Publié le 2024-10-27 14:35:00. Une nouvelle étude met en lumière le rôle crucial des mitochondries dans la fertilité, ouvrant la voie à des approches nutritionnelles plus ciblées et personnalisées pour améliorer la reproduction masculine et féminine.
- Les chercheurs considèrent de plus en plus la fertilité comme un problème lié à la fonction mitochondriale, et non uniquement à des facteurs hormonaux ou structurels.
- L’ubiquinol, une forme active de coenzyme Q10, s’avère particulièrement importante, car sa production par l’organisme peut diminuer avec l’âge et pendant les années de procréation.
- Des études cliniques préliminaires suggèrent que l’ubiquinol améliore la qualité du sperme chez les hommes et la qualité des ovules ainsi que la réponse aux traitements de fertilité chez les femmes.
La fertilité, longtemps abordée sous l’angle des hormones et de l’anatomie reproductive, est désormais de plus en plus étudiée à travers le prisme de la bioénergétique cellulaire. Une récente revue scientifique confirme une tendance observée par les cliniciens et les formulateurs : les mitochondries, ces centrales énergétiques des cellules, jouent un rôle déterminant dans la capacité à procréer. Cette nouvelle perspective ouvre des pistes prometteuses pour le développement de compléments alimentaires et de stratégies nutritionnelles plus efficaces.
L’ubiquinol, la forme active de la coenzyme Q10 (CoQ10), est au cœur de cette approche. L’organisme peut avoir des difficultés à produire suffisamment d’ubiquinol, notamment avec l’âge et pendant les périodes de stress métabolique, ce qui peut affecter la fonction mitochondriale.
Les premières études cliniques sont encourageantes. Chez les hommes, l’ubiquinol semble améliorer la qualité et la mobilité des spermatozoïdes. Chez les femmes, des résultats préliminaires indiquent une amélioration de la qualité des ovules et une meilleure réponse aux traitements de fertilité.
Aperçu nutritionnel a interrogé un expert indépendant et un responsable de Kaneka Europe pour approfondir la notion de nutrition mitochondriale de précision et comprendre comment l’ubiquinol se positionne dans un contexte de baisse de la fertilité. Kaneka Europe se positionne comme un acteur clé dans ce domaine.
Le mécanisme de l’ubiquinol
Selon le Dr Emma Derbyshire, scientifique en nutrition de renommée internationale et auteur principal de la revue, les cellules reproductrices et les premiers embryons sont particulièrement sensibles à l’état énergétique des mitochondries.
« Les ovocytes, les spermatozoïdes et les premiers embryons dépendent fortement de la phosphorylation oxydative mitochondriale pour la production d’adénosine triphosphate (ATP), avec une flexibilité métabolique limitée si la fonction mitochondriale est compromise. »
Dr Emma Derbyshire, scientifique en nutrition
La phosphorylation oxydative est le processus par lequel les mitochondries convertissent les nutriments en énergie utilisable par la cellule. Ce processus est crucial pour les cellules reproductrices en raison de leurs besoins énergétiques élevés.
La revue, publiée dans Nutrients, révèle également que l’ubiquinol agit comme un transporteur d’électrons au sein des mitochondries, contribuant à maintenir l’équilibre redox cellulaire. Cet équilibre est essentiel pour une production d’énergie efficace et pour prévenir le stress oxydatif, un facteur majeur d’infertilité masculine et féminine.
« Une disponibilité adéquate d’ubiquinol est donc importante pour le métabolisme énergétique mitochondrial », précise Derbyshire, qui est également consultante indépendante pour Kaneka Nutrients Europe. « La littérature scientifique a établi un lien entre une efficacité mitochondriale réduite et des altérations de la fonction cellulaire dans les tissus reproducteurs, en particulier avec l’âge. »
Les nutraceutiques se tournent vers des ingrédients spécifiques
La revue met en avant une approche de la nutrition de la fertilité basée sur des mécanismes biologiques précis, cherchant à comprendre les processus sous-jacents à la reproduction plutôt que de se contenter d’une approche nutritionnelle globale. Cette approche se concentre sur l’implication spécifique de certains nutriments dans les voies physiologiques des cellules reproductrices.
« Dans ce contexte, la bioénergétique mitochondriale et l’équilibre oxydatif sont mis en évidence comme des mécanismes biologiques importants », explique Derbyshire. « Les cellules reproductrices ayant des besoins énergétiques élevés, les nutriments impliqués dans le métabolisme énergétique mitochondrial, comme l’ubiquinol, suscitent un intérêt scientifique particulier. »
« Le rôle établi de l’ubiquinol dans la chaîne de transport des électrons et sa contribution à l’équilibre redox justifient clairement son inclusion dans les formulations destinées à cette catégorie », ajoute-t-elle.

