Publié le 8 février 2026 17h44. L’Afghanistan est confronté à une escalade de la violence et des violations des droits humains, selon un nouveau rapport de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), qui fait état d’une augmentation des victimes civiles liées aux affrontements frontaliers avec le Pakistan, ainsi que d’une recrudescence des arrestations arbitraires et des assassinats ciblés.
- Au moins 70 civils ont été tués et 478 autres blessés lors des affrontements frontaliers entre les talibans et les forces pakistanaises entre octobre et décembre 2025.
- La MANUA a documenté au moins 520 cas de détention arbitraire et 50 cas d’abus commis par les agents talibans chargés de faire respecter les normes sociales.
- Des anciens membres des forces de sécurité afghanes sont la cible d’assassinats et de mauvais traitements, avec au moins 14 décès recensés entre octobre et décembre 2025.
Le rapport de la MANUA, publié ce dimanche 8 février, met en lumière une détérioration significative de la situation sécuritaire et des droits humains en Afghanistan. La majorité des victimes civiles des affrontements frontaliers sont attribuées aux actions militaires pakistanaises, notamment lors d’une semaine particulièrement intense de combats entre le 10 et le 17 octobre, qui a fait 47 morts et 456 blessés. La MANUA suit de près les victimes civiles des conflits frontaliers depuis 2011 et souligne que le bilan de la période octobre-décembre 2025 est le plus élevé enregistré ces dernières années.
Les affrontements se concentrent principalement dans les provinces de l’est et du sud, le long de la frontière afghano-pakistanaise. Le 15 octobre, le Pakistan a même mené sa première frappe aérienne sur Kaboul, qui aurait causé la mort d’au moins neuf personnes et blessé 37 autres, selon la MANUA. Islamabad justifie ces opérations transfrontalières par la présence de militants pakistanais, notamment des membres du Tehrik-i-Taliban Pakistan (TTP), qui opèrent depuis le territoire afghan et organisent des attaques contre le Pakistan.
Le ministère pakistanais des Affaires étrangères affirme que le Pakistan a été victime de terrorisme provenant d’Afghanistan, avec 1 115 victimes civiles – 387 morts et 728 blessés – au cours de l’année écoulée. Ces opérations ont exacerbé les tensions avec les talibans, conduisant à des affrontements armés à la fin de 2025. Malgré des tentatives de médiation internationale qui ont permis des trêves temporaires, les attaques pakistanaises se poursuivent et les relations bilatérales restent tendues, avec la fermeture des postes frontières.
Les négociations entre les talibans et le Pakistan sont au point mort. Islamabad exige des garanties écrites que le sol afghan ne sera pas utilisé par des groupes terroristes, tandis que les talibans maintiennent que le territoire afghan ne sera pas utilisé contre d’autres pays.
Au-delà des affrontements frontaliers, la MANUA dénonce également une répression croissante des libertés individuelles par les talibans. Le rapport fait état d’au moins 520 cas de détention arbitraire et de 50 cas d’abus commis par les agents de la « Promotion de la Vertu » entre octobre et décembre 2025. Ces abus sont principalement liés à l’application stricte des règles sociales imposées par les talibans, notamment concernant la coupe de la barbe ou des cheveux, l’écoute de musique et le respect des codes vestimentaires pour les femmes.
Le 19 novembre, le ministère taliban du Hajj et des Affaires religieuses a même demandé aux imams de prêcher contre la coupe de la barbe, la qualifiant de « péché majeur ». Les agents de la « Promotion de la Vertu » surveillent de près l’apparence des hommes et des femmes, et disposent de pouvoirs étendus pour faire respecter les normes sociales.
Enfin, la MANUA a documenté des assassinats ciblés et des mauvais traitements infligés à d’anciens membres des forces de sécurité afghanes. Entre le 1er octobre et le 31 décembre, au moins 14 anciens membres des forces de sécurité ont été tués, et 28 cas de détention arbitraire ainsi que sept incidents de torture ou de mauvais traitements ont été enregistrés. Certains de ces anciens responsables étaient récemment retournés d’Iran et du Pakistan, mais l’Iran aurait renvoyé certains vers l’Afghanistan.
Ces conclusions alarmantes soulignent une détérioration globale de la situation des droits humains en Afghanistan, marquée par la violence, la répression et l’insécurité.