Publié le 02 novembre 2025 16:05:00. Le Teatro Sangiorgio Catania et Euroarts proposent une nouvelle interprétation de « Lucia di Lammermoor », l’un des opéras les plus exigeants du répertoire bel canto. L’enregistrement studio met en vedette Lisette Oropesa dans le rôle-titre, accompagnée de Stefan Pop et Mattia Olivieri, sous la direction de Fabrizio Maria Carminati.
« Lucia di Lammermoor », chef-d’œuvre vocal de Gaetano Donizetti basé sur le roman de Sir Walter Scott « La fiancée de Lammermoor », sur un livret de Salvatore Cammarano, demeure une œuvre d’une intensité dramatique et d’une complexité vocale sans pareille. L’opéra allie avec brio les luttes politiques impitoyables et une romance tragique entre Lucia du clan Ravenwood et Lord Enrico Ashton. Le rôle-titre est particulièrement célèbre pour ses exigences en matière de colorature virtuose, culminant dans le légendaire air de la folie, « Il dolce suono ».
Au fil des décennies, de nombreuses sopranos d’exception ont relevé le défi de ce rôle emblématique, parmi lesquelles figurent Maria Callas, Joan Sutherland, Montserrat Caballé et Edita Gruberova. Ces interprétations ont souvent marqué les esprits, suscitant des ovations passionnées du public, comme en témoignent les nombreux enregistrements audio et vidéo de l’œuvre.
Dans cette nouvelle production, Lisette Oropesa, soprano cubano-américaine reconnue internationalement pour son interprétation du répertoire baroque, mozartien, belcantiste italien et lyrique français, incarne Lucia. Forte d’une cinquantaine de représentations scéniques du rôle à travers des institutions prestigieuses telles que l’Opéra de Paris, le Royal Opera Covent Garden de Londres, le Teatro Real de Madrid, l’Opéra national de Vienne et La Scala de Milan, Oropesa apporte une profondeur d’expérience à cette interprétation.
L’enregistrement bénéficie de cette richesse d’expérience scénique, ainsi que des performances remarquables du Chœur et de l’Orchestre du Teatro Massimo Bellini de Catane, placés sous la direction dramatique de Fabrizio Maria Carminati. La direction musicale de Carminati insuffle un souffle théâtral puissant, particulièrement palpable dans le final enflammé du deuxième acte et le duel vocal tendu entre Edgardo et Enrico au début du troisième acte. Ces moments musico-théâtraux d’une grande intensité dramatique placent cet enregistrement parmi les parutions lyriques marquantes de l’année.
Aux côtés de Lisette Oropesa, Stefan Pop livre une performance héroïque dans le rôle de Sir Edgardo di Ravenswood. Le baryton italien Mattia Olivieri, salué pour son timbre viril et ses aigus percutants, interprète Lord Enrico Ashton, formant avec Pop un duo d’interprètes de premier plan capables de rivaliser avec les plus grandes références discographiques.
Concernant l’interprétation de Lisette Oropesa, sa voix, bien que moins dramatique que celle de sopranos comme Callas ou Scotto, se révèle idéale pour les passages lyriques introspectifs, explorant la quête d’une vérité personnelle et d’une logique de vie. Son interprétation de la scène de la folie, empreinte d’une intensité somnambulique, anticipe avec force la fin tragique du personnage. La voix d’Oropesa, agile dans tous les registres, séduit par ses magnifiques decrescendos et possède la puissance et l’endurance nécessaires pour surmonter les passages les plus redoutables du rôle. Son interprétation, exemple d’un bel canto contemporain et abouti, évite les démonstrations vocales spectaculaires pour se concentrer sur la justesse dramatique. Oropesa opte pour une version de la cadence de l’air de la folie qu’elle a déjà présentée lors de ses débuts dans le rôle à l’Opéra de Paris, s’éloignant ainsi des interprétations virtuoses traditionnelles.
Les rôles secondaires sont assurés par la basse expérimentée Riccardo Zanellato dans le rôle de Raimondo Bidebent, le ténor irlandais Dean Power en Norman, Irène Savignano dans le rôle d’Alisa, et Didier Pieri, dont l’interprétation de Lord Arturo Bucklaw est jugée pertinente.
Un bémol notable concerne l’acoustique du Teatro Sangiorgio de Catane. La qualité sonore de l’enregistrement souffre d’un manque de spatialité et de brillance, ne représentant pas le plein potentiel technique en matière de rendu sonore.