Selon Derbyshire, on assiste à une évolution dans le secteur des nutraceutiques, où les ingrédients sont sélectionnés en fonction de leurs rôles biologiques et de leur pertinence pour l’organisme, plutôt que d’un simple positionnement en tant qu’antioxydants.
Opportunités dans la conception de formulations de précision
Philippe D’eux, directeur général de Kaneka Nutrients Europe, souligne que cette étude confirme une orientation croissante vers une conception de précision en matière de nutrition de la fertilité, plutôt que vers des formulations à large spectre.
« Le métabolisme énergétique mitochondrial est mis en avant comme un facteur biologique clé dans les cellules reproductrices, ce qui en fait un point central pour le développement de produits de nouvelle génération », explique-t-il.
« Cela encourage l’utilisation d’ingrédients biodisponibles dont les rôles mécanistiques sont bien définis », ajoute-t-il. « L’ubiquinol en est un excellent exemple, compte tenu de son implication dans la production d’ATP mitochondriale et de son rôle dans le maintien de l’intégrité mitochondriale au niveau cellulaire. »
D’eux souligne également que l’étude révèle une différenciation plus marquée en fonction de l’étape de la vie et de l’utilisateur cible, ouvrant la voie au développement de produits scientifiquement étayés et axés sur la fonction mitochondriale, plutôt qu’un simple soutien préconceptionnel.
Choisir des nutriments complémentaires
Au-delà de l’ubiquinol, D’eux anticipe un intérêt croissant pour des solutions plus larges de soutien aux mitochondries dans le domaine de la nutrition de la fertilité, où des nutriments complémentaires sont sélectionnés en fonction de leur contribution au maintien du métabolisme énergétique cellulaire et de l’équilibre redox. L’ubiquinol reste toutefois central en raison de son rôle bien établi dans la fonction mitochondriale.
« Ce qui évolue, ce sont les critères d’évaluation de ces ingrédients. Plutôt que d’être inclus dans un positionnement général en matière de santé, ils sont de plus en plus évalués pour leur pertinence pour la biologie des cellules reproductrices et leur capacité à agir en synergie avec des composés bioénergétiques de base tels que l’ubiquinol », explique-t-il.
« Dans la recherche sur la reproduction masculine, par exemple, l’efficacité mitochondriale est reconnue comme un facteur important dans la dynamique énergétique cellulaire au sein des tissus reproducteurs », note-t-il. « Cela renforce l’importance de sélectionner des ingrédients ayant des rôles biologiques clairs et une biodisponibilité démontrée, en particulier lors du développement de formulations destinées aux étapes de la vie reproductive. »
Soutien antioxydant pour les produits de nutrition pour la fertilité
Selon D’eux, l’étude met en évidence une attention croissante portée à la bioénergétique, tandis que l’activité antioxydante est davantage considérée comme un complément. L’équilibre oxydatif est important en biologie de la reproduction, mais le métabolisme énergétique cellulaire est fondamental.
« L’ubiquinol est bien placé dans ce contexte car il joue un double rôle dans le métabolisme énergétique des mitochondries et dans le maintien de l’équilibre redox de la phase lipidique au sein des cellules. Cette combinaison le rend particulièrement pertinent pour les formulateurs cherchant à aborder la fonction mitochondriale sans s’appuyer uniquement sur des stratégies d’antioxydants à haute dose. »
« Du point de vue de la formulation, cette approche intégrée reflète une compréhension plus nuancée de la biologie mitochondriale et s’aligne sur l’orientation du développement de produits fondé sur des données probantes dans la catégorie de la santé reproductive », conclut-il.
Les changements démographiques façonnent la recherche et le NPD
D’eux souligne que les tendances démographiques, telles que le report de la parentalité et la baisse des taux de fécondité, influencent les approches en matière de recherche et de développement de produits dans le domaine de la santé reproductive.
« Au niveau de la population, l’OMS estime que l’infertilité touche environ une personne sur six dans le monde, ce qui a accru l’attention scientifique, clinique et industrielle sur les facteurs biologiques impliqués dans la fonction de reproduction », explique-t-il.
« Il est bien documenté dans la littérature scientifique que l’efficacité mitochondriale et la synthèse endogène d’ubiquinol changent avec l’âge, ce qui contribue à l’intérêt croissant des chercheurs pour la fonction mitochondriale à différents stades de la vie et dans différents contextes physiologiques », poursuit-il.
Enfin, D’eux affirme que les formulations ciblant la fonction mitochondriale trouvent un écho auprès des acteurs de l’industrie car elles s’alignent sur les voies établies du métabolisme énergétique cellulaire dans les tissus reproducteurs.
« Pour les marques et les formulateurs, cela augmente les attentes en matière de justification scientifique, de qualité des ingrédients et de justification de la formulation. Dans ce paysage, la nutrition mitochondriale – avec l’ubiquinol positionné comme composé bioénergétique de base – reste un domaine clé de recherche, d’innovation et de différenciation en cours », conclut-il.