Publié le 30 octobre 2025 – 13:28. Le chef de l’ONU s’alarme de l’escalade militaire au Soudan, alors que les Forces de soutien rapide (FAR) sont accusées d’exactions massives à El Fasher. Des rapports font état de plus de 460 morts dans une maternité, suite à la prise de cette ville stratégique du Darfour par les paramilitaires.
La prise d’El Fasher, dimanche, par les Forces de soutien rapide (FAR) marque un tournant majeur dans la guerre civile qui ravage le Soudan depuis avril 2023. Cette avancée, qui met les paramilitaires en contrôle de l’intégralité de la région du Darfour, intervient après 18 mois de siège et soulève de vives inquiétudes quant aux droits humains.
« Plus de 2 000 civils sont morts lors de l’invasion des milices [paramilitaires] à El Fasher, qui ont attaqué des mosquées et des volontaires de la Croix-Rouge », a déclaré Mona Nur Al Daem, responsable de l’aide humanitaire de Port-Soudan, siège du gouvernement.
Face à ces informations alarmantes, le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a appelé jeudi à la cessation immédiate des hostilités et du siège d’El Fasher. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) s’est déclarée « consternée et profondément choquée » par les informations rapportant le décès de plus de 460 patients et accompagnants à la maternité saoudienne d’El Fasher, suite à des attaques et des enlèvements de personnel soignant.
Des analyses d’images satellite menées par le laboratoire de recherche humanitaire de l’université de Yale corroborent les témoignages, indiquant la poursuite de massacres dans les 48 heures suivant la prise de la ville par les FAR. Ces exactions auraient eu lieu à proximité de deux hôpitaux et de manière « systématique » aux abords de la cité.
Dans un discours diffusé mercredi via Telegram, le chef des FAR, Mohamed Daglo, a qualifié la situation à El Fasher de « catastrophe » tout en affirmant que la guerre lui avait été « imposée ». Il a réitéré son souhait d’une « unité du Soudan par la paix ou la guerre ».
Ce conflit oppose depuis avril 2023 le général Abdel Fatah al Burhan, commandant de l’armée régulière et dirigeant de facto du pays depuis le coup d’État de 2021, au général Daglo, chef des FAR.
La prise d’El Fasher a entraîné une fuite massive des populations. Depuis dimanche, plus de 33 000 personnes ont quitté la ville pour se réfugier dans la périphérie ou à Tawila, une ville qui accueillait déjà environ 650 000 déplacés selon l’ONU. Avant la guerre, El Fasher comptait plus d’un million d’habitants ; il en resterait environ 177 000.
L’accès à El Fasher demeure bloqué, rendant toute tentative d’acheminement d’aide humanitaire et de contact avec des sources locales indépendantes extrêmement difficile, malgré les appels lancés pour l’ouverture de couloirs humanitaires.