Publié le 10 octobre 2025. L’or a atteint de nouveaux sommets historiques, franchissant brièvement la barre des 4 000 dollars l’once troy. Cette performance s’inscrit dans un contexte de tensions géopolitiques et d’inquiétudes économiques mondiales, qui poussent les investisseurs à chercher des valeurs refuges.
- La hausse du métal jaune est alimentée par une géopolitique tendue, la dédollarisation progressive et une dette publique croissante dans les pays développés.
- L’or offre une protection contre l’inflation et la dévaluation monétaire, se positionnant comme une assurance contre les risques systémiques.
- Malgré des corrections possibles à court terme, la tendance haussière de l’or est jugée intacte sur le long terme.
Dans un entretien accordé à e-fundresearch.com, Ronald-Peter Stoeferle, associé-gérant chez Incrementum AG et co-auteur des rapports « In Gold We Trust », analyse les facteurs qui soutiennent l’ascension du métal précieux et son rôle dans les portefeuilles d’investissement actuels.
Les moteurs de la flambée de l’or
Le prix de l’or, qui a connu une hausse de près de 27 % depuis le début de l’année 2024, évolue dans un marché haussier séculaire. Ronald-Peter Stoeferle identifie plusieurs facteurs clés expliquant cette dynamique :
- Tensions géopolitiques et dédollarisation : Les incertitudes géopolitiques majeures et le retrait progressif du dollar américain incitent les acteurs à se tourner vers l’or. En tant qu’actif neutre, il offre une protection contre les risques de contrepartie. La demande des banques centrales est particulièrement notable, ayant dépassé les 1 000 tonnes pendant trois années consécutives, un seuil qui pourrait être franchi une quatrième fois en 2025.
- Endettement croissant : Les pays développés, au premier rang desquels les États-Unis, le Japon et la France, font face à une dette publique toujours plus importante. Cette situation exerce une pression sur les obligations d’État, renforçant l’attrait de l’or comme alternative d’investissement. Après quatre années de sorties de capitaux, les investisseurs occidentaux montrent un regain d’intérêt pour les ETF aurifères, avec des flux entrants de 21 milliards de dollars depuis le début de l’année.
- Pression sur les produits d’épargne traditionnels : Outre les obligations, d’autres placements classiques, comme le marché immobilier chinois, subissent également des pressions. Cette conjoncture accroît l’attractivité de l’or.
- Dynamique de marché solide : La demande provient de divers segments, y compris les institutionnels via les ETF et le marché de gré à gré (OTC), tandis que l’effet de levier sur le marché des produits dérivés reste mesuré. La hausse des prix n’est donc pas principalement spéculative. Les corrections sont rapidement absorbées, et le temps d’investissement s’allonge.
Pour Stoeferle, l’or progresse non par peur de manquer une opportunité (FOMO), mais par une perte structurelle de confiance dans les monnaies fiduciaires.
L’or : assurance ultime du portefeuille ?
Face aux sommets atteints par le métal jaune, de nombreux investisseurs s’interrogent sur son rôle de couverture au sein d’un portefeuille. Ronald-Peter Stoeferle estime que l’or demeure la meilleure assurance contre le risque systémique.
Les opportunités :
- Absence de risque de défaut et de contrepartie.
- Protection contre l’inflation et la dévaluation monétaire.
- Malgré ses records, l’or reste historiquement sous-évalué selon plusieurs indicateurs macroéconomiques. La capitalisation boursière des sociétés minières aurifères mondiales ne représente qu’environ 40 % de celle des entreprises américaines, contre 160 % dans les années 1970.
Les risques :
- Un sentiment de marché excessif à court terme peut entraîner des corrections de l’ordre de 10 à 15 %. Cependant, ces replis sont perçus comme des opportunités d’achat, la tendance haussière de fond restant intacte.
Dans ce contexte, le modèle d’allocation d’actifs traditionnel 60/40 est jugé obsolète. Stoeferle recommande d’augmenter significativement la part des métaux précieux : 15 % d’or physique (« or de sécurité ») et 10 % d’or lié à la performance (mines, argent, royalties) composeraient une allocation idéale. Le fonds Incrementum Active Gold Fund, lancé en 2024, combine ces deux approches de manière active.
En conclusion, l’or continue de s’imposer comme un pilier essentiel d’un portefeuille solide, et ce, d’autant plus aux niveaux de prix actuels.
