Publié le 2024-10-27 10h30. Les organisations terroristes exploitent de plus en plus les réseaux sociaux pour diffuser leur propagande, manipuler l’opinion publique et recruter de nouveaux membres, une tendance exacerbée par l’essor de l’intelligence artificielle.
- Les groupes terroristes utilisent la désinformation pour se présenter comme des victimes ou des défenseurs de causes justes, tout en minimisant la violence qu’ils infligent aux populations locales.
- L’intelligence artificielle permet de créer des contenus de désinformation plus crédibles et de les diffuser à grande échelle, notamment via des deepfakes et des traductions automatisées.
- Des opérations de désinformation orchestrées par des acteurs étatiques et non étatiques sont en augmentation dans le monde entier, touchant au moins 81 pays.
Les réseaux sociaux sont devenus un terrain de jeu privilégié pour les organisations terroristes, leur offrant une plateforme de diffusion rapide et à faible coût pour leurs idéologies extrémistes. Ces groupes exploitent les algorithmes et la viralité des plateformes numériques pour amplifier leurs messages et atteindre un public mondial. L’objectif principal est de déformer la réalité, de susciter l’empathie et de recruter de nouveaux adeptes.
La désinformation est au cœur de cette stratégie. Les terroristes créent et diffusent de fausses informations, souvent chargées d’émotion, pour influencer l’opinion publique. Des études montrent que les fausses nouvelles se propagent six fois plus vite que les informations vérifiées sur des plateformes comme X (anciennement Twitter), atteignant ainsi un public beaucoup plus large. Ils utilisent des robots, de faux comptes et des campagnes organisées pour amplifier ces récits fallacieux.
L’État islamique (EI), à son apogée, a été un pionnier dans l’utilisation des médias sociaux à des fins de propagande. En 2014, ses partisans géraient au moins 46 000 comptes Twitter, qu’ils utilisaient pour coordonner la diffusion de messages glorifiant leurs conquêtes et dénigrant leurs ennemis. Cette propagande multimédia de haute qualité visait à projeter une image de puissance et d’invincibilité, tout en occultant les atrocités commises contre les civils.
D’autres groupes, comme l’Armée de libération du Baloutchistan (BLA) et le Front de libération du Baloutche (BLF), utilisent également les réseaux sociaux pour diffuser de la désinformation dans la région du Baloutchistan, avec un soutien présumé de l’Inde. Ces organisations créent de faux comptes et des réseaux de diffusion pour propager des messages anti-étatiques, déformer l’histoire et justifier leurs actions violentes. Des enquêtes ont révélé des opérations organisées de faux profils diffusant de fausses déclarations et de fausses nouvelles pour attirer le soutien international.
En Afrique, des groupes comme Al-Shabaab et l’État islamique en Somalie (ISS) exploitent Facebook pour diffuser leur idéologie extrémiste dans les langues locales, se faisant passer pour des médias légitimes. Ils utilisent également des canaux Telegram non modérés pour contourner les restrictions des plateformes traditionnelles. Un rapport publié en 2024 indique que le nombre de campagnes de désinformation sur le continent africain a presque quadruplé depuis 2022, avec des groupes islamistes militants utilisant des réseaux fermés pour recruter et diffuser leurs messages.
L’intelligence artificielle (IA) amplifie considérablement l’efficacité de ces tactiques. L’IA générative permet de créer des contenus de désinformation plus crédibles et de les adapter à différents publics. Des groupes comme Al-Qaïda et les affiliés de l’EI utilisent ces technologies pour générer des affiches, traduire de la propagande et créer des deepfakes. En période de conflit, comme à Gaza, des images de victimes présumées générées par l’IA ont été diffusées pour susciter l’émotion et semer le chaos.
Un objectif constant de ces campagnes est d’attirer la sympathie internationale en présentant les réseaux terroristes comme des groupes opprimés luttant contre des systèmes injustes. Cela implique une manipulation des faits pour mettre en évidence les injustices perçues et minimiser la culpabilité du groupe. Par exemple, des campagnes de désinformation associées à la Russie en Syrie ont ciblé les Casques blancs, un groupe humanitaire, les accusant de liens avec Al-Qaïda et l’EI. Ces campagnes, amplifiées par des robots et des trolls, ont atteint 56 millions de personnes sur Twitter lors d’événements clés en 2016 et 2017, sapant les efforts de secours et conduisant à la mort de plus de 210 volontaires des Casques blancs depuis 2013.
Au Baloutchistan, la BLA utilise les réseaux sociaux pour présenter ses actions comme un mouvement de défense des droits, bénéficiant d’un soutien présumé de l’Inde. Ces tentatives s’accompagnent de campagnes en ligne organisées pour diffuser de fausses informations et attirer le soutien international. Des centaines de faux médias et comptes amplifient ces récits sélectifs pour influencer l’opinion publique.
Le cycle électoral américain de 2016 a également été marqué par la propagation de la désinformation sur les réseaux sociaux, notamment des fausses histoires sur Hillary Clinton et l’EI, qui ont généré 8,7 millions d’interactions, surpassant les articles de presse traditionnels. Facebook a estimé que 126 millions de ses utilisateurs avaient été exposés à du contenu promu par la Russie, tandis que Twitter a identifié 2 752 comptes liés à la Russie qui avaient publié 1,4 million de tweets.
Les plateformes sociales sont également utilisées pour le recrutement d’extrémistes. Entre 2005 et 2016, 65 % des extrémistes utilisaient Facebook pour diffuser leurs opinions et leurs actions, un chiffre qui est passé à 87 % en 2016, témoignant d’une transition vers une propagande numérique qui présente la violence comme une forme de résistance légitime. Al-Shabaab a innové en Afrique de l’Est en créant de fausses pages médiatiques pour diffuser son idéologie et attirer des adeptes avec du contenu personnalisé.
Un aspect particulièrement préoccupant de la propagande terroriste est l’occultation sélective des dommages causés aux populations locales. Les récits ont tendance à se concentrer sur les ennemis extérieurs et à présenter le groupe comme un protecteur, ignorant les atrocités commises contre les civils. Dans le cas de l’EI, la propagande mettait en avant les conquêtes et la construction d’un califat, sans mentionner les déplacements massifs, les exécutions et l’asservissement des populations en Irak et en Syrie.
Au Baloutchistan, la BLA et la BLF diffusent des messages glorifiant leurs agressions et minimisant leurs conséquences sur les civils. Ces réseaux diffusent de fausses informations sans se soucier des morts et des perturbations causées aux communautés, s’appuyant sur des comptes externes pour entretenir leur sympathie.
En Afrique, où la Russie finance 80 campagnes de désinformation dans plus de 22 pays, ces récits renforcent les sentiments anti-occidentaux au détriment de la destruction locale causée par les groupes militants alliés. Au Nigeria, les militants islamistes recrutent en exploitant les violences communautaires, mais utilisent Telegram pour diffuser des messages dans les langues locales, se présentant comme des protecteurs contre les influences étrangères.
Ce cadrage sélectif est également visible dans les campagnes hashtag et le contenu généré par l’IA, où des groupes comme l’EI produisent des documents mettant en avant leurs « victoires » sans reconnaître les victimes civiles. Un rapport de Mercy Corps souligne comment la désinformation en Syrie a présenté les acteurs humanitaires comme des menaces, conduisant à des violences ciblées et ignorant le coût humain global.