Publié le 6 février 2024 à 19h15. Des vols opérés via l’aéroport de Shannon en Irlande ont transporté des Palestiniens expulsés des États-Unis vers la Cisjordanie occupée, suscitant l’indignation de l’opposition politique irlandaise et soulevant des questions sur le respect du droit international.
- Des vols privés, dont un appartenant à un associé de Donald Trump, ont été utilisés pour ces expulsions.
- L’aéroport de Shannon a servi de point de transit pour ces vols, sans nécessiter d’autorisation préalable selon le ministère irlandais des Transports.
- L’opposition irlandaise dénonce une complicité potentielle de l’Irlande dans les actions de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) américain.
Une enquête menée conjointement par le Guardian et le magazine israélien +972 Magazine a révélé que ces vols s’inscrivaient dans le cadre d’une opération secrète du gouvernement américain visant à expulser des Palestiniens arrêtés par l’ICE vers la Cisjordanie. Le premier vol, en provenance d’Arizona, a transité par l’aéroport de Shannon dans la nuit du 20 au 21 janvier, transportant huit hommes palestiniens, apparemment menottés aux poignets et aux chevilles. L’appareil a ensuite fait escale en Bulgarie et au New Jersey avant d’atteindre Tel Aviv.
Un second vol, suivant le même itinéraire, a également utilisé l’aéroport de Shannon dans la nuit du 1er au 2 février, avant de se diriger vers Tel Aviv. Les passagers ont ensuite été transférés en Cisjordanie, selon les informations disponibles. L’appareil utilisé pour ces expulsions appartient à Gil Dezer, un promoteur immobilier israélo-américain et partenaire commercial de longue date de l’ancien président américain Donald Trump. Dezer Development, la société de Dezer, a construit six tours résidentielles de marque Trump à Miami.
Interrogé sur l’utilisation de l’aéroport de Shannon pour ces vols, le ministère irlandais des Transports a précisé que les escales techniques d’avions privés et de charters commerciaux ne nécessitent pas d’autorisation préalable, à condition qu’il n’y ait ni embarquement ni débarquement de passagers.
Cette explication n’a pas suffi à calmer les critiques de l’opposition irlandaise. Duncan Smith, porte-parole du Parti travailliste pour les affaires étrangères, a dénoncé une situation « absolument répréhensible », appelant le Taoiseach (Premier ministre) et le ministre des Transports à intervenir pour mettre fin à ces pratiques.
« Il est absolument répréhensible que des vols d’expulsion d’Ice soient autorisés à s’arrêter et à faire le plein à Shannon. Le Taoiseach et le ministre des Transports doivent intervenir et garantir que cela cesse… L’Irlande ne peut en aucun cas être complice de ces vols d’Ice. »
Duncan Smith, porte-parole du Parti travailliste pour les affaires étrangères
Roderic O’Gorman, chef du Parti vert, a qualifié la situation de « profondément troublante », tandis que Patricia Stephenson, porte-parole des sociaux-démocrates pour les affaires étrangères, a souligné la nécessité d’une déclaration du gouvernement sur sa connaissance et son éventuelle facilitation de ces vols, qu’elle considère comme une violation des droits humains. Donnchadh Ó Laoghaire, porte-parole du Sinn Féin pour les affaires étrangères, a demandé une clarification immédiate sur la conformité de ces vols avec le droit international. Paul Murphy, député de People Before Profit-Solidarity, a ajouté que le fait que ces vols concernent des Palestiniens « ajoute l’insulte à l’injure ».
La loi irlandaise interdit le transit d’armes à travers l’État ou son espace aérien sans autorisation du ministre des Transports. L’Irish Times a interrogé le ministère sur la possibilité que des responsables américains aient transporté des armes à bord de ces vols et si une autorisation avait été accordée. La réponse du ministère a été concise : « Aucune autorisation n’a été demandée pour ce vol. »
Dans un courriel adressé au Guardian, Gil Dezer a affirmé n’avoir jamais été informé de l’identité des passagers ou du but du vol lorsqu’il a affrété son jet à la société Journey.
« La seule chose dont je suis informé, ce sont les dates d’utilisation. »
Gil Dezer, promoteur immobilier
Il n’a pas répondu aux autres questions du journal sur l’utilisation de son avion par l’administration Trump.
Le département américain de la Sécurité intérieure (DHS) a refusé de commenter les vols d’expulsion vers Israël, se contentant d’affirmer que toute personne jugée en situation irrégulière sera expulsée si un juge le confirme. Le département d’État a également décliné tout commentaire, se limitant à indiquer qu’il « coordonne étroitement avec le DHS les efforts visant à rapatrier les étrangers illégaux ». Les ministères israéliens des Affaires étrangères et le service pénitentiaire israélien n’ont pas répondu aux sollicitations du Guardian.