factures d’électricité des ménages et des entreprises, notamment en introduisant une aide supplémentaire pour les plus modestes.
- Le gouvernement italien souhaite dissocier le coût des certificats carbone du prix de l’énergie produite à partir de sources renouvelables.
- Cette initiative suscite des inquiétudes à Bruxelles et des protestations de la communauté scientifique italienne.
Le gouvernement italien a mis en place un plan ambitieux pour faire face à la hausse des prix de l’énergie, un sujet de préoccupation majeur pour les familles et les entreprises. Le « Decreto Bollette » (décret factures), adopté par le Conseil des ministres, prévoit une aide financière directe aux plus démunis et des changements systémiques dans la tarification de l’énergie.
Selon le quotidien italien Corriere della Sera, l’élément central de ce dispositif est une réduction supplémentaire de 115 euros par an sur la facture d’électricité, s’ajoutant aux 200 euros déjà mis en place. La Première ministre Giorgia Meloni a déclaré :
« Nous garantissons l’introduction d’une réduction supplémentaire sur la facture d’électricité de 115 euros par an, en plus des 200 euros que nous avons déjà introduits. »
Giorgia Meloni, Première ministre
Cette aide est destinée aux foyers à faibles revenus, avec un seuil de revenu fixé à 9 796 euros (l’ISEE, indicateur italien de la situation économique). Pour les familles nombreuses (au moins quatre enfants), ce seuil est relevé à 20 000 euros. Le gouvernement estime qu’environ 2,7 à 2,8 millions de ménages bénéficieront de ce programme. Pour les familles les plus pauvres, le nouveau « bon » devrait couvrir près de la moitié des coûts annuels d’électricité.
En parallèle, le gouvernement prévoit un mécanisme de réductions volontaires pour la classe moyenne. Les fournisseurs d’électricité pourront offrir une remise allant jusqu’à 60 euros par an à 4,5 millions de familles ayant un revenu inférieur à 25 000 euros et qui ne bénéficient pas déjà d’une aide sociale. Les entreprises énergétiques qui participeront à ce dispositif recevront des certificats spéciaux, qu’elles pourront utiliser à des fins de marketing et de communication.
Cependant, l’aspect le plus controversé de ce plan réside dans la volonté de Rome de modifier le fonctionnement du système d’échange de quotas d’émission (SEQE), également connu sous le nom d’EU-ETS. Le gouvernement Meloni considère ce système comme une « taxe de facto imposée par l’Europe » et estime qu’il pénalise injustement les sources d’énergie renouvelables, car les coûts des certificats d’émission affectent le prix final de toute l’énergie, y compris celle produite à partir de sources propres comme l’hydroélectricité ou le solaire.
Rome propose de « dissocier » les coûts du SEQE de la valorisation des énergies renouvelables, ce qui permettrait de calculer le prix de l’électricité produite par les installations hydroélectriques et solaires sans tenir compte de la taxe d’émission. Cette mesure devrait entraîner une baisse immédiate des factures. Selon les analystes, il s’agit d’une tentative de contourner le principe du prix marginal, qui stipule que la source d’énergie la plus chère (généralement le gaz, affectée par les coûts du SEQE) fixe le prix pour l’ensemble du marché.
Pour financer ces mesures, le gouvernement prévoit d’augmenter la taxe IRAP (impôt régional sur les activités de production) pour les sociétés énergétiques de 2 points de pourcentage. Cette augmentation devrait rapporter 431,5 millions d’euros en 2026, plus de 500 millions d’euros en 2027 et 68 millions d’euros en 2028. Ces fonds seront redistribués sous forme de remises à d’autres entreprises.
Cette intervention de Rome a suscité des réactions à Bruxelles. La Commission européenne a annoncé qu’elle allait examiner attentivement les nouveaux règlements italiens pour s’assurer de leur conformité avec le droit communautaire. La principale question soulevée concerne la possibilité pour un État membre d’exclure de manière unilatérale la composante SEQE du prix de l’énergie renouvelable, ce qui remettrait en question l’uniformité du marché européen.
La communauté scientifique italienne s’est également élevée contre les projets du gouvernement. Une lettre ouverte signée par 150 scientifiques et économistes, dont le prix Nobel de physique Giorgio Parisi, l’économiste Carlo Carraro et le physicien du climat Antonello Pasini, appelle la Première ministre Meloni à ne pas affaiblir le front européen de la décarbonation. Les signataires estiment qu’un manque de soutien aux outils tels que le SEQE serait une erreur, soulignant que ce système a prouvé son efficacité dans la réduction des émissions.
Rafał Zastań, rédacteur en chef du site spécialisé WysokieNapiecie.pl, explique que le gouvernement italien ne supprime pas le SEQE, mais cherche plutôt à alléger la charge pour les centrales à gaz qui fixent les prix de l’énergie. Il souligne que le système proposé est complexe et nécessitera l’accord de la Commission européenne, qui présentera prochainement ses propres propositions de réforme du SEQE. Robert Kedzierski, journaliste de money.pl, a contribué à cet article.