Scénarios de correction et supports critiques
Si les tensions géopolitiques venaient à s’atténuer ou si une reprise macroéconomique se matérialisait, l’or pourrait subir une pression. Ronald-Peter Stoeferle envisage une correction plus marquée dans l’hypothèse d’une remontée du dollar américain ou d’un apaisement du contexte géopolitique. Techniquement, le premier niveau de support clé se situe à 3 200 dollars, suivi d’un autre autour de 2 950 dollars.
Sur le plan fondamental, les facteurs soutenant l’or, tels que l’aggravation de la situation de la dette publique, demeurent inchangés. Le modèle de prévision du prix de l’or d’Incrementum, présenté en 2020, anticipe un scénario de base de 4 800 dollars d’ici 2030. En cas de scénario inflationniste, ce chiffre pourrait même atteindre 8 900 dollars.
Comme le soulignait Ludwig von Mises, « Dans la phase finale de chaque ère de papier-monnaie, la confiance dans la monnaie s’effondre – et non dans la valeur des choses. »
Or et cryptomonnaies : complémentarité plutôt que rivalité
La comparaison entre l’or et les cryptomonnaies, notamment le Bitcoin, est fréquente. Ronald-Peter Stoeferle soutient fermement que ces deux actifs ne sont pas des concurrents mais se complètent. L’or représente l’ancrage analogique du système financier, tandis que le Bitcoin en est l’équivalent numérique. Tous deux incarnent la « monnaie saine » car ils sont indépendants des États et des banques centrales.
L’initiative américaine de créer une réserve stratégique de Bitcoin confère à cette cryptomonnaie un statut d’actif géopolitique. Avec une capitalisation boursière représentant environ 8 % de celle de l’or, le Bitcoin pourrait, dans un scénario haussier, atteindre 50 % de celle-ci, soit 900 000 dollars par unité. L’or demeure l’actif de réserve éprouvé, tandis que le Bitcoin se positionne comme une option pour l’avenir numérique.
Perspectives à long terme sur le marché de l’or
Pour les années à venir, plusieurs mégatendances devraient particulièrement façonner le marché de l’or :
- Rémétallisation de l’or : Les banques centrales, notamment celles des pays émergents, continuent de privilégier l’or face à la militarisation des monnaies fiduciaires. La part de l’or dans leurs réserves atteint 18 %, un niveau inégalé depuis 27 ans, propulsant l’euro au deuxième rang des devises de réserve.
- Dédollarisation : Les pays du « Sud », emmenés par les BRICS+, accentuent leur éloignement du dollar américain. Ce processus, bien que progressif, semble irréversible.
- « Accord de Mar-a-Lago » et dévaluation du dollar : Cette proposition de dévaluation délibérée du dollar américain rappelle l’accord du Plaza de 1985. Son promoteur, Stephen Miran, a joué un rôle clé au sein de la Maison Blanche. Une dévaluation officielle du dollar par le gouvernement américain ferait grimper le prix de l’or, alors que la devise américaine a déjà connu une dépréciation significative ces derniers mois.
- Performance de l’or : L’argent, les mines et les matières premières tendent à suivre la hausse du prix de l’or avec un certain décalage. Cette dynamique de relais confirme la thèse du « Big Long » d’Incrementum.
Le « Big Long » n’est pas un pari, mais une décision d’investissement éclairée face à une transition monétaire, passant de promesses papier non étayées à des valeurs tangibles.
À propos de Ronald Stoeferle
Ronald-Peter Stöferle est associé-gérant et gestionnaire de fonds chez Incrementum AG au Liechtenstein. Il est le co-auteur des rapports « In Gold We Trust », considérés comme une référence mondiale dans l’analyse de l’or. Le rapport 2025, intitulé « The Big Long », a été téléchargé plus de deux millions de fois et est disponible en cinq langues.
Depuis 2007, Stoeferle analyse dans ses rapports les liens entre politique monétaire, marchés des matières premières et comportement des investisseurs, sous l’angle de l’École autrichienne d’économie. Il est reconnu internationalement comme un expert en « monnaie saine », investissements aurifères et cycles macroéconomiques.
Avant de cofonder Incrementum AG, il a passé sept ans au sein de l’équipe de recherche d’Erste Group à Vienne. Il est également co-auteur des ouvrages « Austrian Economics for Investors » et « The Zero Interest Trap ».
Ronald Stoeferle intervient régulièrement lors de conférences internationales sur la finance et les matières premières et est membre du conseil d’administration de Tudor Gold, ainsi que conseiller pour Monetary Metals et VON GREYERZ. Il combine l’analyse macroéconomique avec la recherche fondamentale, avec une passion pour les marchés et la capacité d’expliquer des concepts complexes de manière simple.